mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2303802 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CORNILLE - FOUCHET - MANETTI |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré enregistré le 13 juillet 2023, le préfet de la Gironde demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le maire de la commune de Lacanau a délivré à la SCI Calice un permis de construire pour la surélever et changer de destination un immeuble situé sur la parcelle cadastrée section CD n° 53, et pour modifier l'aspect extérieur de cet immeuble, ensemble la décision par laquelle cette même autorité a implicitement rejeté le recours gracieux formé contre cet arrêté par le sous-préfet de Lesparre-Médoc.
Il soutient que l'arrêté méconnaît les articles L. 121-8 et L. 121-16 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2023, la commune de Lacanau, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par le préfet de la Gironde ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 21 septembre 2023, et par un mémoire enregistré le 11 septembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la SCI Calice, représentée par Me Manetti, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de justice administrative et à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par le préfet de la Gironde ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 4 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 6 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pinturault,
- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,
- et les observations de Me Eizaga, représentant la SCI Calice.
Une note en délibéré, présentée pour la SCI Calice, a été enregistrée le 19 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 11 janvier 2023, le maire de la commune de Lacanau a délivré un permis de construire à la SCI Calice pour surélever et changer de destination un immeuble situé sur la parcelle cadastrée section CD n° 53, et pour modifier l'aspect extérieur de cet immeuble. Le préfet de la Gironde demande au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que la décision par laquelle le maire de la commune de Lacanau a implicitement rejeté le recours gracieux formé contre cet arrêté par le sous-préfet de Lesparre-Médoc.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 121-16 de ce code, qui s'applique aux projets situés dans la bande littorale : " En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont interdites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage () ". Selon l'article L. 121-17 du même code : " L'interdiction prévue à l'article L. 121-16 ne s'applique pas aux constructions ou installations nécessaires à des services publics ou à des activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau () ".
3. D'une part, ne peuvent déroger à l'interdiction de toute construction sur la bande littorale des cent mètres que les projets réalisés dans des espaces urbanisés, caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions, à la condition qu'ils n'entraînent pas une densification significative de ces espaces.
4. D'autre part, il n'y a pas lieu de distinguer, pour l'application des dispositions précitées, les constructions ou installations nouvelles et celles portant extension d'une construction ou installation existante. En outre, dans la zone qu'elles définissent, ces dispositions font obstacle, non seulement à l'édification de constructions ou installations nouvelles en dehors des exceptions envisagées, mais également à ce qu'un bâtiment existant acquière une destination autre que celle correspondant à l'établissement de services publics ou d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau.
5. Il ressort des pièces du dossier que le projet contesté, contrairement à ce que soutient la société pétitionnaire, se situe à moins de 100 m de la limite haute du rivage du lac de Lacanau, dans une partie de baie lacustre elle-même distante de plus de 3 kilomètres de la station balnéaire de Lacanau-Océan, de laquelle elle est séparée par de vastes étendues naturelles et de l'habitat diffus, et de près de 6 kilomètres du bourg de Lacanau, duquel elle est séparée par le lac de Lacanau. Si ce secteur se trouve à proximité du lieu-dit " Carreyre ", il n'était pas identifié, à la date de l'arrêté litigieux, comme un secteur déjà urbanisé par un schéma d'orientation territoriale (SCoT) applicable en application de l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme et il ne comporte que quelques maisons individuelles construites en surplomb du rivage de manière étalée le long du trait de côte. Il ne peut donc être regardé comme un secteur urbanisé, au sens de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme, nonobstant sa desserte, alléguée en défense, par des réseaux. En outre, la circonstance que ce secteur se trouve dans une zone constructible du plan local d'urbanisme est sans incidence sur l'application des dispositions légales citées plus haut, qui sont directement opposables aux autorisations individuelles d'urbanisme. Enfin, le projet contesté, quand bien-même il porte sur une construction existante dont il n'étend pas l'emprise au sol ou bâtie, implique non seulement de rénover et de réaménager la maison existante, mais encore de créer une surélévation d'une aile du bâtiment, en y ajoutant un étage avec terrasse, et de changer la destination d'une partie de la surface de plancher, initialement à usage de bureaux, vers une destination d'habitation, tous travaux qui constituent, considérés ensemble, une opération d'extension de la construction, prohibée par les dispositions de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme dans une partie non urbanisée de la bande des cent mètres mesurés depuis le rivage.
6. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Gironde est bien fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens de la requête ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de cet arrêté.
Sur les conséquences de l'illégalité :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
8. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires ayant conduit à l'adoption de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, si les conditions posées par cet article sont réunies, ou que le bénéficiaire de l'autorisation lui ait indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs () ".
10. Le secteur de Carreyre a été identifié dans le nouveau SCoT de la communauté de communes Médoc-Atlantique, approuvé par délibération du conseil communautaire de cette communauté de communes du 22 février 2024, comme faisant des " villages ", définis comme des " centralités secondaires " et caractérisés par " une structuration, une taille et une densité significatives ". La SCI Calice soutient que le projet en litige se situe dans ce secteur. Toutefois, si le terrain d'assiette se trouve à proximité de ce secteur, tel qu'il a été identifié dans le nouveau SCoT, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni de la documentation de ce schéma, qu'il en ferait partie, alors même que, d'une part, la densité urbaine du secteur de Carreyre est interrompue au nord de la partie de baie lacustre où se trouve le terrain d'assiette et que, d'autre part, comme exposé plus haut, cette partie de baie ne peut être regardée elle-même comme un village ou comme une agglomération existante. Il suit de là que l'identification du secteur de Carreyre dans le nouveau SCoT n'a aucune incidence sur le caractère constructible de l'opération en litige, qui demeure prohibée par les dispositions de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme. Par suite, le projet en litige n'étant pas régularisé, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que réclament la commune de Lacanau et la SCI Calice au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens, la commune de Lacanau ne justifiant d'ailleurs pas avoir exposé de tels frais.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Lacanau du 13 juillet 2023 et la décision par laquelle cette autorité a rejeté le recours gracieux formé contre cet arrêté, sont annulés.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Gironde, à la commune de Lacanau et à la SCI Calice.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
Mme Fazi-Leblanc, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
Le rapporteur,
M. PINTURAULT
La présidente,
C. CABANNELa greffière,
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026