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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2302718

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2302718

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2302718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantFOUCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2023 et des pièces enregistrées le 29 juin 2023, Mme B, représentée par Me Romain Foucard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et lui délivrer, dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- un titre de séjour de plein droit doit lui être délivré en application de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de séjour méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait le 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille française ;

- cette décision méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'interdiction de retour d'une durée d'un an est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Aurélie Chauvin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aurélie Chauvin ;

- les observations de Me Foucard, avocat de Mme A, qui reprend et précise les termes de ses écritures en insistant sur le fait que sa cliente a droit à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour ;

- les observations de Mme A, présente, qui soutient que le père ainsi que les grands-parents paternels de sa fille sont très présents auprès de son enfant ;

- le préfet de la Gironde n'étant pas présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante camerounaise née le 7 mars 1993, est entrée en France le 15 février 2019 selon ses déclarations. Elle a sollicité le bénéfice de l'asile le 19 mars 2019. Par une décision du 31 mai 2022, l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 22 mars 2023. Par un arrêté du 4 mai 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 de ce code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

3. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Gironde a estimé que Mme A " ne justifie pas se trouver dans l'un des cas dans lesquels un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire, tel que précisé à l'article L. 611-3 du ceseda, qu'elle n'entre dans aucun autre cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit en application du même code ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est mère d'une enfant de nationalité française, née le 4 août 2020 à Bordeaux, de son union avec un ressortissant français dont elle est séparée depuis le mois de septembre 2020. Il résulte des pièces qu'elle produit que sur saisine de ce dernier, le juge aux affaires familiales a, par un jugement du 11 janvier 2021, dit sur le fondement des articles 371-1 et 372 du code civil, que l'autorité parentale sera exercée conjointement sur cet enfant mineur, dont la résidence a été fixée chez la mère, et que le père exercera un droit d'accueil deux fois par semaine et versera une contribution mensuelle de 70 euros. La requérante justifie en outre par les pièces versées aux débats qu'elle vit depuis sa naissance avec sa fille, de nationalité française, et contribue à la date de l'arrêté attaqué, effectivement à son entretien et à son éducation, tout comme le père de cet enfant. Ainsi, contrairement à ce qu'indique le préfet de la Gironde qui doit être regardé comme ayant spontanément examiné la possibilité d'accorder à Mme A un titre de séjour de plein droit sur un autre fondement que l'asile, cette dernière remplit les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ouvrant droit à l'attribution d'un tel titre en qualité de parent d'un enfant français mineur et ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, alors même que ces circonstances particulières n'auraient pas été portées à la connaissance de l'administration, Mme A est fondée à soutenir que le préfet de la Gironde a méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 4 mai 2023 portant refus de séjour et la décision faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination et la décision portant interdiction de retour doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Au regard des motifs du présent jugement, il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de Mme A, d'enjoindre à l'administration de délivrer à la requérante un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Maître Foucard, avocat de Mme A désigné au titre de l'aide juridictionnelle, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Maître Foucard de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Maître Foucard en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Maître Foucard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Romain Foucard et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La magistrate désignée,

A. Chauvin

La greffière,

S. Castain

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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