mercredi 30 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2304334 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 août 2023, Mme A B, représenté par la Scp Cornille-Fouchet-Manetti, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 12 décembre 2022 par laquelle le préfet de région Nouvelle-Aquitaine a refusé de lui délivrer l'autorisation d'exercer l'activité d'audioprothésiste et lui a imposé la réalisation d'un nouveau stage, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de région Nouvelle-Aquitaine de lui délivrer à titre provisoire, jusqu'à l'intervention du jugement au fond, l'autorisation d'exercer l'activité d'audioprothésiste et ce dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, puisqu'elle constitue une atteinte à sa liberté professionnelle et qu'elle porte atteinte de façon grave et immédiate à ses droits et ses intérêts ; elle se voit refuser l'exercice d'une activité réglementée pouvant justifier une activité indépendante alors qu'elle remplit les conditions requises, et a vu son contrat de travail à durée indéterminée suspendu, ce qui l'expose à des pertes de revenus importantes ;
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière, la régularité de la commission prévue par l'article R. 4361-17 du code de la santé publique n'étant pas établie ;
- la décision est entachée d'incompétence négative ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit tirée de la transposition erronée de la directive n° 2005-36/CE du 7 septembre 2005 ;
- la décision est entachée d'erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'accord signé le 16 novembre 2006 à Gérone entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume d'Espagne sur la reconnaissance des diplômes et des grades de l'enseignement supérieur ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de droit national constituées des dispositions combinées des articles R. 4361-15 du code de la santé publique et de l'arrêté du 30 mars 2010.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 16 août 2023, le préfet de la Région Nouvelle Aquitaine conclut au rejet de la requête.
Il conclut que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 4 août 2023 sous le numéro 2304325 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision susvisée.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Malo, greffier d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu Me Fouchet, représentant Mme B, non présente, qui reprend et développe l'argumentation contenue dans ses écritures.
Le préfet de la Région Nouvelle Aquitaine n'était ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, présentée pour Mme B, a été enregistrée le 28 août 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B a obtenu un diplôme de technicien supérieur en audiologie en Espagne en juin 2021. Elle a transmis aux services compétents de la préfecture de Région Nouvelle-Aquitaine une demande d'autorisation d'exercice de la profession d'audioprothésiste, reçue le 10 novembre 2021. Par décision du 9 décembre 2021, il lui était indiqué qu'elle devait réaliser des mesures compensatoires, en égard à une différence entre les formations française et espagnole, sous la forme de stages d'une durée totale de 39 semaines. Il lui était précisé qu'elle devait effectuer ces stages dans des structures, services ou entreprises différents de ses précédents lieux de stages ou d'exercices professionnels. Mme B a réalisé l'un des stages au sein de l'entreprise où elle exerçait depuis 2017 en qualité de comptable. Par décision du 12 décembre 2022, confirmée par décision explicite de rejet de son recours gracieux et décision implicite de rejet de son recours hiérarchique, il lui était indiqué qu'elle n'avait ainsi pas respecté la condition de réalisation d'un stage dans une structure, service ou entreprise différente de ses précédents lieux de stage ou d'exercice professionnel. Mme B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de ces décisions.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () "
En ce qui concerne l'urgence :
3. Pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Mme B a signé avec la société Amplifon un contrat de travail le 17 octobre 2022 comme assistante audioprothésiste. Ce contrat précise qu'elle exercera ces fonctions jusqu'à l'obtention de l'autorisation d'exercer les fonctions d'audioprothésiste, date à laquelle elle pourra exercer en cette qualité. Par avenant du 28 avril 2023, son contrat de travail a été suspendu pour une durée de six mois afin de lui permettre de suivre ce stage, non rémunéré, ce qui a pour conséquence une cessation de la rémunération de la requérante, qui exerçait ses fonctions en qualité d'assistante audioprothésiste. Si l'avenant à son contrat de travail précité fait état d'un stage qui devait être réalisé au sein de la société Audilab du 1er mai au 14 octobre 2023, la requérante, par la voie de son conseil, a indiqué, à l'audience, être actuellement en recherche de stage. Ainsi, la reprise de l'exécution de son contrat à l'échéance prévue par l'avenant est compromise. Dans ces conditions, l'exécution de la décision doit être regardée comme portant atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, aux intérêts de la requérante. Ainsi, la condition d'urgence est remplie, ce que ne conteste pas l'administration en défense.
En ce qui concerne le moyen de nature à créer un doute sérieux :
5. Aux termes de l'article L. 4361-4 du code de la santé publique : " L'autorité compétente peut, après avis d'une commission composée notamment de professionnels, autoriser individuellement à exercer la profession d'audioprothésiste les ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne ou d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen qui, sans posséder l'un des diplômes, certificats ou titres prévus à l'article L. 4361-3, sont titulaires : /1° De titres de formation délivrés par un ou plusieurs Etats, membres ou parties, et requis par l'autorité compétente de ces Etats, membres ou parties, qui réglementent l'accès à cette profession ou son exercice, et permettant d'exercer légalement ces fonctions dans ces Etats ; /2° Ou, lorsque les intéressés ont exercé dans un ou plusieurs Etats, membres ou parties, qui ne réglementent ni la formation, ni l'accès à cette profession ou son exercice, de titres de formation délivrés par un ou plusieurs Etats, membres ou parties, attestant de la préparation à l'exercice de la profession, accompagnés d'une attestation justifiant, dans ces Etats, de son exercice à temps plein pendant un an ou à temps partiel pendant une durée totale équivalente au cours des dix dernières années ;/ 3° Ou d'un titre de formation délivré par un Etat tiers et reconnu dans un Etat, membre ou partie, autre que la France, permettant d'y exercer légalement la profession. L'intéressé justifie avoir exercé la profession pendant trois ans à temps plein ou à temps partiel pendant une durée totale équivalente dans cet Etat, membre ou partie./ Dans ces cas, lorsque l'examen des qualifications professionnelles attestées par l'ensemble des titres de formation initiale, de l'expérience professionnelle pertinente et de la formation tout au long de la vie ayant fait l'objet d'une validation par un organisme compétent fait apparaître des différences substantielles au regard des qualifications requises pour l'accès et l'exercice de la profession en France, l'autorité compétente exige que l'intéressé se soumette à une mesure de compensation. /Selon le niveau de qualification exigé en France et celui détenu par l'intéressé, l'autorité compétente peut soit proposer au demandeur de choisir entre un stage d'adaptation ou une épreuve d'aptitude, soit imposer un stage d'adaptation ou une épreuve d'aptitude, soit imposer un stage d'adaptation et une épreuve d'aptitude. /
() ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 4361-13 du même code: " Le préfet de la région désignée par arrêté du ministre chargé de la santé délivre après avis de la commission des audioprothésistes l'autorisation d'exercice prévue à l'article L. 4361-4, au vu d'une demande accompagnée d'un dossier présenté et instruit selon les modalités fixées par l'arrêté mentionné à l'article R. 4361-15. "
6. Les dispositions précitées confient au préfet de région la compétence pour prendre les décisions d'autorisation d'exercice de la profession d'audioprothésiste, après avis d'une commission. La décision attaquée du 12 décembre 2022 indique que Mme B n'a pas respecté la préconisation de la commission régionale des audioprothésistes du 6 décembre 2021, et que " En conséquence, la commission réunie le 2 décembre 2022 a refusé de prendre en compte ce stage, et vous demande d'effectuer à nouveau 24 semaines en laboratoire d'audioprothèse (). L'autorisation d'exercer vous sera délivrée dans la mesure où vous aurez satisfait aux exigences de ces mesures compensatoires ". La décision du 1er mars 2023 rejetant son recours gracieux mentionne que " la décision prise lors de la dernière commission reste inchangée ". Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision du 12 décembre 2022 est entachée d'erreur de droit, en ce que le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence, est de nature à créer un doute sérieux quant sa légalité. Par suite, il y a lieu de suspendre l'exécution de cette décision, confirmée par les décisions rejetant les recours gracieux et hiérarchique dirigés contre elle.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Il y a seulement lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Région Aquitaine de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de quinze jours, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. L'Etat, partie perdante, verser à Mme B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 12 décembre 2022 du préfet de la Région Nouvelle Aquitaine, ainsi que des décisions rejetant les recours gracieux et hiérarchique de Mme B, est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Région Nouvelle-Aquitaine de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de la santé et de la prévention.
Copie en sera adressée au préfet de la Région Nouvelle Aquitaine.
Fait à Bordeaux, le 30 août 2023.
La juge des référés,La greffière,
M. C.H. MALO
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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