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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2303958

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303958

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2303958
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTIERNEY-HANCOCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance du 20 juillet 2023, enregistrée le même jour au greffe du tribunal administratif de Bordeaux, le président du tribunal administratif de Limoges a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B A.

Par cette requête enregistrée le 18 juillet 2022 au greffe du tribunal administratif de Limoges, M. B A, représenté par Me Tierney-Hancock, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le président de la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 27 janvier 2022 de la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest portant refus de délivrance d'une carte professionnelle d'agent de sécurité privée ;

2°) d'annuler la décision du 27 janvier 2022 de la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest portant refus de délivrance d'une carte professionnelle d'agent de sécurité privée ;

3°) d'enjoindre à la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest de lui délivrer la carte professionnelle sollicitée ;

4°) de mettre à la charge de la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 27 janvier 2022 a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure dès lors que la condition de résidence régulière en France durant cinq années a été ajoutée le 25 mai 2021 et qu'il s'est inscrit à la formation d'agent de sécurité avant cette date.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 8 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 octobre 2023.

Par courrier du 29 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être en partie fondé sur l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 27 janvier 2022 à laquelle s'est substituée la décision implicite prise sur le recours administratif préalable obligatoire.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Gélas,

- et les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais, a sollicité le 5 janvier 2022 la délivrance d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité. Sa demande a été rejetée par décision de la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest du 27 janvier 2022. M. A a exercé un recours administratif préalable obligatoire devant la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité, reçu le 24 mars 2022, auquel il n'a pas été répondu. Dans le cadre de la présente instance, M. A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle a implicitement rejeté son recours, ainsi que la décision du 27 janvier 2022 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte professionnelle.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 27 janvier 2022 :

2. L'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, alors en vigueur, disposait que : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. ". Aux termes de l'article R. 633-9 du même code, alors en vigueur : " Le recours administratif préalable obligatoire devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle prévu à l'article L. 633-3 peut être exercé dans les deux mois de la notification, par la commission locale d'agrément et de contrôle, de la décision contestée. Cette notification précise les délais et les voies de ce recours. Toute décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle se substitue à la décision initiale de la commission locale d'agrément et de contrôle. () ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Par suite, la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.

4. Il s'ensuit que la décision implicite de rejet de la commission nationale d'agrément et de contrôle s'est entièrement substituée à celle de la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest du 27 janvier 2022. Dès lors, les conclusions de la requête dirigées contre cette dernière décision sont irrecevables.

Sur les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du recours contre la décision du 27 janvier 2022 :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 27 janvier 2022 est inopérant et doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 4° bis Pour un ressortissant étranger ne relevant pas de l'article L. 233-1 du même code, s'il n'est pas titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour ; () ". Ces dispositions sont entrées en vigueur dès le 27 mai 2021, lendemain de la publication au Journal officiel le 26 mai 2021 de la loi n° 2021-646 du 25 mai 2021 pour une sécurité globale préservant les libertés dont elles sont issues.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant sénégalais, qui ne précise pas sa date d'arrivée sur le territoire français, a obtenu un premier titre de séjour le 24 décembre 2021, valable un an. Il n'est pas contesté que, tant à la date du rejet, par la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest de sa demande tendant à la délivrance d'une carte professionnelle d'agent de sécurité, intervenu le 27 janvier 2022, qu'à la date de la décision attaquée née du silence gardé sur son recours administratif préalable obligatoire par la commission nationale d'agrément et de contrôle, M. A ne justifiait pas disposer d'un titre de séjour depuis plus de cinq ans. A cet égard, la circonstance qu'il a bénéficié, avant l'entrée en vigueur des dispositions citées au point 6, d'une autorisation préalable afin de suivre une formation d'agent privé de sécurité est sans influence sur la légalité de la décision attaquée, qui s'apprécie à la date de son édiction. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du Conseil national des activités privées de sécurité aurait méconnu les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieur doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

M. Frézet, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La rapporteure,

C. DE GÉLASLa présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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