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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2303771

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303771

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2303771
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCM.ANTIGONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2023, M. A B représenté par Me Astié, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de prendre toutes mesures utiles afin de faire cesser l'atteinte à ses droits élémentaires ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de le convoquer pour remise d'un récépissé ou à défaut de lui adresser directement ledit récépissé par voie postale ou dématérialisée ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 € à verser à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

- la condition d'urgence, prévue à l'article L. 521-3 du code de justice administrative, est remplie dès lors que le refus de la préfecture de lui remettre un récépissé entraîne des conséquences particulièrement graves pour lui ; il est en France depuis 2012 ; il ne perçoit aucune ressource propre et sa situation administrative l'empêche de trouver un emploi ; il ne peut contribuer personnellement aux besoins du ménage ; il bénéficie pourtant d'un jugement du tribunal administratif qui a enjoint à la préfecture de réexaminer sa situation ; il a déposé un dossier complet en préfecture mais aucun récépissé ne lui a été délivré ;

- les mesures sollicitées sont indispensables pour qu'il soit acté qu'il a bien déposé une demande de titre de séjour complète ; il a besoin d'un récépissé pour pouvoir travailler pendant l'instruction de sa demande ;

- les mesures sollicitées ne font pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative ; aucun texte ne prévoit la possibilité pour l'administration de refuser de lui remettre un récépissé ou un accusé de réception suite au dépôt d'une demande, et aucun texte ne prévoit davantage la possibilité pour l'administration de se soustraire à l'injonction délivrée par le tribunal de réexaminer s situation ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.

2. M. B, de nationalité albanaise, né le 3 janvier 1979, est entré sur le territoire français en octobre 2012. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier ressort en 2014 par la cour nationale du droit d'asile. Il a fait l'objet, le 29 septembre 2016, d'une obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de retour en France de deux ans qui n'a pas été exécutée. M. B a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile. Par un arrêté du 24 août 2018, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer ce titre de séjour. Par un jugement n°2201443 en date du 12 avril 2023, le tribunal administratif a annulé cette décision au double motif tiré, d'une part, d'un défaut d'examen particulier de sa situation et, d'autre part, d'une erreur de droit, et a enjoint à la préfecture de la Gironde de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. M. B a été convoqué le 11 juillet 2023 au guichet n°18 de la préfecture pour y déposer son dossier de demande. L'intéressé affirme avoir remis un dossier complet et s'être vu refuser la délivrance d'un récépissé.

3. D'une part, il apparaît que la convocation au guichet de la préfecture a été réalisée en application de l'injonction du tribunal dans un délai raisonnable. M. B a quant à lui formé son recours le 11 juillet 2023, soit le jour même de sa convocation en préfecture. A supposer même que le préfet n'aurait pas encore réexaminé sa demande de titre de séjour, le requérant dispose de la possibilité de demander au tribunal d'assurer l'exécution du jugement du 12 avril 2023 sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative. Il lui est également loisible de contester, le cas échéant, le refus implicite de lui délivrer un récépissé à intervenir dans le délai de deux mois, suivant les dispositions combinées des articles R. 431-12 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 231-1, D. 231-2 et D. 231-3 du code des relations entre le public et l'administration.

4. D'autre part, il apparaît que M. B, s'est maintenu depuis 2012 sur le territoire français de façon irrégulière, en dehors des périodes où il pouvait justifier d'une autorisation provisoire dans l'attente de l'instruction de sa demande d'asile ou de titre de séjour. Il n'a jamais travaillé pendant ces années et n'a par conséquent disposé d'aucune ressources propre lui permettant de justifier une quelconque contribution financière à l'entretien de sa famille, composée de son épouse, Madame C B, titulaire d'une carte de séjour " vie privée et familiale " et qui l'héberge, et de ses trois enfants mineurs. La seule production d'une promesse d'embauche datée du 9 mars 2022, soit antérieure au jugement du 12 avril 2023, ne suffit pas à démontrer l'urgence qu'il soit enjoint à la préfecture de lui délivrer un récépissé de dépôt de demande de titre de séjour.

5. Dans ces conditions, la demande en référé apparaît manifestement mal fondée et ne répond pas à la condition d'urgence visée à l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de rejeter, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du même code, la requête de M. B, y compris ses conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et celles relatives à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Astié et au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 19 juillet 2023.

Le juge des référés,

M. VAQUERO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2303771

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