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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2303854

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303854

mardi 17 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2303854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLAPLAGNE ET BROUILLOU-LAPORTE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en excès de pouvoir, annule la décision du 7 juin 2023 par laquelle le directeur interrégional des douanes de Nouvelle Aquitaine a refusé à M. A, agent des douanes et réserviste militaire, une autorisation d'absence pour la période du 17 au 28 juillet 2023. Le tribunal juge que le motif tiré des nécessités de service n'est pas fondé, l'administration n'établissant pas la réalité de la charge de travail alléguée durant cette période estivale, contrairement aux dispositions des articles L. 4221-4 et suivants du code de la défense. La solution retenue est l'annulation de la décision attaquée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 juillet 2023, le 17 octobre 2023 et le 11 décembre 2023, M. A, représenté par Me Laplagne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juin 2023 par laquelle le directeur interrégional des douanes de Nouvelle Aquitaine a refusé de faire droit à sa demande d'autorisation d'absence dans le cadre de la réserve militaire pour la période du 17 au 28 juillet 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée encourt la nullité dès lors qu'elle lui a été notifiée au-delà du délai de quinze jours, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 4221-4 du code de la défense ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le motif tiré de la nécessité de service n'est pas fondé ;

- l'administration a procédé à un décompte erroné de la délivrance de ses jours d'absence ;

- le directeur interrégional a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 août 2023 et le 9 novembre 2023, le directeur interrégional des douanes de Nouvelle Aquitaine conclut au rejet de la requête.

Un mémoire en défense, présenté par le directeur interrégional des douanes de Nouvelle Aquitaine enregistré le 16 mai 2025, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Champenois, rapporteur,

- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tekin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est agent des douanes de catégorie B, affecté à la recette interrégionale de Bordeaux depuis le 1er septembre 2018, et réserviste de l'armée de terre aux termes d'un contrat d'engagement conclu le 13 mars 2023. Le 25 mai 2023, il a reçu un ordre de convocation à une activité dans la réserve opérationnelle pour la période allant du 17 au 28 juillet 2023. Le 26 mai 2023, il a demandé une autorisation d'absence pour cette période à la direction générale des douanes et droits indirects, direction interrégionale de Nouvelle Aquitaine. Par une décision du 7 juin 2023, le directeur interrégional a opposé un refus à cette demande. M. A demande l'annulation de la décision du 7 juin 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 4211-1 du code de la défense : " I.- Les citoyens concourent à la défense de la nation. Ce devoir peut s'exercer par une participation à des activités militaires dans la réserve. / II.- La réserve militaire s'inscrit dans un parcours citoyen qui débute avec l'enseignement de défense et qui se poursuit avec la participation au recensement, l'appel de préparation à la défense, la période militaire d'initiation ou de perfectionnement à la défense nationale et le volontariat. Ce parcours continu permet à tout Français et à toute Française d'exercer son droit à contribuer à la défense de la nation. / III.- La réserve militaire a pour objet de renforcer les capacités des forces armées et formations rattachées dont elle est une des composantes pour la protection du territoire national, comme à l'étranger ou dans le cadre des opérations extérieures, d'entretenir l'esprit de défense, d'encourager l'engagement de la jeunesse dans le lien avec son armée et de contribuer au maintien du lien entre la Nation et son armée. Elle est constituée : / 1° D'une réserve opérationnelle comprenant : / a) Les volontaires qui ont souscrit un engagement à servir dans la réserve opérationnelle auprès de l'autorité militaire ; () ". Aux termes de l'article L. 4221-4 du même code : " Le réserviste qui accomplit son engagement à servir dans la réserve opérationnelle pendant son temps de travail prévient son employeur dans le délai de préavis mentionné aux articles L. 3142-94-2 et L. 3142-94-3 du code du travail. / Lorsque les activités accomplies pendant le temps de travail dépassent la durée de son autorisation d'absence annuelle mentionnée aux articles L. 3142-94-2 et L. 3142-94-3 du code du travail, le réserviste doit en outre obtenir l'accord de son employeur, sous réserve des dispositions de l'article L. 4221-5 du présent code. Si l'employeur oppose un refus, cette décision doit être motivée et notifiée à l'intéressé ainsi qu'à l'autorité militaire dans les quinze jours qui suivent la réception de la demande. () ".

3. Pour refuser d'autoriser que le requérant s'absente pour accomplir son engagement à servir dans la réserve militaire, la direction interrégionale des douanes s'est fondée sur le motif tiré des nécessités de service.

4. L'administration allègue que la période du 17 au 28 juillet 2023, objet de la demande d'autorisation d'absence, correspond à une période de vacances scolaires, pendant laquelle pèse une charge de travail importante sur le service où est affecté M. A, qui doit fonctionner en effectifs réduits et faire en outre face à une tension constante qui a nécessité notamment un renfort permanent de trois agents depuis le mois d'octobre 2022. Toutefois, elle ne l'établit pas, alors qu'il ressort des pièces du dossier, en particulier d'un courriel du 20 juin 2023 rédigé par le supérieur hiérarchique de M. A, que l'administration reconnait que la situation au sein du service est " moins tendue en juillet " qu'elle ne l'était en juin où le service de la comptabilité était réduit à deux agents. En outre, M. A a déjà obtenu plusieurs autorisations d'absence dans le cadre de la réserve militaire alors même que le service avait déjà dû être renforcé par l'affectation d'agents de l'administration centrale, notamment pour les périodes du 20 mars au 23 mars 2023, du 5 avril au 6 avril 2023, du 24 au 27 avril 2023 et du 2 au 4 mai 2023, sans que l'administration n'établisse que son absence avait, alors, créé des difficultés particulières dans le service. Dans ces conditions, la direction interrégionale des douanes a commis une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 7 juin 2023 doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à M. A, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La décision du 7 juin 2023 est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée du directeur interrégional des douanes de Nouvelle Aquitaine.

Délibéré après l'audience du 20 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bourgeois, président,

Mme Champenois, première-conseillère,

M. C, premier-conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2025.

La rapporteure,

M. CHAMPENOIS

Le président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2303854

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