Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2302986
vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2302986 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge social |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 juin 2023, et un mémoire, enregistré le 23 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Robert, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 avril 2023 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde lui a accordé une remise gracieuse partielle à hauteur de 1 101,50 euros de sa dette concernant un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 2 203 euros pour la période du 1er janvier au 30 novembre 2022, en tant qu'il ne lui a pas été accordé une remise totale de sa dette ;
2°) d'annuler sa dette ou, à titre subsidiaire, de la réduire à de plus justes proportions ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, de fixer le remboursement de sa dette à un montant de 50 euros par mois au maximum.
Elle soutient que :
* la caisse d'allocations familiales a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation dans le nouveau calcul de ses droits en ne tenant pas compte de l'ensemble de sa situation, notamment la composition de son foyer ;
* elle est de bonne foi ;
* sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 17 mai et le 24 septembre 2024, la caisse d'allocations familiales de la Gironde, représentée par sa directrice, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de la construction et de l'habitation ;
* le code de la sécurité sociale ;
* la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
* le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Naud, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née en 1977, est bénéficiaire de l'allocation de logement familiale. Le 17 décembre 2022, un indu d'un montant de 2 203 euros lui a été réclamé pour la période du 1er janvier au 30 novembre 2022. Le 30 décembre 2022, elle a sollicité la remise gracieuse de sa dette. Le 17 avril 2023, la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde lui a accordé une remise partielle à hauteur de 1 101,50 euros. Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision en tant qu'il ne lui a pas été accordé une remise totale de sa dette.
2. Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " () la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. / () ".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
4. Tout d'abord, si Mme B soutient que la caisse d'allocations familiales aurait commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation en lui réclamant le remboursement de la somme de 2 203 euros, un tel moyen est inopérant dans le cadre de la contestation d'un refus de remise gracieuse, alors qu'elle ne démontre pas, ni même n'allègue avoir formé un recours administratif préalable obligatoire en contestation du bien-fondé de l'indu. En toute hypothèse, il n'est pas sérieusement contesté que la caisse d'allocations familiales a tenu compte de la composition de son foyer, y compris son divorce le 4 octobre 2021.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que l'indu réclamé à Mme B a pour origine un nouveau calcul de ses droits à l'allocation de logement familiale conformément à l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation sur la base, en particulier, de ses ressources qui s'élevaient à 17 588,12 euros du 1er décembre 2020 au 30 novembre 2021, soit un droit du 1er janvier au 31 mars 2022 à 233 euros par mois au lieu de 439 euros, qui s'élevaient à 17 437,03 euros du 1er mars 2021 au 28 février 2022, soit un droit du 1er avril au 30 juin 2022 à 239 euros par mois au lieu de 439 euros, qui s'élevaient à 17 616,94 euros du 1er juin 2021 au 31 mai 2022, soit un droit du 1er juillet au 30 septembre 2022 à 258 euros par mois au lieu de 439 euros en juillet, 471 euros en août et 455 euros en septembre et qui s'élevaient à 17 613,67 euros du 1er septembre 2021 au 31 août 2022, soit un droit du 1er octobre au 31 décembre 2022 à 258 euros par mois au lieu de 455 euros. La volonté manifeste de tromper l'administration n'est pas démontrée, ni même alléguée. Dès lors, aucune manœuvre frauduleuse ou fausse déclaration ne saurait être retenue à l'encontre de la requérante, qui s'avère de bonne foi.
6. Mais d'autre part, il résulte de l'instruction que le foyer de Mme B, qui est divorcée, est composé d'elle-même et de ses deux enfants nés en 2006 et 2010. Au titre de ses charges, la requérante justifie d'un loyer de 877,38 euros charges comprises au mois de mai 2023 et de 932,14 euros au mois de septembre 2024, ainsi que de dépenses courantes d'énergie et de transports en commun. Au titre de ses ressources, elle a déclaré un salaire de 1 681 euros aux mois de janvier, février et mars 2024, de 1 786 euros au mois d'avril 2024, de 1 717 euros au mois de mai 2024 et de 1 783 euros au mois de juin 2024. Elle ne conteste pas avoir aussi perçu au mois d'août 2024 l'allocation de logement familiale à hauteur de 326 euros, les allocations familiales à hauteur de 222,78 euros, l'allocation de soutien familial à hauteur de 391,72 euros, l'allocation de rentrée scolaire à hauteur de 439,38 euros et la prime d'activité à hauteur de 70,32 euros. Au regard de l'ensemble de cette situation financière, il n'est pas établi que le remboursement par Mme B du reliquat de sa dette serait susceptible de compromettre durablement l'équilibre de son budget et de menacer la satisfaction des besoins élémentaires de son foyer. Dans ces conditions, la directrice de la caisse d'allocations familiales a pu à bon droit estimer que la situation de précarité de la requérante justifie seulement que lui soit accordée la remise gracieuse partielle de sa dette à hauteur de 50 %, soit 1 101,50 euros.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde en date du 17 avril 2023 en tant qu'il ne lui a pas été accordé une remise totale de sa dette.
8. Pour ce qui est de l'échéancier de remboursement, la requérante n'établit pas, compte tenu de ce qui a été indiqué au point 6, qu'elle ne pourrait rembourser que la somme de 50 euros par mois.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine. Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
G. NAUD
La greffière,
P. GAULON
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
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