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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2304214

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2304214

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2304214
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 31 juillet et 14 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Jourdain de Muizon, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée de validité de quatre ans, ou à défaut d'un an, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et subsidiairement, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui remettre dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'absence de communication des motifs de refus de la décision implicite entache celle-ci d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-22, L. 433-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delvolvé, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 22 décembre 2002, est entré en France en septembre 2018. Pris en charge au titre de l'aide sociale en qualité de mineur non accompagné, sa prise en charge s'est poursuivie grâce à un contrat jeune majeur. Il a bénéficié d'un titre de séjour " vie privée et familiale " du 30 juillet 2021 au 29 juillet 2022. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 30 mai 2022 et s'est vu remettre un récépissé. Sa demande est, depuis, restée sans réponse. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur sa demande pendant plus de quatre mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2023. Dès lors, ses conclusions tendant au bénéfice provisoire d'une telle aide sont dépourvues d'objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. La décision refusant la délivrance d'une carte de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application des dispositions de l'article L. 232-4 du même code, il est loisible à l'étranger auquel est opposé tacitement, après quatre mois, un rejet de sa demande de titre de séjour de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

6. Il résulte des pièces du dossier que M. B a sollicité le renouvellement de son certificat de son titre de séjour venu à expiration le 29 juillet 2022 le 30 mai 2022, demande qui a été réceptionnée le 10 juin 2022. Le silence gardé par le préfet de la Gironde pendant quatre mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 10 octobre 2022. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a sollicité, en vain, la communication des motifs de cette décision par lettre avec accusé de réception à l'administration le 11 mai 2023 et réceptionnée le 15 mai 2023. Dès lors qu'aucune réponse n'a été transmise à l'intéressé dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, M. B est fondé à soutenir que la décision implicite est entachée d'un défaut de motivation.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et pour ce seul motif, que la décision implicite rejetant la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au seul motif d'annulation de la décision attaquée, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Gironde réexamine la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, en l'attente, d'un récépissé l'autorisant à travailler, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Jourdain de Muizon, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B.

Article 2 : La décision par laquelle le préfet de la Gironde a implicitement rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour de M. B est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement, et de lui remettre, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Jourdain de Muizon, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président-rapporteur,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2024.

La première assesseure,

S. MOUNIC Le président-rapporteur,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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