Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303152
vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2303152 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge social |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juin 2023, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 25 mai 2023 par laquelle la commission de médiation de la Gironde, saisie au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a rejeté sa demande tendant à être désignée comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social.
Elle soutient que :
* elle n'a jamais reçu le courrier lui réclamant des pièces manquantes ;
* elle est dans une situation d'urgence ; elle est actuellement hébergée chez ses grands-parents ; elle n'a pas de logement, ni d'autre famille, elle est sans travail et sans permis de conduire, elle est sans aide alimentaire ; elle est mère isolée d'une petite fille de huit mois ; elle est séparée du père de sa fille.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de la construction et de l'habitation ;
* le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Naud, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a saisi, au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la commission de médiation de la Gironde d'une demande tendant à être désignée comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le 21 février 2023. La commission lui a opposé un refus, le 25 mai 2023. Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () / II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / () Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. / () ".
3. Aux termes de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation : " La commission est saisie par le demandeur dans les conditions prévues au II ou au III de l'article L. 441-2-3. La demande, réalisée au moyen d'un formulaire répondant aux caractéristiques arrêtées par le ministre chargé du logement et signée par le demandeur, précise l'objet et le motif du recours, ainsi que les conditions actuelles de logement ou d'hébergement du demandeur. () Le demandeur fournit, en outre, toutes pièces justificatives de sa situation. Les pièces justificatives à fournir obligatoirement sont fixées par l'arrêté précité. () Lorsque le formulaire n'est pas rempli complètement ou en l'absence de pièces justificatives obligatoires, le demandeur en est informé par un courrier, qui fixe le délai de production des éléments manquants, délai pendant lequel les délais mentionnés aux articles R. 441-15 et R. 441-18 sont suspendus. / () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que par une lettre du 22 février 2023, le secrétariat de la commission de médiation a demandé à Mme B de produire des pièces obligatoires manquantes dans sa demande initiale, à savoir un justificatif de sa situation familiale ou une attestation du père précisant les conditions de garde de son enfant mineure, accompagnée du justificatif de son identité, d'une part, et une copie de son avis d'imposition ou de non-imposition de 2022 sur les revenus de 2021 ou de l'avis de ses grands-parents si elle est rattachée à leur foyer fiscal, d'autre part. Conformément à l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation, le demandeur doit en effet fournir toutes pièces justificatives de sa situation, ces pièces à fournir obligatoirement étant fixées par l'arrêté du 18 avril 2014 qui prévoit le modèle de formulaire "recours amiable devant la commission départementale de médiation en vue d'une offre de logement" sous le n° cerfa 15036 et sa notice d'information sous le n° cerfa 51754. La requérante ne conteste pas sérieusement que ce courrier, produit en défense, lui a été envoyé à son adresse chez ses grands-parents. Elle n'a cependant pas répondu avant le 22 mars 2023, délai qui lui était imparti, et, le 29 mars 2023, le secrétariat de la commission de médiation l'a informée que les pièces réclamées restaient manquantes et que le délai d'instruction de sa demande reprenait. La décision de rejet attaquée a ainsi été prise, le 25 mai 2023, au motif que " l'absence de certaines pièces, indispensables à l'instruction du recours, demandées par courrier en date du 22 février et du 29 mars 2023, ne permet pas à la commission de médiation de statuer sur la demande de la requérante ". Il n'est pas sérieusement contesté que la commission de médiation n'a pas été en mesure d'apprécier les mérites de la demande de Mme B avec les seuls éléments dont elle disposait.
5. Néanmoins, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur le fondement d'un autre alinéa du II de l'article L. 441-2-3 que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.
6. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () / - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance / () / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, née en 2003, a présenté auprès de la commission de médiation de la Gironde sa demande tendant à être désignée comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, au motif qu'elle est dépourvue de logement, étant hébergée chez ses grands-parents ainsi que cela ressort de l'attestation de son grand-père en date du 8 juin 2023. Il s'agit d'un logement de type T3 situé à Bordeaux, dont le loyer était de 352,12 euros au mois de mars 2023. La requérante est mère d'une enfant née en 2022. Elle produit une attestation du père de celle-ci en date du 7 juin 2023 dont il ressort qu'ils sont séparés et qu'elle a la garde de leur fille. Elle déclare ne pas avoir de travail et justifie qu'elle perçoit le revenu de solidarité active majoré à hauteur de 902,86 euros et la prestation d'accueil du jeune enfant à hauteur de 184,81 euros au mois de mai 2023. Elle ne démontre pas, ni même n'allègue que la cohabitation avec ses grands-parents, qui l'ont élevée, serait difficile. Dans ces conditions et au regard de son jeune âge, le refus qui lui a été opposé s'avère fondé au vu de l'examen global de sa situation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation de la Gironde en date du 25 mai 2023.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine. Copie en sera adressée au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
G. NAUD
La greffière,
P. GAULON
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
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