mercredi 21 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2303008 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 9 et 21 juin juin 2023, Mme B H A et M. C G A, agissant en qualité de représentant légal de sa fille mineure D F A, représentés par Me Duten, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner au préfet de la Gironde de restituer les passeports, actes de naissances et pièces d'identité togolaises de B et D A dans un délai de vingt-quatre heures suivant la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à leur conseil de la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la rétention des documents d'identité de Mme B A et de sa sœur mineure D A depuis plus de 15 mois les empêche d'aller et venir librement et de quitter le territoire national, interdit à Mme A de percevoir une rémunération associée au suivi d'une formation, faute de pièce d'identité ;
- la mesure sera utile dès lors qu'elle leur permettra de reprendre le cours normal de leur vie, d'entreprendre des démarches administratives nécessaires pour lesquelles il doit être présenté l'original d'une pièce d'identité, de circuler librement ;
- il ne sera fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A et sa sœur mineure D, de nationalité togolaise, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet de la Gironde de leur restituer, dans un délai de vingt-quatre heures suivant la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, leurs passeports, actes de naissance et pièces d'identité togolais.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire des requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
5. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En outre, le juge des référés ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
6. Il résulte de l'instruction que les documents d'identité de Mmes B et D A ont été soumis à la direction zonale de la police aux frontières de Bordeaux le 21 février 2022 pour expertise, et que les rapports techniques d'analyse documentaire ont remis en cause l'authenticité de ces documents. Le préfet de la Gironde déclare saisir, sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale, le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bordeaux d'un signalement pour une suspicion de fraude par l'utilisation de documents administratifs contrefaits ou falsifiés. Dans le cadre de ce signalement, les documents réclamés par les requérants sont mis à disposition du procureur de la République. Dans ces conditions, la demande d'injonction se heurte à une contestation sérieuse.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent, en l'état, qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais d'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B A et C A sont provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à M. C A et au préfet de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 21 juin 2023.
La juge des référés,
F. E La greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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