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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2303419

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303419

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2303419
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU-6 semaines

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2023, M. A F E, représenté par Me Saint-Martin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, n'a pas renouvelé son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, un titre de séjour, et lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit à être entendu tel que garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur de fait.

En ce qui concerne la décision retirant l'attestation de demandeur d'asile :

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et sur droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur un refus de titre de séjour lui-même illégal ;

- la décision porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et sur droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;

- elle méconnait l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cécile Mariller ;

- les observations de Me Choplin, substituant Me Saint-Martin, avocat de M. E, qui reprend et précise les termes des écritures.

Le préfet de la Gironde n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E, ressortissant camerounais né le 12 avril 1988 est entré en France 2019 selon ses déclarations. Il a sollicité le bénéfice de l'asile le 24 mai 2022. Par une décision du 13 septembre 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 2 mai 2023. Par un arrêté du 14 juin 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour qu'implique la reconnaissance du statut de réfugié ou l'octroi de la protection subsidiaire, lui a refusé le renouvellement de son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. E ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juillet 2023, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que Mme B C, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique, signataire de l'arrêté attaqué, disposait par arrêté 31 mars 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature du préfet de la Gironde à l'effet de signer " toutes décisions () relevant de l'autorité préfectorale pris[es] en application des livres IV, V, VI et VII (partie législative et réglementaire) du CESEDA", au nombre desquelles figure la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté attaqué vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Après avoir mentionné les conditions dans lesquelles la demande d'asile de M. E a été rejetée, l'arrêté énonce les conditions de séjour en France du requérant ainsi que des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale, notamment qu'il ne justifie pas de la présence en France de son enfant. L'arrêté indique également que le requérant n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement ce dernier en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cet arrêté. Par suite, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé tels sa situation médicale dont il n'est d'ailleurs pas établi qu'elle avait été portée à la connaissance du préfet, est suffisamment motivé pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. La motivation de cette décision révèle par ailleurs que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes de l'article 51 de cette charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. En conséquence, ils respectent les droits, observent les principes et en promeuvent l'application, conformément à leurs compétences respectives. / () ".

7. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que si les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'adressent pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union et que le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est ainsi inopérant, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Une atteinte au droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. E, qui a déposé une demande d'asile sur laquelle il a été statué, a été entendu le 8 septembre 2022 à la préfecture de la Gironde à Bordeaux dans le cadre de sa demande d'asile. Il a ainsi été mis à même de présenter des observations et d'exposer sa situation personnelle et notamment sa situation médicale. Il n'est pas allégué qu'il aurait sollicité en vain un entretien supplémentaire, ni qu'il aurait été empêché de présenter spontanément des observations avant les décisions en litige. En conséquence, le moyen tiré de ce que le préfet de la Gironde aurait pris l'arrêté attaqué sans avoir respecté son droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité, l'intensité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. M. E résidait en France depuis moins de quatre ans à la date de l'arrêté en litige. Il n'est pas contesté qu'il ne justifie pas de la présence de son enfant sur le territoire français. S'il soutient qu'il souffre de graves troubles psychologiques, les pièces qu'il verse à l'instance, et alors même qu'il ne démontre pas avoir communiqué ces éléments au préfet, ne permettent pas d'établir qu'un défaut de prise en charge médicale serait susceptible d'entraîner pour le requérant des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française et s'il soutient avoir quitté le Cameroun depuis plus de dix ans, il n'établit pas être isolé dans son pays d'origine où réside notamment son enfant. Enfin, M. E fait valoir que la décision de refus de séjour est entachée d'erreur de fait, l'arrêté précisant qu'il est entré en France en juillet 2020 alors qu'il soutient être arrivé en France à la fin de l'année 2019 en produisant plusieurs convocations à des rendez-vous médicaux pour cette période. Cependant, et alors même que le requérant n'établit pas avoir communiqué ces éléments au préfet, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision et aurait procédé à la même appréciation de sa situation personnelle s'il avait pris en compte cette date d'entrée sur le territoire. Compte tenu de ces éléments, la décision de refus de titre de séjour attaquée ne porte pas, au regard des buts poursuivis, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur de fait doivent être écarté.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de ce qui a été dit au point 10, que le préfet de la Gironde, en refusant de délivrer à M. E un titre de séjour, ait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision retirant l'attestation de demandeur d'asile :

12. Aux termes de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé () ".

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de l'arrêté litigieux, que le préfet de la Gironde se serait estimé en situation de compétence liée pour retirer l'attestation de demande d'asile dont bénéficiait M. E à la suite du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré d'une telle erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. La décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, M. E n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, son illégalité à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

15. Si le requérant soutient que la décision d'obligation de quitter le territoire l'empêchera d'honorer les rendez-vous médicaux programmés en France qui ont notamment pour objectif de poser un diagnostic sur son état de santé, cette seule circonstance ne permet pas de démontrer, compte tenu des éléments exposés notamment au point 10, que l'obligation de quitter le territoire français faite à M. E a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par la décision. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Gironde aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

16. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

17. M. E soutient que son état de santé ferait obstacle à une mesure d'éloignement car l'exécution de la décision entrainerait un risque pour sa santé et son intégrité physique et psychique compte tenu des conditions de prise en charge de la santé mentale au Cameroun. Le requérant ne démontre toutefois pas, en se bornant à des considérations générales sur l'offre de soin au Cameroun, qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un diagnostic et du traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, compte tenu de l'offre de soins y existant, ni que son interruption risquerait d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le requérant, n'établit pas, en outre, avoir porté ces éléments à la connaissance des services de la préfecture. Par suite, M. E n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

18. La décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. E n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

19. Si le requérant soutient que la décision fixant le pays de renvoi entrainera la rupture de soin et son isolement, il ressort des éléments exposés notamment au point 10, que M. E n'établit être dépourvu d'attaches familiales au Cameroun. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par la décision. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Gironde aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

20. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

21. Si M. E, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, soutient qu'il craint d'être incarcéré au Cameroun et de subir en prison des traitements inhumains et dégradants, il se borne à des considérations d'ordre général sur le fonctionnement des prisons au Cameron et n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence de craintes actuelles et personnelles en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de ce que cette décision aurait été édictée en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit en conséquence être écarté, ainsi que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

22. La décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. E n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, son illégalité à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

23. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

24. M. E, dont l'entrée en France est récente ne démontre pas disposer de liens intenses, stables et durables sur le territoire français ni d'une intégration au sein de la société française. Par ailleurs, il résulte de ce qui précède que le requérant n'établit pas la réalité des risques encourus pour sa santé en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, alors même que son comportement ne représenterait pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet de mesures d'éloignement auparavant, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur d'appréciation, en édictant, à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions M. E tendant à leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A F E et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La présidente,

C. MARILLER La greffière,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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