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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2303809

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303809

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2303809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCASTERA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 13 juillet et 26 octobre 2023 et le 21 mars 2024, la société Hôtel de Lamartine, représentée par Me Castera, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2023 par lequel le maire d'Arcachon a refusé de faire droit à sa demande de permis de construire, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Arcachon de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que :

- le projet ne méconnaît pas l'article UM 9 du règlement du plan local d'urbanisme d'Arcachon dès lors que la surface de la parcelle cadastrée section AE n° 365 indiquée dans le dossier de demande n'est pas erronée ;

- il ne méconnaît pas l'article UM 13 du règlement du plan local d'urbanisme d'Arcachon ;

- il ne méconnaît pas l'article UM 10 du plan local d'urbanisme d'Arcachon ni l'article 8 des " Définitions et recommandations " annexées au règlement du plan local d'urbanisme ;

- il ne méconnaît pas l'article UM 12 du règlement du plan local d'urbanisme d'Arcachon ;

- la Charte des chantiers propres n'est pas opposable au projet.

Par trois mémoires en défense, enregistrés le 25 septembre 2023 et les 3 janvier et 30 avril 2024, ces deux derniers n'ayant pas été communiqués, la commune d'Arcachon, représentée par Me Dunyach, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune d'Arcachon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Une note en délibéré présentée pour la commune d'Arcachon a été enregistrée le 7 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frézet,

- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,

- les observations de Me Borgna, substituant Me Castera, représentant la société Hôtel de Lamartine,

- et les observations de Me Abadie de Maupion, représentant la commune d'Arcachon.

Considérant ce qui suit :

1. Le 22 novembre 2022, la société Hôtel de Lamartine a déposé une demande de permis de construire pour la reconversion d'un hôtel en résidence de tourisme comprenant la réhabilitation et l'extension du bâtiment qui abrite l'hôtel et la construction d'un nouveau bâtiment sur un terrain situé 28 avenue de Lamartine, sur les parcelles cadastrées section AE n°s 362, 363, 364 et 365. Par un arrêté du 16 février 2023, le maire d'Arcachon a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité. Par un courrier du 17 mars 2023, reçu en mairie le 23 mars suivant, M. A, représentant la société Hôtel de Lamartine, a exercé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a donné naissance à une décision implicite de rejet à l'expiration d'un délai de deux mois. Par la présente requête, la société Hôtel de Lamartine demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article UM9 du règlement de la zone UM du plan local d'urbanisme d'Arcachon : " () / II - DANS LES SECTEURS UM2, UM3 ET UM4 () / Pour les travaux sur constructions existantes et conservées, au moins pour partie, ainsi que pour les constructions à usage d'annexes ou de stationnement, il est fixé une emprise au sol maximale à respecter égale à 60% de l'unité foncière. () ".

3. En application des dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, les demandes de permis de construire sont adressées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés. L'article R. 431-5 du même code prévoit que la demande de permis de construire précise notamment la superficie du ou des terrains. Contrairement à ce que soutient la requérante, ni ces dispositions ni aucune autre disposition législative ou réglementaire ne font obstacle à ce que le maire, saisi d'une demande de permis de construire, ou le juge, saisi d'un recours dirigé contre un permis de construire ou une décision refusant la délivrance de ce dernier, vérifient l'exactitude des mentions relatives à la superficie du terrain d'assiette d'une construction figurant dans la demande déposée par le pétitionnaire.

4. Il est constant que l'emprise au sol du projet est de 595 m2. Il ressort des pièces du dossier que la société pétitionnaire a indiqué, dans son document Cerfa, que la parcelle cadastrée section AE n° 365 disposait d'une contenance de 190 m2 et, qu'ainsi, la surface totale du site atteignait 992 m2, permettant ainsi une emprise au sol de 595 m2 en vertu des dispositions précitées. Toutefois, le service instructeur a relevé, après consultation de la documentation cadastrale, que cette même parcelle revêtait en réalité une superficie de 145 m2 et portait la surface totale à 947 m2, de sorte que l'emprise au sol ne pouvait dépasser 568 m2. Si la requérante fait valoir pour contester la surface retenue par l'autorité administrative que le terrain n'a pas été arpenté, cette circonstance ne suffit pas, en l'absence d'élément pour corroborer son métrage, à contester le chiffre retenu par le maire de la commune d'Arcachon. D'ailleurs, l'enquête hydrogéologique produite au dossier mentionnait également cette surface. Par suite, le moyen tiré de ce que le projet est conforme aux dispositions citées au point 2 doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article UM 10 du règlement de la zone UM du plan local d'urbanisme d'Arcachon : () / II - DANS LES SECTEURS UM2 ET UM3 / La hauteur maximale des constructions ne doit pas excéder 11,50m au faîtage et 9m à l'égout du toit et R+2+C. () ". En outre, d'après l'article 8 des définitions et recommandations du règlement écrit du plan local d'urbanisme d'Arcachon : " Un comble est la partie supérieure d'un bâtiment comprenant l'ensemble de la charpente et de la couverture, ainsi que l'espace qui y est contenu. / Pour être autorisé, cet espace ne doit pas représenter plus de 60% de la surface de plancher immédiatement inférieure. ". Et aux termes de l'article 7 des définitions et recommandations dudit règlement : " () / lorsqu'une construction présente une toiture-terrasse, la hauteur maximale autorisée est celle qui correspond à la hauteur de faîtage maximale de la zone correspondante, les notions d'égout du toit et de volume en " R + nombre de niveaux " sont inopérantes. ". Enfin, l'article R. 151-11 du code de l'urbanisme dispose : " Les règles peuvent être écrites et graphiques. / Tout autre élément graphique ou figuratif compris dans la partie écrite du document est réputé constituer une illustration dépourvue de caractère contraignant, à moins qu'il en soit disposé autrement par une mention expresse ".

6. En l'espèce, la partie " Définitions et recommandations " du règlement du plan local d'urbanisme d'Arcachon définit les combles et comporte en outre un schéma explicatif du comble, dont aucune de ses mentions ne précise qu'il présenterait un caractère normatif opposable aux autorisations d'urbanisme, de sorte qu'il ne peut être regardé comme ayant force contraignante. Ainsi, la circonstance que la hauteur sous plafond du dernier niveau soit identique à celle des niveaux inférieurs et que les égouts de toit ne se situent pas sous le plancher du niveau des combles, comme représenté sur le schéma explicatif, est sans incidence sur la qualification de combles, le maire ayant à cet égard commis une erreur de droit en se fondant sur ce schéma. En outre, il ressort des pièces du dossier que la construction et l'extension revêtiront toutes deux une toiture terrasse végétalisée, de sorte qu'elles ne peuvent, en l'absence de faitage et malgré l'existence d'une légère pente à leur extrémité, se voir imposer la règle relative aux niveaux imposée par les dispositions précitées, qui sont inopposables aux toits terrasses en vertu de l'article 7 des définitions et recommandations du règlement écrit du plan local d'urbanisme d'Arcachon. Enfin, il n'est pas allégué que les combles projetés représenteraient plus de 60% de la surface plancher immédiatement inférieure, conformément à la définition écrite du comble. Il n'est pas plus soutenu par la commune que le projet méconnaitrait les règles de hauteur fixées par l'article UM 10 du règlement de la zone UM du plan local d'urbanisme d'Arcachon. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le maire d'Arcachon a commis une erreur de droit en opposant au projet l'article 8 des définitions et recommandations du règlement écrit du plan local d'urbanisme d'Arcachon.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article UM 12 du règlement de la zone UM du plan local d'urbanisme d'Arcachon : " Afin d'assurer, en dehors des voies publiques, le stationnement des véhicules automobiles ou des deux roues, correspondant aux besoins des constructions et installations, il est exigé : / Pour des raisons de qualité urbaine et architecturale mais aussi pour favoriser le développement des commerces ou des bureaux en pied d'immeuble, les places de stationnement des constructions, hors construction de maisons individuelles ou travaux sur maisons individuelles existantes, devront être réalisées en sous-sol, sauf contrainte technique à justifier dans le dossier de demande de travaux. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que pour déroger à la règle précitée selon laquelle les places de stationnement des constructions doivent être réalisées en sous-sol, la notice jointe au dossier de demande de permis de construire indique que s'il pourrait éventuellement être envisagé la construction des parkings souterrains, cette solution est inadaptée du point de vue technique et financier. Si, en se bornant à cette simple mention, la notice ne peut être regardée comme justifiant de contrainte technique, la société pétitionnaire communique une étude de faisabilité structurelle réalisée le 26 mai 2023 par le bureau d'études Impact Ingenierie, dont il en ressort que les contraintes urbanistiques résultants du document d'urbanisme rendent impossible, quel que soit le scénario retenu, la construction d'un parking en sous-sol, et qui évoque également les contraintes structurelles et le risque de déstabilisation des immeubles adjacents, sans que cela ne soit contredit. Si la commune soutient que l'étude a été réalisée sur la base d'un scénario portant sur 12 places de stationnement à réaliser, il ne ressort pas des pièces du dossier que les contraintes mises en évidence n'aient pas vocation à s'appliquer dans le cadre d'un scénario portant sur 8 places uniquement. Dans ces conditions, la société Hôtel de Lamartine est fondée à soutenir que le maire d'Arcachon ne pouvait lui opposer le motif tiré de la méconnaissance des dispositions précitées en l'absence de justification de contrainte technique.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article UM 13 du règlement de la zone UM du plan local d'urbanisme d'Arcachon : " () / D'une manière générale, les implantations des constructions doivent être telles qu'elles maintiennent le maximum de végétation, les abattages d'arbres étant ainsi limités au plus strict minimum. Ceci justifie que des prescriptions pourront être édictées au titre de l'insertion du projet dans son environnement. () / II-2 - DANS LES SECTEURS UM2, UM3 ET UM4 / 15% de la superficie de l'unité foncière doivent être aménagés en espaces verts plantés d'arbres de haute tige. Les surfaces imperméabilisées dévolues notamment aux accès et stationnements n'entrent pas en compte dans ce pourcentage. () ".

10. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la surface du terrain d'assiette du projet indiqué dans le dossier de demande de permis de construire est erroné et est en réalité de 947 m², de sorte qu'en vertu des dispositions citées au point précédent, le projet doit prévoir des espaces verts plantés d'arbres de haute tige de 142,05 m2. La superficie de l'espace vert projeté, de 159 m2, est donc suffisante. Néanmoins, il ressort des pièces du dossier que le projet ne prévoit la plantation que d'un arbre de haute tige dans l'espace vert central, tandis que des petits arbustes et massifs de fleurs seront plantés sur le reste des espaces verts. Si les dispositions précitées n'imposent pas de normes chiffrées, il en résulte néanmoins que la plantation d'un seul arbre au regard de la superficie des espaces verts ne suffit pas à la regarder comme aménagé en espaces verts plantés d'arbres de hautes tiges au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le motif tiré de la méconnaissance des dispositions précitées est erroné.

11. En cinquième lieu, d'une part, les dispositions des articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme énumèrent de façon limitative les documents qui doivent être joints à une demande de permis de construire parmi lesquelles ne figure pas la note méthodologique présentant la réalisation des ouvrages, les techniques de constructions détaillées, le planning des travaux envisagés, le plan de localisation des arbres existants sur le domaine public et leur prise en compte au regard du projet, le visuel de la clôture de chantier et le plan d'installation du chantier prescrites par la Charte des chantiers propres. D'autre part, ce document ne peut être opposé aux demandes d'autorisation d'urbanisme à défaut pour le plan local d'urbanisme d'Arcachon d'y faire expressément référence. La société pétitionnaire est donc fondée à soutenir que le maire d'Arcachon ne pouvait légalement lui opposer la méconnaissance de ladite Charte pour refuser de faire droit à la demande de permis de construire.

12. Il résulte de ce qui précède que les motifs tirés de la méconnaissance des articles UM 10 et UM 12 du règlement de la zone UM du plan local d'urbanisme d'Arcachon et de la Charte des chantiers propres sont erronés. Toutefois, les autres motifs qui fondent la décision, tirés de la méconnaissance des articles UM 13 et UM 9 du même règlement sont fondés, et il résulte de l'instruction que le maire aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ces motifs-là. Par suite, les conclusions à fins d'annulation présentées par la société Hôtel de Lamartine doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Arcachon, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Hôtel de Lamartine demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Hôtel de Lamartine une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Arcachon et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Hôtel de Lamartine est rejetée.

Article 2 : La société Hôtel de Lamartine versera à la commune d'Arcachon une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Hôtel de Lamartine et à la commune d'Arcachon.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le rapporteur,

C. FREZET

La présidente,

C. CABANNE La greffière,

M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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