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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2304447

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2304447

jeudi 17 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2304447
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement 72 heures

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 août 2023, M. B A, représenté par Me Akpo, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2023 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et en tout état de cause d'ordonner sa remise en liberté immédiate ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas motivée, dès lors qu'elle ignore toutes les considérations tenant sa vie personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est présent sur le territoire français depuis plusieurs années et y a construit sa vie depuis 2016, qu'il y a noué de nombreuses relations d'ordre privé, qu'il dispose d'un logement personnel et stable et qu'il dispose d'un revenu que lui procure son travail ;

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle n'est pas motivée, dès lors qu'elle ignore les éléments relatifs à sa situation en France dont il s'est prévalu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il présente des garanties de représentation suffisantes et ne présente pas de risque de fuite ;

- les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec les dispositions de la directive 2008/115/CE ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle n'est pas motivée, dès lors que le préfet ne saurait se limiter à faire état de ce qu'il se serait maintenu irrégulièrement sur le territoire français ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est présent en France depuis de nombreuses années, où il a créé de nombreux liens, et qu'il dispose d'un logement personnel ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas motivée, dès lors qu'elle n'indique pas les risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il a construit sa vie en France, y travaille et ne dispose plus d'attaches dans son pays d'origine ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- elle est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne permet pas de déterminer son fondement légal ;

- elle n'est nullement justifiée dès lors qu'il offre des garanties de représentation suffisantes propres à prévenir tout risque de soustraction ;

- le préfet n'établit pas qu'il aurait précédemment fait obstacle à l'exécution d'une mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'établissement entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République gabonaise, signée à Libreville le 11 mars 2002 ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme de Gélas, première conseillère, pour statuer sur les demandes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-6 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme de Gélas et les observations de Me Akpo, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, et soutient en outre que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée et méconnait les stipulations de l'accord franco-gabonais signé le 11 mars 2002 dès lors qu'elle l'empêche d'user de son droit au recours, et que la décision portant assignation à résidence est disproportionnée.

Le préfet de la Gironde n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant gabonais né le 18 mai 1995, qui déclare être entré en France le 24 août 2016, s'est maintenu irrégulièrement en France malgré une précédente obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 1er avril 2021 par le préfet de la Gironde. Par un arrêté en date du 9 août 2023, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur ce territoire pour une durée de trois ans et a fixé le pays de destination de sa reconduite. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de 45 jours. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. D'une part, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle souligne en particulier que M. A s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire et qu'il en remplit aucune condition pour y résider. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision doit être écarté.

3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

4. Si M. A soutient qu'il est dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, que les membres de sa famille résident en France en situation régulière et qu'il dispose d'un logement personnel et d'un travail, il n'apporte à l'appui de son recours, aucun élément de nature à établir la réalité de ses allégations. Etant célibataire et sans enfant, la seule circonstance qu'il réside en France depuis 2016 et qu'il y aurait noué de nombreuses relations privées ne permet pas de démontrer qu'il y a fixé l'ensemble de ses intérêts privés et familiaux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

5. En premier lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Elle relève en particulier que M. A s'est maintenu irrégulièrement en France et ne présente pas de garantie de représentation suffisantes, et qu'il existe un risque qu'il se soustrait à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre. Par suite, le moyen tiré de l'absence ou de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

6. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que le II de cet article procèderait d'une transposition erronée de la directive du 16 décembre 2008 relative aux normes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier est inopérant dès lors que les dispositions précitées du code ont trait à la reconnaissance de la qualité de réfugié et n'ont pas vocation à régir la situation du requérant. En tout état de cause, les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a repris à compter du 1er mai 2021 les dispositions du II de l'article L. 511-1 du même code abrogées à cette même date prévoient, par exception au délai de départ volontaire de trente jours institué par les dispositions de l'article L.612-1 du même code, les hypothèses dans lesquelles un étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français peut se voir opposer une décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. L'hypothèse du risque de fuite prévue au 3° de l'article L. 612-2 constitue la transposition des dispositions du 4° de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008. Les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile définissent les critères objectifs de détermination du risque de fuite. En prévoyant que des circonstances particulières peuvent faire obstacle à ce que le risque de fuite soit considéré comme établi dans l'hypothèse où un étranger entrerait dans l'un des cas ainsi définis, le législateur a imposé à l'administration un examen de la situation particulière de chaque étranger de nature à assurer le respect du principe de proportionnalité entre les moyens et les objectifs poursuivis lorsqu'il est recouru à des mesures coercitives, en conformité avec l'article 3 de la directive. Par suite, il n'est pas établi que les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 seraient incompatibles avec les garanties prévues par la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". En vertu de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () [ou] qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".

8. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, pour refuser à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet de la Gironde s'est fondé sur la circonstance qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, qu'il est sans ressources sur le territoire national et qu'il est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 1er avril 2021. D'une part, si M. A soutient qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il dispose de son propre logement et d'un travail, il n'apporte, ainsi qu'il a été dit au point 6, aucun élément de nature à étayer ses allégations. D'autre part, M. A ne conteste pas avoir fait l'objet d'une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français en date du 1er avril 2021. Il lui appartenait ainsi d'exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre, obligation à laquelle il s'est soustrait, ainsi que le relève le préfet dans la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. / Elles sont motivées. ".

10. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

11. La décision par laquelle le préfet de la Gironde a fait interdiction à M. A de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et atteste de ce que l'ensemble des critères énoncés par ce dernier a été pris en compte. Par suite, le moyen tiré de l'absence ou de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

12. En deuxième lieu, compte tenu de la situation personnelle de l'intéressé, telle qu'évoquée au point 6, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, M. A n'établit pas que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision sur laquelle elle est fondée.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention d'établissement entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République gabonaise, signée le 11 mars 2002 à Libreville : " Les nationaux de chacune des Parties contractantes ont accès aux juridictions de l'autre Partie dans les mêmes conditions que les nationaux de cette dernière Partie. ". Aux termes de l'article 5 : " Chacune des Parties contractantes s'engage à accorder sur son territoire un traitement juste et équitable aux biens, droits et intérêts appartenant aux nationaux de l'autre Partie, à leur assurer la pleine protection légale et judiciaire, et à faire en sorte que l'exercice du droit ainsi reconnu ne soit pas entravé. () ".

15. Si M. A soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnait les stipulations précitées dès lors qu'elle ferait obstacle à l'exercice de son droit au recours, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au surplus, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'a ni pour objet ni pour effet de priver le requérant d'exercer son droit au recours devant les juridictions françaises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

16. En dernier lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. Le requérant ne faisant état d'aucune circonstance humanitaire, l'interdiction est fondée dans son principe. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 6, le requérant ne justifie pas d'une intégration particulière en France. Il ressort en outre des pièces du dossier et des termes de la décision contestée qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 1er avril 2021 et a été interpellé le 8 août 2023 par la brigade de gendarmerie de Lacanau pour des faits supposés de viol sur son ex-compagne. Par suite, la durée de trois ans de l'interdiction de retour sur le territoire français fixé à deux ans par le préfet de la Gironde n'est pas disproportionnée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. D'une part, la décision en litige relève que M. A n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de l'absence ou de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

18. D'autre part, si M. A soutient être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, il ne produit aucun élément de nature à l'établir. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Gironde a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis en fixant le Gabon comme pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

19. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les articles L. 731-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il fait application. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation en droit de la décision contestée ne peut qu'être écarté.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (). ". L'article L. 732-1 du même code dispose que : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées. ". En vertu de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage. ".

21. Pour assigner à résidence M. A, le préfet de la Gironde s'est fondé sur la circonstance qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français pour laquelle aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé. Aussi, celui-ci ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il justifierait de garanties de représentation, circonstances au demeurant non établies, ni de ce que le préfet n'établit pas qu'il se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaitrait les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou serait disproportionnée.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 9 août 2023 par lesquels le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour pendant une durée de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

23. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A ayant été rejetées, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 août 2023.

La magistrate désignée,

C. DE GÉLASLa greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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