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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2304382

mercredi 4 novembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2304382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL AEDIFICO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 août 2023, le 23 mai 2025 et le 12 septembre 2025, la société par actions simplifiée Techniques et Bâtiments, représentée par Me Achou-Lepage, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler l’arrêté du 1er mars 2023 par lequel le maire de la commune de Bordeaux a refusé de délivrer à la copropriété du 119 cours Alsace-Lorraine un permis de construire modificatif portant sur un projet de rénovation de cet immeuble et de création de deux logements par changement de destination, ensemble, la décision implicite rejetant le recours préalable obligatoire formé à l’encontre de l’avis défavorable émis par l’architecte des bâtiments de France le 27 février 2023 ;

2°) d’enjoindre au maire de la commune de Bordeaux de lui délivrer l’autorisation sollicitée dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de quatre-vingts euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bordeaux la somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l’avis défavorable de l’architecte des bâtiments de France en date du 27 février 2023 et la décision implicite par laquelle le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre cet avis sont entachés d’une erreur d’appréciation et d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article 1.4.1.1 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur de Bordeaux.


Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2025, la commune de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :
- elle était en situation de compétence liée pour refuser de délivrer le permis de construire modificatif sollicité en raison de l’avis conforme défavorable émis par l’architecte des bâtiments de France ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2025, le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- la société requérante ne dispose pas d’un intérêt pour agir contre la décision en litige ;
- en tout état de cause, les moyens invoqués ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code du patrimoine ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,
- les conclusions de M. Pinturault, rapporteur public,
- les observations de Me Achou-Lepage, représentant la société requérante,
- et les observations de Mme I..., représentant la commune de Bordeaux,
- et les observations de Mme O..., représentant la préfecture de région Nouvelle-Aquitaine.


Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 30 janvier 2019, le maire de la commune de Bordeaux a délivré à la copropriété du 119 cours Alsace-Lorraine un permis de construire portant sur la rénovation de l’immeuble situé à cette adresse et sur la création de deux nouveaux logements par changement de la destination de bureaux vers la destination d’habitation. Le 23 janvier 2023, la copropriété pétitionnaire a sollicité l’octroi d’un permis de construire modificatif pour ce projet, portant sur la rectification de la mention relative au nombre de places de stationnement existantes dans le formulaire Cerfa. L’architecte des bâtiments de France (ABF), saisi pour avis conforme sur le fondement de l’article L. 632-2 du code du patrimoine, a émis un avis défavorable à ce projet le 27 février 2023. Le maire de Bordeaux a, par suite, refusé de délivrer le permis de construire modificatif sollicité par un arrêté du 1er mars 2023. La société Techniques et Bâtiments a exercé un recours administratif préalable obligatoire contre l’avis de l’ABF le 11 avril 2023. A défaut de décision expresse prise sur ce recours dans un délai de deux mois à compter de sa réception, le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine est réputé, en application de l’article R. 424-14 du code de l’urbanisme, avoir confirmé l’avis défavorable de l’ABF, auquel sa décision implicite s’est substituée.



Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. L’article 1.4.1.1 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la ville de Bordeaux, relatif au stationnement dans les constructions existantes, dispose : « 1.4.1.1.1 Dans les constructions existantes à destination d'habitation / Il est créé une place de stationnement par logement créé dans une construction conservée ; l'aménagement de cette place ne doit pas compromettre la conservation et la mise en valeur des constructions identifiées et protégées au titre du PSMV. / Les places de stationnement existantes doivent être conservées. / 1.4.1.1.2 Dans les autres destinations / Non réglementé ». Aux termes de l’article 1.3.1.4 de ce règlement, relatif aux cours à dominante minérale à conserver : « Les travaux de construction dans ces cours à dominante minérale sont interdits. / Elles sont conservées, entretenues, restaurées, améliorées ou aménagées suivant les règles du présent règlement. / La démolition des ouvrages et ornements correspondants aux aménagements initiaux et successifs présentant un intérêt patrimonial tels que bornes, pavillon, fontaine, puits, bassin, sculpture est interdite. / La création d’ouvrage contemporain de ce type est autorisée ». Enfin, aux termes du point 4 relatif aux cours et jardins de l’article 2.1, intitulé « Morphologie urbaine - principes » : « Les cours correspondent à des surfaces non bâties à dominante minérale (…) / Dans le Site Patrimonial Remarquable ces espaces sont constitutifs du tissu et du paysage urbain, et jouent un rôle dans la qualité de celui-ci. / Ils sont identifiés dans le P.S.M.V. et ne peuvent pas faire l'objet de constructions, y compris enterrées, d'installations et d'aménagements compromettant leur nature et leur caractère (…). / Leur entretien, leur aménagement et leur mise en valeur font l’objet de règles particulières dans le but du maintien et de la mise en valeur de cette morphologie ».

3. La décision implicite par laquelle le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine a confirmé l’avis défavorable émis par l’ABF le 27 février 2023, qui s’y est substituée et est réputée en reprendre les motifs, est fondée sur la circonstance que le projet en litige, en prévoyant la création de trois places de stationnement dans la cour intérieure de l’immeuble, qui est une cour d’honneur pavée édifiée au cours du XVIIIème siècle et est, à ce titre, identifiée comme une cour à dominante minérale à conserver par le plan de sauvegarde et de mise en valeur, porte atteinte à sa conservation.

4. La société requérante soutient que le projet en litige ne prévoit la création d’aucune place de stationnement, les trois places mentionnées dans le dossier de permis de construire modificatif étant déjà existantes et devant être conservées conformément aux dispositions précitées de l’article 1.4.1.1 du plan de sauvegarde et de mise en valeur. S’il ressort des pièces du dossier, et notamment du règlement de la copropriété du 119 cours Alsace-Lorraine que les lots n°s 13, 16 et 20 de cette copropriété peuvent utiliser la cour commune à usage de stationnement, à raison d’un véhicule maximum pour chacun de ces trois lots, il ressort également de ce règlement que seul le lot n° 20 était à destination d’habitation, les lots n°s 13 et 16 étant à destination de bureau. Ainsi, seule la place de stationnement affectée au lot n° 20 aurait dû être conservée en application des dispositions précitées. En outre, et en tout état de cause, il ressort des plans joints à la demande de permis de construire modificatif que les emplacements initiaux des places de stationnement rattachées à ces trois lots ont été modifiés par le projet en litige, de telle sorte qu’aucune de ces places ne peut être regardée comme ayant été conservée au sens des dispositions de l’article 1.4.1.1. La société requérante n’est ainsi pas fondée à soutenir que le projet en litige prévoit la conservation de places de stationnement existantes.

5. Par ailleurs, le projet consiste à réaliser trois places de stationnement dans la cour d’honneur pavée datant du XVIIIème siècle. Bien que leur marquage soit réalisé par des clous discrets, le cumul de ces trois places de stationnement en épi, dont l’emprise est, pour l’une d’elles, très proche du perron de l’escalier de l’aile ouest, est de nature à porter atteinte à la symétrie de cette cour, destinée initialement à jouer un rôle de représentation en étant libre de tout obstacle, et donc à porter atteinte à sa conservation et à sa mise en valeur. Par suite, la société requérante n’est pas fondée à exciper de l’illégalité de la décision implicite du préfet de la région Nouvelle-Aquitaine confirmant l’avis défavorable de l’avis de l’ABF.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, que la requête de la société Techniques et Bâtiments doit être rejetée, y compris en ce qui concerne ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de la société Techniques et Bâtiments est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Techniques et Bâtiments, à la commune de Bordeaux et à la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine.


Délibéré après l'audience du 14 octobre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,
Mme Lahitte, première conseillère,
Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2026.


La rapporteure,




E. LUCAS




La présidente,




C. CABANNE

La greffière,




H. MALO


La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,