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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2303704

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303704

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2303704
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2023, Mme C A B, représentée par Me Chrétien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et la munir d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 27 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chauvin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A B, ressortissante de nationalité algérienne née le 14 août 1993, déclare être entrée régulièrement en France le 2 janvier 2022 muni d'un passeport en cours de validité. Le 4 janvier 2023, elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 juin 2023, dont Mme A B demande l'annulation, le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B s'est mariée en Algérie le 11 octobre 2021 avec un compatriote et est entrée en France le 2 janvier 2022. Ainsi, elle est présente sur le territoire français depuis moins de deux ans à la date de l'arrêté attaqué. Si son époux est un compatriote en situation régulière sur le territoire français, père d'un enfant français né d'une précédente union et que le couple a un enfant né le 2 novembre 2022 à Bordeaux, leur mariage est récent et l'existence d'une communauté de vie antérieure à celui-ci n'est pas établie. L'intensité et l'ancienneté d'une vie familiale sur le territoire français ne sont pas démontrées alors que la requérante n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans et dans lequel résident notamment ses parents. En outre, la requérante ne fait état d'aucun élément d'intégration dans la société française. Elle n'allègue pas non plus qu'elle serait dans l'impossibilité de retourner en Algérie avec son enfant, et son époux, pays dont ce dernier a également la nationalité. La seule circonstance que le premier enfant de son époux, âgé de sept ans, vive avec eux et est de nationalité française, ne fait pas non plus obstacle à ce que Mme A B se rende en Algérie, pays dans lequel elle n'est pas isolée, durant le temps d'instruction d'une demande de regroupement familial. A cet égard, l'arrêté attaqué n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer la famille de façon durable. Dans ces conditions, en lui refusant un titre de séjour et en assortissant cette décision d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Gironde n'a pas porté au droit de l'intéressée une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par conséquent être écarté. Mme A B n'est pas davantage fondée à soutenir que le préfet de la Gironde a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Ainsi qu'il a été dit au point 3, l'arrêté attaqué n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer la cellule familiale de façon durable, la requérante ne faisant état d'aucun élément qui serait de nature à faire obstacle à ce qu'elle se rende en Algérie accompagnée de son enfant durant le temps d'instruction d'une demande de regroupement familial. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La première assesseure,

C. DE GÉLASLa présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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