mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2303563 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2023, M. B E, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 mai 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au profit de son épouse ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde d'accorder à M. E le regroupement familial au profit de son épouse, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée a été signée par une autorité ne disposant pas d'une délégation de signature régulière et complète ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les condamnations pénales dont il a fait l'objet sont anciennes ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme de Gélas a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E, ressortissant tunisien né le 14 octobre 1971, est entré en France en 1988. Il bénéficie d'une carte de résident valable jusqu'au 23 mai 2028. Le 20 janvier 2023, il a sollicité le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, Mme F C. Sa demande a été rejetée par décision du préfet de la Gironde du 5 mai 2023, dont M. E sollicite l'annulation.
2. En premier lieu, par un arrêté du 31 mars 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat n° 33-2023-060, le préfet de la Gironde a donné délégation à M. A D directeur des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Gironde et signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, dans le cadre de ses attributions et compétences, toutes décisions pour toutes les matières relevant des missions de la direction des migrations et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; () ". Aux termes de l'article L. 434-7 de ce même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ".
4. Pour fonder sa décision et rejeter la demande de regroupement familial formulée par M. E, le préfet de la Gironde s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé a été condamné par le tribunal correctionnel de Créteil le 28 juin 2012 à une amende de 600 euros pour récidive de violences sans incapacité sur sa conjointe et sur mineur de 15 ans pour des faits commis les 11 et 12 octobre 2011, ainsi que le 19 janvier 2017, à une peine de trois mois d'emprisonnement pour récidive de violence en état d'ivresse pour des faits commis les 9 et 10 décembre 2015, et violence sur sa conjointe suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours pour des faits commis les 14 et 15 novembre 2015. Il a ainsi estimé que M. E ne se conformait pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France.
5. S'il est constant que les faits pour lesquels M. E a été condamné sont anciens à la date de la décision litigieuse, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'ils concernent des faits de violences, notamment sur conjoint, et ont été réitérés. Dans ces conditions, en estimant que, eu égard à la nature, la gravité et au caractère répétés de ceux-ci, M. E ne se conformait pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Il est constant que M. E a épousé Mme C en Tunisie le 12 septembre 2018, alors qu'il bénéficiait d'un titre de séjour l'autorisant à séjourner en France où il déclare résider depuis 1988. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que les époux aient depuis lors partagé une communauté de vie, en France ou en Tunisie, ni qu'ils ne pourraient s'installer dans leur pays d'origine dont ils ont tous les deux la nationalité. Dès lors, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 7, en refusant de faire droit à sa demande de regroupement familial au profit de son épouse, le préfet de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de celle-ci sur la situation personnelle du requérant.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que celles tendant au prononcé d'une injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme de Gélas, première conseillère,
Mme Jaoüen, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
C. DE GÉLAS
La présidente,
A. CHAUVINLa greffière,
C. LALITTE
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026