jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2303834 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2023, et un mémoire, enregistré le 1er août 2023, M. B D représenté par Me Hugon, demande au tribunal
1°) d'annuler la décision implicite du 23 mai 2023 par laquelle le préfet de la Dordogne a rejeté son recours gracieux contre la décision du 17 février 2023 par laquelle il avait refusé de lui accorder le droit au regroupement familial au profit de son épouse et de ses trois enfants ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, soit 1 813 euros TTC, sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du maire n'a pas été recueilli en méconnaissance de l'article L.434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le préfet ne peut pas utilement faire valoir qu'il n'a pas reçu l'avis de l'Office de l'immigration et de l'intégration et ne peut donc pas prendre de décision en réponse à son courrier du 20 mars 2023 alors qu'il a déjà pris une décision le 17 février 2023.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er août 2023, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête :
Il fait valoir :
- qu'il y a non-lieu à statuer ;
- qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, de nationalité pakistanaise est entré en France en 2011 et bénéficie d'un titre de séjour en qualité de salarié depuis 2018. Il s'est marié en 2003 avec une ressortissante pakistanaise avec laquelle il a eu 3 enfants. Le 14 septembre 2022, M. D a sollicité le regroupement familial pour son épouse et leurs 3 enfants. Par une décision du 17 février 2023, le préfet de la Dordogne a refusé de faire droit à sa demande. M. D demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Dordogne a implicitement rejeté son recours gracieux du 20 mars 2023 dirigé contre la décision du 17 février 2023. Toutefois, le préfet de la Dordogne a produit une décision explicite du 31 juillet 2023 intervenue en réponse au courrier du 20 mars 2023 de M. D. Ce dernier doit dès lors être regardé comme demandant l'annulation de cette décision explicite du 31 juillet 2023, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial :1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ;2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ". Enfin, aux termes de l'article R.434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger fait sa demande auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le préfet territorialement compétent ou, à Paris, le préfet de police en est immédiatement informé. Un arrêté du ministre chargé de l'immigration fixe la compétence territoriale des services de l'office ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le 17 février 2023, le préfet de la Dordogne a rejeté la demande de regroupement familial de M. D déposée le 14 septembre 2022 auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Bordeaux au motif que les conditions de ressources du requérant n'étaient pas satisfaites. Il ressort également des pièces du dossier et notamment de la lecture du courrier du 20 mars 2023 que M. D présente comme étant un recours gracieux formé contre la décision du 17 février 2023, qu'il y indique au préfet de la Dordogne : " Je viens vers vous pour fournir des documents supplémentaires afin que soit étudier à nouveau ma demande " et " Veuillez trouver ci-joint mes bulletins de salaire de 2022 et 2023. Au regard de ces nouveaux éléments vous pourrez apprécier que mes revenus dépassent le montant fixé à 1 365, 01 euros. En effet, le mois de janvier je n'avais travaillé que quelques heures ce qui avait fait une moyenne de 1 345 euros mais depuis février 2022 et jusqu'à ce jour, mes revenus sont bien supérieurs. J'ai un CDI de 39 h par semaine ". Dès lors que M. D a présenté dans ce courrier de nouveaux éléments quant à ses ressources, le préfet de la Dordogne a pu considérer que ce courrier consistait en une nouvelle demande de regroupement familial à l'appui de laquelle M. D a fourni de nouvelles pèces dont celles relatives à ses ressources concernant une nouvelle période de douze mois. Par suite en indiquant à M. D dans son courrier du 31 juillet 2023 en réponse au courrier du 17 février 2023 de l'intéressé qu'il attendait l'avis de l'Office de l'immigration et de l'intégration sur cette nouvelle demande pour prendre une nouvelle décision, le préfet de la Dordogne n'a pas commis d'erreur de droit.
4. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance de l'article L. 434-7 du même code, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et enfin de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont inopérants dès lors qu'ils sont soulevés à l'encontre du courrier du 31 juillet 2023 qui ne constitue pas un rejet de la nouvelle demande de regroupement familial formulée par M. D le 20 mars 2023.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la cause de non-lieu à statuer opposée en défense, que l'ensemble des conclusions de la requête de M. D doivent être rejetée
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Dordogne.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024 où siégeaient :
- M. Dominique Ferrari, président,
- Mme A E, et Mme Khéra Benzaïd, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La rapporteure,
K. C
Le président,
D. Ferrari
Le greffier,
Y. JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026