mercredi 22 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2304157 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023 et un mémoire enregistré le 23 août 2023, Mme A F, représentée par Me Lanne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et de lui remettre dans tous les cas, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cabanne, présidente,
- et les observations de Me Lanne, représentant Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A F, ressortissante gabonaise, est entrée sur le territoire français le 5 octobre 2018 en possession d'un visa court séjour et a obtenu le 22 juin 2020, à la suite de son mariage le 24 août 2019, un titre de séjour en tant que conjointe d'un ressortissant français, régulièrement renouvelé jusqu'au 27 juillet 2023. Par un arrêté du 7 juillet 2023, le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme F en demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture que Mme C E, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait par arrêté préfectoral du 31 mars 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratif spécial n°33-2023-060 du même jour, d'une délégation lui permettant de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B D, directeur des migrations et de l'intégration, toutes décisions, documents et correspondances pour toutes les matières relavant des missions de la direction des migrations et de l'intégration, et notamment, en matière d'éloignement, toutes décisions, documents et correspondances pris en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au nom du préfet de la Gironde et en matière de droit au séjour toutes décisions, documents, correspondances pris en application des livres II, IV et VIII du même code, dont font partie les décisions de l'arrêté en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ;/ 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-5 de ce code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales. En cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies. ".
4. En l'espèce, Mme F ne conteste pas ne plus justifier de communauté de vie avec un ressortissant français, le divorce ayant été prononcé le 5 juin 2023. Elle fait valoir, en revanche, que la rupture de la communauté de vie est imputable à des violences conjugales. Il ressort, cependant, des pièces du dossier que son ex-conjoint a été relaxé par un arrêt du 4 octobre 2022 de la Cour d'appel de Bordeaux pour les faits de violences qui lui étaient imputés les 2 avril et 9 novembre 2021. Si la requérante se prévaut de deux certificats médicaux établis par un médecin généraliste et le centre d'accueil en urgence des victimes d'agression, la cour relève, notamment, qu'ils ne décrivent pas des lésions en relation avec les coups qu'elle dit avoir subis. Les photos ne permettent pas davantage d'établir l'origine de ces contusions. Ainsi, les éléments produits par l'intéressée ne suffisent pas à établir qu'elle aurait été victime de violences conjugales, ni que celles-ci auraient entraîné la rupture de la communauté de vie du couple. Par suite, Mme F n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Gironde a commis une erreur manifeste d'appréciation ni qu'il a méconnu les dispositions précitées de l'articles L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Mme F se prévaut de sa présence depuis cinq ans en France, où vivent également ses trois sœurs. Elle fait également valoir qu'elle est insérée sur le territoire aussi bien sur le plan professionnel, dès lors qu'elle travaille en contrat à durée indéterminée depuis le 23 janvier 2022 en tant qu'agent des services hospitaliers, que personnel, étant investie dans une association sportive en tant que bénévole. Toutefois, Mme F ne démontre pas entretenir des liens avec ses sœurs ou être, à l'inverse, dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans et où résident toujours ses parents. Elle est par ailleurs célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, nonobstant son emploi et ses activités bénévoles, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2023.
Sur le surplus des conclusions :
8. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme F, ses conclusions à fin d'injonction de même que celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Naud, premier conseiller,
M. Pinturault, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.
La présidente-rapporteure,
C. CABANNE
L'assesseur le plus ancien,
M. NAUD
La greffière,
M-A PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026