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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2302869

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2302869

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2302869
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL ULDRIF ASTIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juin 2023 et des pièces enregistrées le 8 octobre 2024, M. B E, représenté par Me Astié, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2024 du préfet de la Gironde en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors qu'elle ne mentionne ni son statut de partenaire de PACS ni sa fille née en 2019 ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Kecha, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, né le 16 septembre 1981 à Brazzaville (Congo), de nationalité congolaise, déclare être entré en France le 28 févier 2016. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 5 avril 2020 par la cour nationale du droit d'asile. Auparavant, par arrêté du 8 décembre 2017, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours. En dépit de cet arrêté le requérant s'est maintenu sur le territoire et a demandé son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 27 juillet 2018 dont la légalité a été confirmée par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 5 avril 2020, le préfet de la Gironde a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit de revenir sur le territoire français durant 2 ans. Le requérant s'est à nouveau irrégulièrement maintenu sur le territoire français. Puis par un arrêté du 19 mai 2020, le préfet de la Gironde a rejeté sa nouvelle demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit de revenir sur le territoire français durant 2 ans. Par un jugement du 30 décembre 2020, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans et a rejeté le surplus des conclusions du requérant. Cependant, ce dernier a demandé le 16 janvier 2023 la délivrance d'une carte de séjour au titre de la vie privée et familiale et de l'admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 7 avril 2023, dont M. E demande l'annulation au tribunal, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français sans fixer de délai de départ.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement de la demande de titre de séjour adressée au préfet de la Gironde le 16 janvier 2023, et que ce dernier apporte lui-même au dossier, que M. E a sans équivoque formulé une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " et " admission exceptionnelle au séjour ". En outre, il a bien indiqué sa situation matrimoniale, en remplissant les cases destinées aux enfants dont sa fille et qu'il était pacsé avec Mme D depuis le 4 août 2020. Or, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet s'est borné à indiquer en des termes très généraux et sans faire aucune référence précise à la situation familiale de M. E notamment sa situation de partenaire de pacs avec Mme D depuis le 4 août 2020 et qu'il est père d'une fille née en 2019 de sa relation avec cette dernière qui est elle-même mère d'un autre enfant de nationalité française selon ses déclarations. Ainsi, en ne procédant pas à l'examen de la vie privée et familiale du requérant dans sa décision refusant d'attribuer à ce dernier un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " admission exceptionnelle au séjour ", le préfet de la Gironde a entaché son arrêté d'un défaut d'examen de la situation particulière de M. E.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. E est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Gironde du 7 avril 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ()".

5. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de l'arrêté du 7 avril 2023 implique seulement eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus que le préfet de la Gironde réexamine la situation de M. E dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros à verser au requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 avril 2023 du préfet de la Gironde est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer la situation de M. E dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. E la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024 où siégeaient :

- M. Dominique Ferrari, président,

- Mme A F, et Mme Khéra Benzaïd, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

La rapporteure,

K. C

Le président,

D. Ferrari

La greffière,

E. Souris

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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