mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2302710 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL INTERBARREAUX RACINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mai 2023, et par des mémoires enregistrés le 13 décembre 2023 et le 25 janvier 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la SCI La Grange Poujeau, représentée par Me Achou-Lepage, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le maire de la commune du Taillan-Médoc a délivré à la SARL Le Taillan-Médoc Boétie un permis de démolir et un permis de construire, pour démolir une grange et pour construire 26 maisons sur un terrain situé 152 avenue de La Boétie, ensemble la décision du 27 mars 2023 par laquelle cette autorité a rejeté le recours gracieux qu'elle a formé contre cet arrêté ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le maire de la commune du Taillan-Médoc a délivré à la SARL Le Taillan-Médoc Boétie un permis de construire modificatif, portant modification du permis de construire délivré le 28 novembre 2022 ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Taillan-Médoc la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie avoir un intérêt à agir ;
- l'arrêté du 28 novembre 2022 et celui du 27 mars 2023 ont été délivrés en méconnaissance du b) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, aucun des dossiers de demande n'ayant comporté un plan de coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain naturel avant travaux ;
- alors que le projet, qui implique de défricher la totalité du terrain d'assiette et qui se trouve dans le périmètre de protection éloignée de points de captage d'eaux potables alimentant la métropole bordelaise, est susceptible d'avoir des incidences notables sur l'environnement, il n'a pas été soumis à une étude de ces incidences au cas par cas, en méconnaissance des articles R. 122-2-1 du code de l'environnement et R. 431-16 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté du 28 novembre 2022 méconnaît les dispositions aux articles R. 431-19 du code de l'urbanisme et L. 341-3 du code de l'environnement ; l'autorisation de défrichement préalablement obtenue par la société pétitionnaire, donnée pour 0,2 ha, ne couvre pas la totalité de la surface de défrichement nécessaire à la réalisation du projet, qui implique de défricher au moins 0,4 ha sur une seule des parcelles concernées, dont il n'est pas établi qu'elle n'aurait pas, pour toute sa surface, une destination forestière ;
- à supposer que l'autorisation de défrichement préalablement délivrée le 16 mai 2022 couvre la totalité de la surface de défrichement nécessaire à la réalisation du projet, cette autorisation est elle-même illégale pour avoir été délivrée en méconnaissance des dispositions du 3° et du 6° de l'article L. 341-5 du code de l'urbanisme, le caractère boisé du terrain étant nécessaire à la conservation de la ressource en eau et à la protection de la salubrité publique ;
- le projet n'est pas conforme aux règles de distances minimales à respecter par rapport aux limites séparatives et aux emprises publiques, fixées par l'article 2.2.1. du règlement de la zone UM16 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Bordeaux Métropole ;
- la hauteur des constructions projetées excède la hauteur maximale autorisée ;
- le projet n'est pas conforme à l'article 2.4.4. du règlement de la zone UM16 du PLUi de Bordeaux Métropole ; il prévoit la création de 10 places de stationnement d'un seul tenant sans séquence plantée, contrairement à ce qu'exige cet article ;
- il n'est pas conforme à l'article 3.1 de ce règlement ; la voirie interne ne présente pas la largeur minimale requise pour les voiries à vocation relationnelle de proximité ;
- il méconnaît l'interdiction de créer des bandes d'accès nouvelles dans le secteur 5L35 de la zone UM16 du PLUi ;
- il méconnaît l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ; sa desserte ne permet pas d'assurer la sécurité des usagers.
Par des mémoires en défense enregistrés le 3 août 2023 et le 15 janvier 2024, la commune du Taillan-Médoc, représentée par Me Hounieu, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la SCI La Grange Poujeau sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la SCI La Grange Poujeau ne démontre pas avoir un intérêt à contester la décision en litige ;
- les moyens que soulève la société requérante ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la SARL Le Taillan-Médoc Boétie, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code forestier ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pinturault,
- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,
- et les observations de Me Achou-Lepage, représentant la SCI La Grange Poujeau, et de Me Caijeo, représentant la commune du Taillan-Médoc.
Une note en délibéré, enregistré le 5 septembre 2024, a été enregistrée pour la SCI La Grange Poujeau.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 28 novembre 2022, le maire de la commune du Taillan-Médoc a délivré à la SARL Le Taillan-Médoc Boétie un permis de démolir et un permis de construire pour démolir une grange et construire 26 maisons sur les parcelles cadastrées section BI n°s 8, 9 et 219, situées 152 avenue de La Boétie. Par une décision du 27 mars 2023, cette autorité a rejeté le recours gracieux formé contre cet arrêté par la SCI La Grange Poujeau. Par un arrêté du même jour, cette autorité a délivré à la SARL Le Taillan-Médoc Boétie un permis de construire modificatif (PCM) comportant l'autorisation de défrichement qui a été donnée à cette société par le préfet de la Gironde. La SCI La Grange Poujeau demande l'annulation des arrêtés du 28 novembre 2022 et du 27 mars 2023, et de la décision de rejet du recours gracieux du 27 mars 2023.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : () b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12. " Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend () : () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur () ".
3. Le dossier de la demande de permis de construire initiale déposée par la SARL Le Taillan-Médoc Boétie contient le plan de cinq coupes qui fait apparaître l'état du terrain avant et après réalisation des travaux. Le moyen tiré de l'absence de ce plan de coupe manque en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'environnement : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : / a) L'étude d'impact ou la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas dispensant le projet d'évaluation environnementale () ". Selon l'article L. 122-1 du code de l'environnement : " () II.- Les projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine font l'objet d'une évaluation environnementale en fonction de critères et de seuils définis par voie réglementaire et, pour certains d'entre eux, après un examen au cas par cas () IV. - Lorsqu'un projet relève d'un examen au cas par cas, l'autorité en charge de l'examen au cas par cas est saisie par le maître d'ouvrage d'un dossier présentant le projet afin de déterminer si celui-ci doit être soumis à évaluation environnementale () ". Selon l'article R. 122-2 du code de l'environnement : " I. - Les projets relevant d'une ou plusieurs rubriques énumérées dans le tableau annexé au présent article font l'objet d'une évaluation environnementale, de façon systématique ou après un examen au cas par cas, en application du II de l'article L. 122-1, en fonction des critères et des seuils précisés dans ce tableau. " Selon l'article R. 122-2-1 du code de l'environnement : " I.- L'autorité compétente soumet à l'examen au cas par cas prévu au IV de l'article L. 122-1 tout projet, y compris de modification ou d'extension, situé en deçà des seuils fixés à l'annexe de l'article R. 122-2 et dont elle est la première saisie, que ce soit dans le cadre d'une procédure d'autorisation ou d'une déclaration, lorsque ce projet lui apparaît susceptible d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine au regard des critères énumérés à l'annexe de l'article R. 122-3-1 () ".
5. La société requérante soutient que le projet, même s'il n'entre pas dans la liste des opérations qui doivent, au regard des seuils fixés par l'article R. 122-2 du code de l'environnement, être soumis à une évaluation environnementale, est néanmoins de nature à avoir des incidences notables sur l'environnement au regard, d'une part, de la rupture induite dans la continuité écologique par le défrichement nécessaire à sa réalisation et, d'autre part, des incidences qu'il est susceptible d'avoir sur la protection de points de prélèvements en eau destinés à l'alimentation en eau potable de l'agglomération bordelaise. Elle en déduit que ce projet devait, par suite, être soumis à un examen au cas par cas, conformément aux dispositions cumulées des dispositions précitées des articles R. 431-16 du code de l'urbanisme et R. 122-2-1 du code de l'environnement.
6. Le terrain d'assiette du projet est bordé, à l'ouest, par une zone naturelle où se trouve un espace boisé classé. Il est inclus dans le périmètre d'une servitude de protection repérée au plan de zonage et désignée sous le code " P 2241 " dont le règlement implique, notamment, de maintenir la présence de nature en intégrant une végétalisation importante du projet, le coefficient de végétalisation devant être de 3 %. B, ce terrain n'est pas, lui-même, grevé d'autres servitudes en rapport avec la protection des continuités écologiques et paysagères. En outre, les affirmations générales de la société requérante sur les conséquences que le défrichement pourrait avoir ne sont pas suffisantes pour établir que le projet serait susceptible d'avoir des incidences notables sur le milieu naturel environnant, alors que le terrain d'assiette, même s'il est à l'origine laissé à l'état naturel, se trouve enserré au nord, au sud et à l'est par des espaces urbanisés, où domine un habitat individuel resserré. De plus, le terrain d'assiette ne se trouve pas dans le périmètre de protection rapprochée des points de captage d'eau potable du Thil, de Gamarde et du Haillan, mais dans le périmètre de protection éloignée, où les constructions ne sont pas interdites et où l'assainissement autonome est autorisé sous réserve de respecter certaines prescriptions faites par l'Agence régionale de santé (ARS), qui ont été expressément reprises dans le permis de construire modificatif et dont il n'est pas démontré qu'elles ne seraient pas réalisables. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le projet est susceptible d'avoir des incidences notables sur l'environnement au sens de l'article L. 122-1 du code de l'environnement ni, par suite, que ce projet aurait dû être soumis à un examen au cas par cas au titre des dispositions combinées de l'article R. 122-2-1 de ce code et de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme. Le moyen sera écarté.
7. En troisième lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme : " Conformément à l'article L. 341-7 du nouveau code forestier, lorsque le projet porte sur une opération ou des travaux soumis à l'autorisation de défrichement prévue aux articles L. 341-1 et L. 341-3 du même code, celle-ci doit être obtenue préalablement à la délivrance du permis. " Aux termes de l'article R. 431-19 de ce code : " Lorsque les travaux projetés nécessitent une autorisation de défrichement en application des articles L. 341-1, L. 341-3 ou L. 214-13 du code forestier, la demande de permis de construire est complétée par la copie de la lettre par laquelle le préfet fait connaître au demandeur que son dossier de demande d'autorisation de défrichement est complet, si le défrichement est ou non soumis à reconnaissance de la situation et de l'état des terrains et si la demande doit ou non faire l'objet d'une enquête publique. " Aux termes de l'article L. 341-1 du code forestier : " Est un défrichement toute opération volontaire ayant pour effet de détruire l'état boisé d'un terrain et de mettre fin à sa destination forestière () ". Selon l'article L. 341-3 de ce code : " Nul ne peut user du droit de défricher ses bois et forêts sans avoir préalablement obtenu une autorisation () ". Aux termes de l'article L. 341-7 du même code : " Lorsque la réalisation d'une opération ou de travaux soumis à une autorisation administrative, à l'exception de celles prévues au titre Ier et au chapitre V du titre V du livre V du code de l'environnement, nécessite également l'obtention d'une autorisation de défrichement, celle-ci doit être obtenue préalablement à la délivrance de cette autorisation administrative. "
8. D'autre part, lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
9. Tout d'abord, tandis que le dossier de demande du permis de construire initial ne comportait pas l'autorisation qui a été délivrée à la société pétitionnaire le 16 mai 2022 par la préfète de la Gironde pour défricher le terrain d'assiette, cette autorisation a été produite dans le dossier de demande de PCM. La délivrance de ce PCM a ainsi eu pour effet, conformément au principe énoncé ci-dessus, de régulariser sur ce point le permis de construire initial, que la société requérante ne peut plus utilement critiquer sur ce point.
10. Ensuite, contrairement à ce qui est soutenu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le terrain d'assiette ait à l'origine une destination forestière sur une superficie supérieure à celle pour laquelle, par son arrêté délivré le 16 mai 2022, la préfète de la Gironde a autorisé la société pétitionnaire à mener des opérations de défrichement, c'est-à-dire pour une superficie de 0,2 ha qui correspond à la frange ouest du terrain d'assiette, dont il ressort des clichés et des vues aériennes produits aux débats qu'elle est la seule partie du terrain placée dans la continuité de l'espace boisé classé voisin.
11. Il suit de là que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les arrêtés de permis de construire contestés auraient été délivrés sans autorisation préalable de défrichement.
12. En quatrième lieu, pour les motifs notamment exposés au point 6, les pièces du dossier sont insuffisantes à démontrer que la déforestation du site aurait un impact sur les cours d'eau qui assurent l'alimentation de Bordeaux Métropole. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de l' autorisation de défrichement au regard des dispositions du 3° et 6° de l'article L. 341-5 du code forestier. Le moyen doit être écarté.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2.1.2. du règlement de la zone UM16 du PLUi de Bordeaux Métropole : " () Les implantations sont définies par des reculs (R), des retraits (L1 et L2). / 2.1.2.1. () Le recul R d'une construction est la distance mesurée, perpendiculairement aux voies, qu'elles soient publiques ou privées (" voiries à vocation dominante des déplacements ", " voiries à vocation relationnelle et de proximité " telles que définies au " 3.1.2 Conditions de desserte " du présent règlement) et aux emprises publiques, existantes ou projetées. Ce recul ne s'applique qu'aux constructions implantées en premier rang, c'est-à-dire au plus proche de la voie ou de l'emprise publique (VEP). / Constitue une emprise publique un espace existant ou à créer ouvert au public et pouvant donner accès directement aux terrains riverains. Ces espaces sont ouverts à la circulation des piétons, des 2 roues et/ou des véhicules motorisés. / La marge de recul est issue de l'application du recul R. Il s'agit de l'espace compris entre le recul minimum imposé et la voie ou l'emprise publique () 2.1.2.2. () Le retrait L d'une construction est la distance mesurée perpendiculairement aux limites séparatives L1 ou L2. / Celles-ci s'entendent de la manière suivante : / - L1 : il s'agit de limites séparatives latérales ; - L2 : Il s'agit de limites séparatives de fond de terrain, généralement à l'opposé de la voie () ". Aux termes de l'article 2.1.3. de ce règlement : " () La hauteur H d'une construction est la différence d'altitude mesurée verticalement entre, d'une part, le niveau du sol avant travaux ou, le cas échéant, le niveau de la voie ou de l'emprise publique (VEP) et d'autre part, un point spécifique de la construction () ". Aux termes de l'article 2.2. du règlement de la zone UM16 du PLUi de Bordeaux Métropole : " () Pour les constructions neuves, il est nécessaire de se référer au " 2.2.1. Constructions, installations et aménagements neufs " du présent règlement () Ces règles sont définies par une règle écrite et / ou indiquées, pour tout ou partie, au plan de zonage. Dès lors qu'une règle est portée au plan de zonage et à sa légende, elle se substitue à la règle écrite () ".
14. En ce qui concerne tout d'abord le recul des constructions vis-à-vis de la voie publique, si, selon le tableau annexé à l'article 2.2.1. de ce règlement, les constructions nouvelles doivent présenter, par rapport à l'emprise de la voie publique, un recul d'au moins 4 m, ou bien un recul " adapté à la séquence ", le plan de zonage, conformément aux dispositions précitées de l'article 2.2. du règlement, déroge à l'application de cette règle dès lors qu'il prévoit, le long de l'avenue de La Boétie et au niveau du terrain d'assiette, une marge de recul minimal de 3 m. A, il ressort des pièces du dossier que les maisons qu'il est projeté de construire en premier rang le long de l'avenue de La Boétie seront éloignées d'une distance d'au moins 3,39 m par rapport à la limite d'emprise de cette voie.
15. En ce qui concerne ensuite le retrait par rapport aux limites séparatives latérales, la société requérante reproche au projet de prévoir l'implantation de maisons à moins de 6 mètres de la limite séparative de fond de terrain, qui est la distance minimale imposée quand la hauteur de façade excède 4 m. B, il ressort des pièces du dossier que toutes les constructions envisagées seront implantées à une distance bien plus éloignée de la limite de fond de parcelle (L2) et que les maisons dont la société requérante soutient qu'elles ne présentent pas un retrait suffisant vis-à-vis des limites séparatives sont en réalité implantées le long de la limite séparative latérale (L1), par rapport à laquelle elles présentent un retrait supérieur ou égal à 4 m, conforme au recul minimum imposé par le tableau annexé à l'article 2.2.1. du règlement lorsque la hauteur de façade est supérieure à 4 mètres.
16. En ce qui concerne enfin la hauteur des constructions, selon ce même tableau et le schéma qui y est joint, la hauteur totale des constructions nouvelles ne doit pas excéder 8 m et la hauteur de façade (Hf) 4 m, mesurée non pas sur le bâtiment lui-même, mais, selon les mentions portées dans le tableau et le schéma associés à l'article 2.2.1. du règlement, sur la limite séparative, au niveau où arrive la projection de la ligne de pente de toiture. Or, il ressort des pièces du dossier et, notamment, du plan des coupes joint au dossier de demande de permis de construire initial, que chaque maison projetée présente, par rapport au niveau du sol avant travaux, une hauteur qui n'excède, en aucun point, ni la hauteur de façade maximale, ni la hauteur totale maximale autorisées.
17. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le projet ne serait pas conforme aux dispositions réglementaires citées plus haut en ce qui concerne le recul par rapport à la voie publique, le retrait par rapport aux limites séparatives latérales et les hauteurs de construction.
18. En sixième lieu, aux termes de l'article 2.4.4.1. du règlement de la zone UM16 PLUi : " () Espaces affectés au stationnement, voiries, constructions semi-enterrées ()Le traitement des espaces affectés au stationnement, des voiries, des constructions semi-enterrées et des accès doit être soigné () Les aires de stationnement supérieures ou égales à 10 places ne doivent pas être traitées d'un seul tenant, sans création de séquences plantées en pleine terre permettant d'en limiter l'impact visuel () ces séquences seront notamment composées d'arbres de petit et moyen développement, de haies champêtre ou de treilles végétales en privilégiant les espèces endogènes, dépolluantes et non-allergènes () ".
19. En l'espèce, si le projet comporte l'aménagement de 22 places de stationnement sur la voie de desserte intérieure du projet, après l'accès, ces places, contrairement à ce qui est soutenu, ne sont pas aménagées d'un seul tenant. Le projet prévoit en outre la plantation d'un arbre et d'une haie végétalisée le long des neuf premières places. Le moyen manque en fait.
20. En septième lieu, aux termes de l'article 3.1.1. du règlement de la zone UM16 du PLUi de Bordeaux Métropole : " () Définition de la desserte / La voie constitue la desserte du terrain d'assiette du projet ". Selon l'article 3.1.2. de ce règlement : " () Conditions de desserte / Qu'elles soient publiques ou privées, lors de la création de voies nouvelles ou de la requalification/élargissement de voies existantes, les emprises, autorisées ou imposées, doivent tenir compte () de la vocation de ces voies () Leur dimensionnement et leur traitement doivent être adaptés aux usages attendus suivants : / - les " voiries à vocation dominante des déplacements " (liaisons entre les territoires permettant prioritairement l'écoulement du trafic) : la largeur d'emprise de ces voies est adaptée à leur usage, à l'existence ou non de transports en commun et de stationnement, sans pour autant être inférieure à 12,5 m ; / - les " voiries à vocation relationnelle et de proximité " (voies locales de desserte au sein d'un quartier ou d'un îlot) : la largeur d'emprise de ces voies est adaptée au contexte urbain, notamment aux marges de recul des constructions, sans pour autant être inférieure à 6,5 m pour les voies à sens unique et 8,5 m pour les voies à double sens () ".
21. Si les dispositions précitées ont pour objet de réglementer l'aménagement des voies, existantes ou à créer, destinées à desservir le terrain d'assiette, elles n'ont pas pour objet, ni pour effet, de réglementer la voirie interne de ce terrain. Par suite, le moyen tiré de ce que la voirie à créer à l'intérieur du terrain d'assiette ne correspond pas à la largeur minimale requise par ces dispositions réglementaires, relatives à la desserte, doit être écarté comme inopérant.
22. En huitième lieu, aux termes de l'article 3.2.3. de la zone UM16 du PLUi de Bordeaux Métropole : " () Bande d'accès ou servitude de passage / La bande d'accès et la servitude de passage correspondent à la portion de terrain permettant l'accès à un ou des terrains en second rang, qui ne sont pas desservies directement par une voie ou emprise publique () ".
23. Le terrain d'assiette du projet contesté est desservi directement depuis la voie publique. Par suite, la voirie interne dont la création est envisagée sur ce terrain ne constitue pas un " bande d'accès " au sens des dispositions précitées. La société requérante ne peut donc utilement soutenir que ce projet n'est pas conforme à l'interdiction de la création de nouvelles bandes d'accès dans le secteur 5L35 de la zone UM16 du PLUi de Bordeaux Métropole.
24. En neuvième lieu, aux termes de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme : " Le règlement national d'urbanisme est applicable aux constructions et aménagements faisant l'objet d'un permis de construire, d'un permis d'aménager ou d'une déclaration préalable ainsi qu'aux autres utilisations du sol régies par le présent code. / B les dispositions des articles R. 111-3, R. 111-5 à R. 111-19 et R. 111-28 à R. 111-30 ne sont pas applicables dans les territoires dotés d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ".
25. Dès lors que la commune du Taillan-Médoc, qui fait partie de la communauté d'agglomération de Bordeaux Métropole, est couverte par le PLUi de cette collectivité, la société requérante ne peut utilement soutenir, pour obtenir l'annulation de l'arrêté contesté, que le projet en litige méconnaît les dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme, inapplicables en l'espèce.
26. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SCI La Grange Poujeau doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Taillan-Médoc, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la SCI La Grange Poujeau au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire droit aux conclusions que la commune du Taillan-Médoc forme à ce titre et de mettre à la charge de la SCI La Grange Poujeau une somme de 1 500 euros au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI La Grange Poujeau est rejetée.
Article 2 : La SCI La Grange Poujeau versera à la commune du Taillan-Médoc une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI La Grange Poujeau, à la SARL Le Taillan-Médoc Boétie et à la commune du Taillan-Médoc.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
Mme Fazi-Leblanc, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
Le rapporteur,
M. PINTURAULT
La présidente,
C. CABANNE La greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026