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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2304465

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2304465

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2304465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 11 août 2023 et 10 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Pornon-Weidknnet, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle le préfet de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer sans délai un récépissé avec autorisation de travail dans les mêmes conditions d'astreinte à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 5221-5, R. 5221-1, R. 5221-3 et R. 5221-20 du code du travail ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 28 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 novembre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delvolvé, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Pornon-Weidknnet, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant mongol, né le 30 novembre 1997, déclare être entré en France en avril 2016. Il a sollicité le 16 août 2021 la délivrance d'un titre de séjour " salarié " et " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Gironde sur sa demande.

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par un courrier en date du 16 août 2021, reçu le 24 août suivant. Par un courrier du 6 septembre 2021, le préfet de la Gironde lui a demandé la communication de pièces complémentaires. Le 18 octobre 2021, M. B a adressé à la préfecture l'ensemble des pièces sollicitées, lesquelles ont été réceptionnées le 19 octobre suivant. Le dossier présenté par M. B doit ainsi être réputé complet à la date du 19 octobre 2021, de sorte que le silence gardé par le préfet de la Gironde pendant quatre mois sur la demande de titre de séjour a fait naître une décision implicite de rejet le 19 février 2022.

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. La décision refusant la délivrance d'une carte de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application des dispositions de l'article L. 232-4 du même code, il est loisible à l'étranger auquel est opposé tacitement, après quatre mois, un rejet de sa demande de titre de séjour de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a sollicité la communication des motifs de la décision attaquée par une demande réceptionnée le 16 mai 2023 restée sans réponse. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée n'est pas motivée.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, en raison notamment de l'absence de toute observation en défense, que le préfet aurait procédé à un examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé. Dans ces conditions, le requérant est également fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit. Il y a lieu, dès lors, et pour ces seuls motifs, de l'annuler.

8. Le présent jugement implique que le préfet de la Gironde procède à l'examen de la demande de titre de séjour de M. B. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Gironde d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la réception du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 200 euros à la charge de l'Etat à verser à Me Pornon-Weidknnet, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de refus de délivrance de titre de séjour est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de procéder à l'examen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pornon-Weidknnet la somme de 1 200 euros sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président-rapporteur,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La première assesseure,

S. MOUNIC Le président-rapporteur,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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