lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2302704 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BERARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 24 mai, 4 septembre et 20 décembre 2023, ces deux derniers n'ayant pas été communiqués, M. et Mme A et C B, représentés par Me Baltazar, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le maire de la commune de Bordeaux a délivré à la SCCV CAP Patrimoine un permis de construire pour la réalisation d'un immeuble de huit logements, ensemble la décision implicite portant rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bordeaux et de la SCCV CAP Patrimoine la somme de 2 000 euros, chacune, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet ;
- il méconnaît l'article 2.4.1.1. du règlement de la zone UM8 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 12 juin et 12 octobre 2023, la SCCV CAP Patrimoine, représentée par Me Thibaud, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête, à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à la condamnation des requérants à lui verser une indemnité de 240 000 euros en application de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable à défaut d'intérêt pour agir des requérants ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, la commune de Bordeaux, représentée par Me Berard, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit solidairement mise à la charge de M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 7 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frézet,
- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,
- les observations de Me Lagarde, substituant Me Baltazar, représentant M. et Mme B,
- les observations de Me Berard, représentant la commune de Bordeaux,
- et les observations de Me Thibaud, représentant la SCCV CAP Patrimoine.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 octobre 2022, la SCCV CAP Patrimoine a déposé une demande de permis de construire pour la réalisation d'un immeuble de huit logements sur un terrain situé 24 avenue Louis Barthou, sur les parcelles cadastrées section NB n°s 101 et 99. Par un arrêté du 11 janvier 2023, le maire de la commune de Bordeaux a délivré le permis de construire sollicité. Par un courrier du 7 mars 2023, reçu en mairie le jour même, M. et Mme B ont exercé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a donné naissance à une décision implicite de rejet deux mois plus tard. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". Aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () / Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes ". Aux termes de l'article L. 2122-29 du même code, dans sa version applicable au litige : " Les arrêtés du maire ainsi que les actes de publication et de notification sont inscrits par ordre de date. / Dans les communes de 3 500 habitants et plus, les arrêtés municipaux à caractère réglementaire sont publiés dans un recueil des actes administratifs dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. La publication au recueil des actes administratifs des arrêtés municipaux mentionnés au deuxième alinéa est assurée sur papier. Elle peut l'être également, dans des conditions de nature à garantir leur authenticité, sous forme électronique. La version électronique est mise à la disposition du public de manière permanente et gratuite ". En outre, la certification apportée par la maire pour justifier du caractère exécutoire des actes des autorités communales fait foi jusqu'à la preuve du contraire.
3. En l'espèce, l'arrêté contesté a été signé par M. E D, adjoint au maire à qui, par un arrêté du 24 novembre 2022, régulièrement publié et transmis en préfecture le 12 décembre 2022, le maire de cette commune a donné délégation pour notamment se prononcer sur les demandes de permis de construire. Il suit de là qu'à la date à laquelle la décision contestée a été prise, son signataire disposait d'une délégation de signature qui était d'ores et déjà exécutoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
5. D'abord, aux termes de l'article R. 451-2 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse des constructions à démolir ou, s'il y a lieu, à conserver ; / c) Un document photographique faisant apparaître le ou les bâtiments dont la démolition est envisagée et leur insertion dans les lieux environnants. ".
6. En l'espèce, si sur le document photographique figure seulement la façade donnant sur rue de la maison à démolir, le dossier de demande de permis de construire comprend une notice précisant qu'un abri de jardin situé en fond de parcelle serait également démoli. Elle est complétée par un plan de masse des constructions à démolir et des plans de coupes qui matérialisent l'abri de jardin et la maison existante, permettant au service instructeur d'apprécier l'insertion des constructions à démolir dans leur environnement.
7. Ensuite, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; () ". Et aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire comporte un plan de l'existant qui fait apparaître la végétation et les arbres existants présents sur les parcelles litigieuses, en précisant la taille du houppier. Un plan de coupe les matérialise également, permettant d'apprécier leur hauteur. La notice descriptive comporte en outre un point dédié à l'aménagement paysager détaillant avec précision l'état végétal existant du terrain d'assiette tout comme l'aménagement projeté.
9. Enfin, si les requérants soutiennent que le dossier de demande de permis de construire comporte une incohérence dans ses pièces, il en ressort que le plan de rez-de-chaussée, en indiquant un espace de pleine terre d'une surface de 246,20 m2, ne désigne que l'espace situé à l'arrière de l'immeuble projeté, sans prise en compte du stationnement engazonné ni de l'espace sur rue végétalisé, de sorte qu'il n'entre pas en contradiction avec la notice qui fait état d'une surface de pleine terre de 274,9 m2. Le moyen tiré de l'incomplétude des pièces du dossier et celui de leur incohérence doivent être écartés en toutes ses branches.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 2.4.1.1. du règlement de la zone UM8 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole : " La situation des constructions, leur architecture, leurs dimensions et leur aspect extérieur doivent être adaptés au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ".
11. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage urbain ou naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient à l'autorité compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site urbain ou naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
12. En l'espèce, le terrain d'assiette du projet se situe dans la zone UM 8 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole, que le règlement définit comme une zone à " tissus à dominante de grands ensembles et tissus mixtes ", ainsi caractérisée par une grande diversité de formes et d'échelles de bâti, qui peuvent être collectifs comme individuels. Il ressort en effet des pièces du dossier que cette zone est constituée d'ensembles immobiliers de plusieurs étages et de maisons individuelles de style hétérogène. La construction projetée est implantée en retrait de la rue, à l'alignement des immeubles de logements collectifs contigus, et s'adosse aux deux héberges voisines des bâtiments d'habitations, dont elle atteint la hauteur, et dont elle reprend les teintes cuivrée et grise. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 10 doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la société pétitionnaire en défense, les conclusions à fins d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L.600-7 du code de l'urbanisme :
14. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. () ".
15. Dans les circonstances de l'espèce, le recours en annulation présenté par les requérants, dont la maison fait face au projet en litige qui tend à la réalisation, en lieu et place d'une maison individuelle, d'un immeuble collectif en R+7, n'a pas été présenté dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de leur part. Dès lors, les conclusions présentées par la pétitionnaire sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bordeaux et de la SCCV CAP Patrimoine, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés respectivement par la commune de Bordeaux et la SCCV CAP Patrimoine non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les requérants, pris ensemble, verseront à la commune de Bordeaux une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à la SCCV CAP Patrimoine une somme de 1 000 euros au même titre.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la SCCV CAP Patrimoine est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et C B, à la commune de Bordeaux et à la SCCV CAP Patrimoine.
Délibéré après l'audience du 17 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
Le rapporteur,
C. FREZET
La présidente,
C. CABANNE La greffière,
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026