mardi 22 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2303321 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ULDRIF ASTIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juin 2023, M. B A, représenté par Me Astié, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 40 431,24 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du 8 avril 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- par un jugement du 19 mai 2021, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 8 avril 2019 et a enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois ; en effet, il remplissait les critères pour bénéficier d'un titre de séjour mention " conjoint de français " ;
- l'illégalité de cet arrêté est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- cette illégalité a eu pour conséquence de l'empêcher illégalement de bénéficier d'un titre de séjour sur la une période de 2 ans, 6 mois et 6 jours alors qu'il pouvait y prétendre ; il a été confronté à l'éventualité d'une reconduite à la frontière et d'une séparation avec son épouse avec laquelle il entretient une relation depuis 2014 ; cette crainte a occasionné des troubles dans ses conditions d'existence qui seront indemnisés par l'octroi d'une somme de 5 000 euros ;
- il a subi un préjudice de jouissance du 8 avril 2019 jusqu'au 14 octobre 2021 caractérisé par la persistance durant une longue période de sa situation de séjour irrégulier, le contraignant notamment à limiter ses trajets quotidiens par peur d'être interpellé par la police ; ce préjudice sera indemnisé à hauteur de 1 000 euros ;
- il a subi un préjudice financier tenant à l'absence de versement des prestations sociales sur cette période, notamment du revenu de solidarité active ; il lui sera alloué à ce titre la somme de 25 431,24 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la décision de liaison du contentieux n'était pas née à la date de son enregistrement ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une décision du 7 mars 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caste, rapporteure ;
- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 23 avril 1989 à Ivry sur Seine, est entré en France le 10 octobre 2010 muni d'un visa de court séjour. Le 3 juillet 2018, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " conjoint de français ". Par un arrêté du 8 avril 2019, l'intéressé a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un jugement n° 2101224 du tribunal administratif de Bordeaux du 19 mai 2021, l'arrêté du 8 avril 2019 a été annulé et il a été enjoint au préfet de la Gironde de délivrer un titre de séjour à l'intéressé. Par un courrier reçu le 5 juin 2023 par les services de la préfecture, M. A a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du 8 avril 2019. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'Etat sur sa demande. Par la présente requête, il demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 40 431,24 euros en réparation de ses préjudices.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par la partie requérante ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle.
4. Pour justifier de la liaison du contentieux, M. A produit une demande indemnitaire préalable réceptionnée par la préfecture de la Gironde le 5 juin 2023. Si le préfet de la Gironde, qui ne conteste pas avoir reçu cette demande, soutient que les conclusions indemnitaires sont irrecevables faute de naissance d'une décision avant l'introduction de la requête le 21 juin 2013, il est constant qu'une décision implicite de rejet de la demande indemnitaire du requérant est née à la date à laquelle le tribunal statue, qui correspond à la date à laquelle s'apprécie la condition tenant à la liaison du contentieux. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur l'existence d'une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat :
5. Par le jugement n°2101224 du 19 mai 2021, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 8 avril 2019 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans adopté à l'encontre de M. A au motif qu'il méconnaissait les dispositions des articles L. 313-11, L. 313-2 et L. 211-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à raison des préjudices directs et certains qu'elle a causés à M. A.
Sur les troubles dans les conditions d'existence :
6. M. A soutient avoir subi des troubles dans ses conditions d'existence qu'il évalue à 5 000 euros. Il est constant que le requérant n'a été mise en possession d'un titre de séjour que le 14 octobre 2021. Eu égard à la nationalité française de son épouse et au risque de séparation, il doit être regardé comme établi avec un degré suffisant de certitude qu'il a subi des troubles dans ses conditions d'existence résultant du refus de séjour et de la décision d'éloignement prise à son encontre. Compte tenu de la durée de l'illégalité à l'origine de ce préjudice, entre le 8 avril 2019 et le 14 octobre 2021, il sera fait une juste appréciation en fixant à 1 500 euros l'évaluation de ce préjudice subi.
Sur le préjudice de jouissance :
7. En se bornant à soutenir qu'il a subi un préjudice de jouissance causé par la persistance de son séjour irrégulier et se matérialisant notamment dans la peur de subir un contrôle de police, M. A ne justifie de la réalité d'aucun préjudice distinct des troubles dans ses conditions d'existence qui ont fait l'objet d'une indemnisation au point 3 du présent jugement.
Sur le préjudice financier :
8. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L. 262-4 du même code : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : / 2° Être français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler. Cette condition n'est pas applicable : / a) Aux réfugiés, aux bénéficiaires de la protection subsidiaire, aux apatrides et aux étrangers titulaires de la carte de résident ou d'un titre de séjour prévu par les traités et accords internationaux et conférant des droits équivalents ; / b) Aux personnes ayant droit à la majoration prévue à l'article L. 262-9, qui doivent remplir les conditions de régularité du séjour mentionnées à l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale ; / 3° Ne pas être élève, étudiant ou stagiaire () / 4° Ne pas être en congé parental, sabbatique, sans solde ou en disponibilité. () ".
9. Le requérant fait valoir qu'entre la date de l'arrêté du 8 avril 2019 dont l'illégalité a été reconnue par le tribunal administratif de Bordeaux par jugement du 19 mai 2021 et le 14 octobre 2021, date à laquelle le préfet de la Gironde a exécuté l'injonction à délivrance de titre de séjour ordonnée par le tribunal, il a été privé du bénéfice du revenu de solidarité active. Toutefois, il résulte des dispositions citées au point précédent, que pour bénéficier de cette prestation sociale, les ressortissants étrangers doivent être titulaires d'une carte de séjour depuis au moins cinq ans. Dès lors que M. A, même s'il s'était vu délivrer le titre sollicité à la date du 8 avril 2019, n'aurait pas rempli la condition de durée de détention d'un titre de séjour sur la période de responsabilité. Par suite, il ne peut être regardé comme ayant été privé du bénéfice du RSA par l'illégalité commise par l'Etat. La demande d'indemnisation d'un tel préjudice financier ne peut donc qu'être rejetée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. A une somme de 1 500 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les frais liés au litige :
11. M. A, à qui a été accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mars 2023, sollicite que soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Or, il n'établit pas avoir exposé d'autres frais que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser la somme de 1 500 euros à M. A en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Brouard-Lucas, présidente,
M. Bourdarie, premier conseiller,
Mme Caste, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2025.
La rapporteure,
F. CASTE
La présidente,
C. BROUARD-LUCAS
La greffière,
A. JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026