Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303153
vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2303153 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge social |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juin 2023, et un mémoire, enregistré le 19 juillet 2023, Mme A B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mars 2023 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde a refusé de lui accorder la remise gracieuse de sa dette concernant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 3 443,25 euros pour la période du 1er août 2021 au 30 avril 2022 (INK 003) ;
2°) d'annuler la décision du 31 mars 2023 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde a refusé de lui accorder la remise gracieuse de sa dette concernant un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 852 euros pour la période du 1er août 2021 au 30 avril 2022 (IM4 002) ;
3°) d'annuler la décision du 31 mars 2023 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde a refusé de lui accorder la remise gracieuse de sa dette concernant un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 d'un montant de 228,67 euros (ING 001) ;
4°) d'annuler la décision du 17 avril 2023 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde a refusé de lui accorder la remise gracieuse de sa dette concernant un indu de revenu de solidarité active majoré d'un montant de 5 387,41 euros pour la période du 1er février au 30 novembre 2021 (INL 001) ;
5°) d'annuler la décision du 23 mai 2023 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde a refusé de lui accorder la remise gracieuse de sa dette concernant un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 234 euros pour la période du 1er avril au 31 mai 2021 (IN5 004) ;
6°) d'annuler la décision du 23 mai 2023 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde a refusé de lui accorder la remise gracieuse de sa dette concernant un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 905 euros pour la période du 1er juin 2021 au 30 avril 2022 (IM4 003) ;
7°) d'annuler la décision du 23 mai 2023 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde a refusé de lui accorder la remise gracieuse de sa dette concernant un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 462,34 euros pour la période du 1er février au 31 mars 2021 (IN5 003) ;
8°) d'annuler la décision du 23 mai 2023 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde a refusé de lui accorder la remise gracieuse de sa dette concernant un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 490 euros pour la période du 1er juin au 31 août 2021 (IM4 001).
Elle soutient que :
* elle est de bonne foi ;
* sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2024, la caisse d'allocations familiales de la Gironde, représentée par sa directrice, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
* les créances IM4 001, IM4 002, IN5 003, IN5 004 et ING 001 sont soldées ; la requérante reste redevable de la somme de 802,98 euros au titre de la créance IM4 003, de la somme de 3 443,25 euros au titre de la créance INK 003 et de la somme de 4 434,07 euros au titre de la créance INL 001 ;
* les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de l'action sociale et des familles ;
* le code de la construction et de l'habitation ;
* le code de la sécurité sociale ;
* le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;
* le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Naud, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née en 1993, est bénéficiaire de différentes allocations. Le 15 décembre 2021, un premier indu d'un montant global de 7 340,24 euros lui a été réclamé, incluant un indu de revenu de solidarité active majoré d'un montant de 5 387,41 euros pour la période du 1er février au 30 novembre 2021 (INL 001). Le 28 avril 2022, un deuxième indu d'un montant global de 952,34 euros lui a été réclamé, incluant un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 462,34 euros pour la période du 1er février au 31 mars 2021 (IN5 003) et un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 490 euros pour la période du 1er juin au 31 août 2021 (IM4 001). Le 19 mai 2022, un troisième indu d'un montant global de 4 295,25 euros lui a été réclamé, incluant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 3 443,25 euros pour la période du 1er août 2021 au 30 avril 2022 (INK 003) et un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 852 euros pour la période du 1er août 2021 au 30 avril 2022 (IM4 002). Le 21 mai 2022, un quatrième indu d'un montant de 228,67 euros lui a été réclamé au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année 2021 (ING 001). Enfin, le 21 juin 2022, un cinquième indu d'un montant global de 1 139 euros lui a été réclamé, incluant un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 234 euros pour la période du 1er avril au 31 mai 2021 (IN5 004) et un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 905 euros pour la période du 1er juin 2021 au 30 avril 2022 (IM4 003). Le 16 décembre 2022, elle a sollicité la remise gracieuse de sa dette. Le 31 mars, le 17 avril et le 23 mai 2023, la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde lui a opposé un refus pour chacune des créances précitées. Mme B demande au tribunal l'annulation de ces huit décisions.
2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ".
3. Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " () la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. / () ".
4. Aux termes de l'article 6 du décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 : " I. Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'État par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. / () ".
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
6. D'une part, il résulte de l'instruction que s'agissant des créances INK 003 et IM4 002, les indus de revenu de solidarité active et d'allocation de logement familiale réclamés à Mme B ont pour origine des déclarations de ressources omettant de mentionner les revenus perçus par son compagnon, M. D E, né en 1992, au titre de son activité d'auto-entrepreneur et ceux perçus par la requérante dans le cadre d'une activité salariée en intérim, ainsi que cela a été constaté dans le rapport d'enquête en date du 3 mai 2022 produit en défense. La requérante, qui ne pouvait pas de bonne foi ignorer qu'elle était tenue de déclarer les revenus de son foyer et tout changement de situation professionnelle, ne conteste pas sérieusement le caractère intentionnel d'une telle omission. Elle s'est ainsi livrée à une manœuvre frauduleuse ou, à tout le moins, à de fausses déclarations. Dans ces conditions, un refus de remise de dette a pu à bon droit lui être opposé pour ces deux créances, quand bien même elle serait dans une situation de précarité.
7. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les indus réclamés à Mme B ont pour origine, s'agissant de la créance INL 001 de revenu de solidarité active majoré, la déclaration de changement de situation effectuée le 13 décembre 2021 concernant sa vie maritale depuis le 1er février 2021, s'agissant de la créance IM4 001 d'allocation de logement familiale et de la créance IN5 003 d'aide personnalisée au logement, la déclaration effectuée le 15 décembre 2021 sur la situation de chômage de son compagnon alors qu'il était auto-entrepreneur, s'agissant de la créance ING 001 de prime exceptionnelle de fin d'année, l'absence de droit au revenu de solidarité active au titre des mois de novembre et décembre 2021 et, s'agissant de la créance IM4 003 d'allocation de logement familiale et de la créance IN5 004 d'aide personnalisée au logement, l'omission de déclaration de revenus salariés perçus par la requérante en 2020 et 2021. La volonté manifeste de tromper l'administration n'est pas établie, contrairement aux créances INK 003 et IM4 002. Dès lors, aucune manœuvre frauduleuse ou fausse déclaration ne saurait être retenue à l'encontre de la requérante, qui s'avère de bonne foi pour ce qui est de ces six autres créances.
8. D'autre part, il résulte de l'instruction que le foyer de Mme B est composé d'elle-même, de son compagnon et de leur fils C né en 2021. Elle justifie de dépenses courantes de loyer, d'énergie, d'assurance et de téléphonie, mais il doit être tenu compte du fait que depuis l'introduction de la requête, elle a manifestement déménagé du logement qu'elle occupait à Margaux-Cantenac pour un appartement situé à Blanquefort. Elle produit aussi des courriers d'un commissaire de justice en date du 22 mai 2023 faisant état de retards de paiement pour le remboursement de dettes de 1 578,01 euros et 1 914,61 euros au titre de crédits à la consommation. Elle fournit également le bulletin de salaire de son compagnon du mois de mai 2023 d'un montant de 1 204,15 euros. Il ressort enfin de l'attestation de paiement du 12 août 2024 produite par la caisse d'allocations familiales qu'au mois de juillet 2024, compte tenu d'un quotient familial de 312 euros, elle a perçu le revenu de solidarité active à hauteur de 233,16 euros et la prime d'activité à hauteur de 200,70 euros, tandis que l'aide personnalisée au logement a été versée à son nouveau bailleur à hauteur de 343,59 euros en déduction du loyer. Le revenu d'activité pris en compte pour le calcul de la prime d'activité s'élevait à 600,24 euros. Au regard de l'ensemble de cette situation financière, Mme B est dans l'incapacité de rembourser l'ensemble de sa dette sans que cela ne compromette durablement l'équilibre de son budget et ne menace la satisfaction des besoins élémentaires de son foyer. Dans ces conditions, sa situation de précarité justifie que lui soit accordée la remise gracieuse partielle de sa dette au titre des créances IM4 001, IM4 003, IN5 003, IN5 004, ING 001 et INL 001 à hauteur de 2 000 euros.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation des décisions de la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde en date des 31 mars, 17 avril et 23 mai 2023 en tant qu'il ne lui a pas été accordé une remise partielle de sa dette au titre des créances IM4 001, IM4 003, IN5 003, IN5 004, ING 001 et INL 001.
DÉCIDE :
Article 1er : Les décisions de la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde en date des 31 mars, 17 avril et 23 mai 2023 sont annulées en tant qu'il n'a pas été accordé à Mme B une remise partielle de sa dette au titre des créances IM4 001, IM4 003, IN5 003, IN5 004, ING 001 et INL 001.
Article 2 : Il est accordé à Mme B une remise partielle de 2 000 euros de sa dette au titre des créances IM4 001, IM4 003, IN5 003, IN5 004, ING 001 et INL 001.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la ministre du logement et de la rénovation urbaine et au département de la Gironde. Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
G. NAUD
La greffière,
P. GAULON
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine et au préfet de la Gironde en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2604840
01/10/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2604704
01/10/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2509963
01/10/2026
Tribunal Administratif d'Orléans — N° TA45-2604401
01/10/2026