mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2304788 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP COURRECH ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 août 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 5 septembre 2024, celui-ci n'ayant pas été communiqué, M. C A, représenté par Me Manetti, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Lacanau (Gironde) a délivré un permis de construire à la SAS Altae pour la construction d'un ensemble d'habitation sis 4 route du Lion comprenant dix-neuf logements et vingt-deux places de stationnement, ensemble le rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Lacanau une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure, alors que le projet consiste en une opération unique de construction de logements, la société pétitionnaire a eu recours à deux demandes d'autorisation distinctes, un permis de démolir et un permis de construire ce qui a eu pour effet de fausser l'appréciation de l'autorité administrative et notamment de l'architecte des Bâtiments de France, la scission en deux autorisations constitue détournement de procédure ;
- l'arrêté est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que plusieurs avis notamment celui d'Enedis et du Smicotom ont été rendus avant que le pétitionnaire ne complète son dossier le 24 novembre 2022 ;
- le dossier aurait dû contenir un plan de division et un projet de constitution d'une association syndicale conformément aux dispositions de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme, dès lors que le projet fera l'objet d'une division en jouissance et/ou en propriété puisqu'il fait apparaître que le propriétaire du T3 du rez-de-chaussée du bâtiment B disposera d'un jardin à usage privatif ;
- le permis de construire méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et l'article UC11 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le permis de construire méconnaît l'article UC13 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le permis de construire méconnaît l'article UC10 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le permis de construire méconnaît l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme, le projet constitue une extension d'urbanisation qui ne présente pas un caractère limité.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Altae, représentée par Me Courrech, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal sursoit à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et fixe un délai au cours duquel une mesure de régularisation sera édictée et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2023, la commune de Lacanau, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par une lettre du 11 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible, au titre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête, dans l'attente de l'intervention d'une éventuelle mesure de régularisation susceptible de remédier à l'illégalité entachant le permis de construire en litige, tirée de l'illégalité de la méconnaissance de l'article UC11 du plan local d'urbanisme de la commune de Lacanau et des dispositions de l'article 121-13 du code de l'urbanisme.
Des réponses à ce moyen d'ordre public ont été enregistrées pour la SAS Altae le 13 septembre 2024 et pour la commune de Lacanau le 17 septembre 2024 et elles ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,
- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,
- les observations de Me Eizaga représentant M. A,
- et les observations de Me Calmette, représentant la SAS Altae.
Une note en délibéré produite par M. A a été enregistrée le 24 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A sont propriétaires d'une maison d'habitation sise 3 rue Mirabeau à Lacanau (Gironde). Le 18 octobre 2022, la société Altae a déposé auprès du maire de Lacanau une demande de permis de construire portant sur un terrain immédiatement voisin à leur parcelle, cadastré BI n° 178 et 386 en vue de la réalisation d'un ensemble immobilier composé de deux bâtiments comprenant au total dix-neuf logements et locaux annexes ainsi que vingt-deux places de stationnement. Par un arrêté du 7 mars 2023, le maire de Lacanau a accordé ce permis de construire. A la suite du rejet de son recours gracieux, formulé le 2 mai 2023, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 mars 2023 par lequel le maire de Lacanau a délivré un permis de construire à la société Altae.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 451-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction ou d'aménagement, la demande de permis de construire ou d'aménager peut porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. Dans ce cas, le permis de construire ou le permis d'aménager autorise la démolition. ". Aux termes de l'article R. 431-21 du même code : " Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d'aménager doit : a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-28 : " Doivent en outre être précédés d'un permis de démolir les travaux ayant pour objet de démolir ou de rendre inutilisable tout ou partie d'une construction : () d) Située dans un site inscrit ou un site classé ou en instance de classement en application des articles L. 341-1 et L. 341-2 du code de l'environnement ; () ".
3. Il est constant que la société Altae a sollicité le 18 octobre 2022, un permis de démolir et, le même jour, un permis de construire, pour l'opération unique consistant en la création d'un ensemble immobilier en deux bâtiments de dix-neuf logements et vingt-deux places de stationnement. Il ne résulte ni des dispositions rappelées au point 2, ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire qu'elle était tenue de déposer une autorisation unique, d'autant qu'en déposant les deux demandes le même jour elle a mis à même l'autorité administrative d'avoir une vision globale du projet. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'architecte des Bâtiments de France a été consulté sur les deux demandes et qu'il a pu rendre deux avis, le 3 janvier 2023 pour le permis de démolir et le 5 janvier 2023 pour le permis de construire. Enfin, contrairement à ce que soutient M. A, à supposer même que la société pétitionnaire ait déposé une demande d'autorisation unique portant à la fois sur le permis de démolir et le permis de construire, celle-ci n'aurait pas eu pour effet de soumettre l'ensemble à un avis conforme de l'architecte des Bâtiments de France qui aurait pu rendre deux avis séparés pour chacun des deux actes, qui sont distincts. Dans ces conditions, l'arrêté en litige n'est pas entaché d'un détournement de procédure et le moyen tenant à ce que cet arrêté serait illégal en l'absence d'autorisation unique doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur. ".
5. Il ressort des pièces du dossier qu'après le dépôt de la demande de permis de construire le 18 octobre 2022, le service instructeur a sollicité le 2 novembre 2022 des pièces complémentaires, notamment un plan relatif aux voies et réseaux de distribution, un plan de coupe avant travaux, l'accord du gestionnaire du domaine public pour l'autorisation d'occupation du domaine public et le justificatif du dépôt de la demande de permis de démolir. Ces pièces complémentaires ont été transmises par la société pétitionnaire le 24 novembre 2022. M. A soutient que la procédure suivie est irrégulière à défaut pour les autorités consultées, dont Enedis et le Smicotom, d'avoir eu communication desdites pièces. Si, effectivement, l'avis émis par ces autorités l'a été sans que soit présent au dossier le plan des réseaux, il ne ressort pas des pièces du dossier que leurs avis favorables, complétés par ce plan, aient nui à l'instruction par l'autorité compétente du permis de construire, alors qu'au surplus il résulte de leur examen que le projet se borne à se raccorder aux réseaux existants. Dans ces conditions, le moyen tenant au vice de procédure ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette comprenant une ou plusieurs unités foncières contiguës, doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet, le dossier présenté à l'appui de la demande est complété par un plan de division et, lorsque des voies ou espaces communs sont prévus, le projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien de ces voies et espaces communs à moins que l'ensemble soit soumis au statut de la copropriété ou que le demandeur justifie de la conclusion avec la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent d'une convention prévoyant le transfert dans leur domaine de la totalité des voies et espaces communs une fois les travaux achevés. ".
7. Si le requérant fait valoir que le projet prévoit que le futur occupant de l'appartement " T3 " situé au rez-de-chaussée du bâtiment B disposera d'un jardin à usage privatif, il ne ressort d'aucune des pièces du projet que les immeubles devraient faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement du projet. Dans ces conditions le moyen tiré de ce que le dossier de demande de permis de construire devait comporter un plan de division et aurait dû contenir un projet de constitution d'association syndicale doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article UC10 du règlement du plan local d'urbanisme : " Toutes les hauteurs sont calculées à partir du sol naturel avant travaux. En zone UC et secteur UCc : La hauteur absolue ne doit pas dépasser : - 7,00 m au faîtage des toitures à pentes/ - 6,00 m à l'égout de toiture ou à l'acrotère (relevé égouts des terrasses ou points haut de garde-corps () ". Le lexique du règlement du plan local d'urbanisme précise les modalités de calcul de la hauteur : " () références du calcul de la hauteur : lorsque la construction est édifiée à l'alignement : le niveau de l'espace public au droit de la façade implantée à l'alignement constitue le niveau référent pour le calcul de la hauteur maximale. La hauteur maximale vaut pour tout le volume attaché à cette façade sur l'espace public ".
9. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que le bâtiment A est implanté à l'alignement sur la rue Louis Pasteur et que la hauteur, à partir du niveau de la rue Louis Pasteur est de 6,97 mètres au faîtage, par rapport au terrain naturel au plus défavorable. Dans ces conditions, en vertu des dispositions rappelées au point précédent, le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article UC10 du règlement du plan local d'urbanisme.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". En outre, l'article UC11 du règlement du plan local d'urbanisme, intitulé " L'aspect extérieur des constructions et de leurs abords ", dispose, en ce qui concerne les constructions neuves et extensions, modifications et constructions existantes : " () / II - Les Constructions Neuves et Extensions, Modifications de Constructions Existantes () / II. b/ Conditions Générales : / Rappel article R.111-27 (code de l'urbanisme 2015) / Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ().". Ces dernières dispositions ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.
11. Il résulte de ces dispositions que si la construction projetée porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente doit refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus d'une autorisation d'urbanisme ou les prescriptions spéciales accompagnant sa délivrance, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
12. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet, situé à quelques dizaines de mètres du rivage de l'océan, à l'intérieur du site inscrit des étangs girondins de Hourtin, Carcans, Lacanau, Cousseau, Batejin, Batourtot, Lède Basse et Loncru et de leurs abords fait partie de la zone UC du plan local d'urbanisme de la commune de Lacanau définie dans ce document comme " () une zone de maisons individuelles de faibles dimensions à vocation d'habitat principalement, qui ont été réalisées dans le cadre des lotissements anciens à Lacanau Océan, ou concessions communales, en rives du Lac et sous couvert boisé, à forte valeur paysagère. Le règlement vise à en préserver l'aspect tout en permettant leur évolution mesurée et adaptée au cadre paysager environnant. () ". Toutefois, si, ainsi que le soutient le requérant, l'environnement du projet est composé d'habitations individuelles construites en R+1 dont un nombre significatif d'habitations sont identifiées " bâtiment d'intérêt architectural ou urbain protégé " et pourvu en espaces naturels, il ressort des plans et photographies versés au dossier que le bourg se caractérise également par des immeubles de taille et de style différents sans unité apparente avec un immeuble en R+2 sur un terrain qui jouxte le terrain d'assiette du projet. De plus, le projet se situe en frontière avec la zone UBL, zone urbanisée dense et mixte, de sorte qu'il côtoie à l'ouest ainsi qu'au sud, des résidences en R+2 aux gabarits volumineux. Il est également proche du parking du Lion pouvant accueillir près de deux-mille véhicules. Ainsi, les parcelles du projet en litige côtoient plus largement des bâtiments qui altèrent l'économie urbanistique générale du secteur.
13. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet consiste en la création d'un ensemble d'habitations en R+1 composé de deux bâtiments collectifs, l'un de treize logements, d'une emprise au sol de 539,87m² et d'une hauteur au faîtage de 6,97 mètres par rapport au terrain naturel au plus défavorable et l'autre de six logements et d'une emprise au sol de 288,56m² et d'une hauteur de 6,92 mètres par rapport au terrain naturel au plus défavorable. La notice architecturale témoigne de ce que le projet reprend les codes de l'architecture traditionnelle locale, avec des murs maçonnés avec enduit d'un ton pierre claire, un bandeau de coloris rouge et des garde-corps des balcons et loggias d'une ossature légère et d'un coloris rouge, que les matériaux utilisés pour l'ensemble du projet sont en harmonie avec des constructions voisines, les toitures sont à deux pentes et couvertes de tuiles à emboîtement de coloris ton vieilli et qu'ainsi, l'aspect extérieur des deux bâtiments est comparable à celui de nombreuses habitations de Lacanau. Ainsi, si le gabarit des deux bâtiments collectifs est imposant, ainsi que l'a souligné l'architecte des Bâtiments de France dans l'avis défavorable qu'il a rendu le 5 janvier 2023, cet aspect est contrebalancé par les efforts architecturaux du projet. Dans ces conditions, et nonobstant l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France, le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et UC11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune doit être écarté.
14. En sixième lieu, aux termes de l'article UC13 du règlement du plan local d'urbanisme : " () Dans toutes les opérations d'ensemble, 20% au moins de l'emprise de l'opération doit être aménagé en espaces libres de sol perméable au pluvial () ". Le lexique du règlement définit l'espace libre comme " espaces libres de constructions en élévation, et exclu les surfaces surplombées par des éléments de construction " et indique " la superficie d'une unité foncière supportant une ou plusieurs constructions se décompose en surface bâtie, aires de stationnement et de circulation à l'air libre, aires de dépôt de matériau à l'air libre (dans le cas d'activités) et espaces libres, ceux-ci pouvant se décomposer eux-mêmes en espaces verts, étendues d'eau, aires de jeux, cheminement piétons, aires de stationnement paysagères. ".
15. D'une part, le requérant ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des dispositions citées au point précédent de l'article UC13 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le projet en litige ne constitue pas une opération d'ensemble au sens desdites dispositions. D'autre part et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit 222,10 m² d'espaces libres représentant 20,33% de la surface du terrain d'assiette, dont deux places de stationnement " evergreen ou similaire ". Ces places de stationnement, qui sont libres de construction en élévation et perméables au pluvial, rentrent donc dans la définition des dispositions de l'article UC13 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tenant à ce que ces espaces devraient être exclus du décompte des espaces libres doit être écarté.
16. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau./ Toutefois, ces critères ne sont pas applicables lorsque l'urbanisation est conforme aux dispositions d'un schéma de cohérence territoriale ou d'un schéma d'aménagement régional ou compatible avec celles d'un schéma de mise en valeur de la mer. () ". Aux termes de l'article L. 131-1 du même code : " Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 sont compatibles avec : 1° Les dispositions particulières au littoral et aux zones de montagne prévues aux chapitres Ier et II du titre II ; () ".
17. Il résulte des articles L. 121-13 et L. 131-1 du code de l'urbanisme qu'une opération conduisant à étendre l'urbanisation d'un espace proche du rivage ne peut être légalement autorisée que si elle est, d'une part, de caractère limité, et, d'autre part, justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme selon les critères que ces dispositions énumèrent. Cependant, lorsqu'un schéma de cohérence territoriale ou un des autres schémas mentionnés à l'article L. 121-13 comporte des dispositions suffisamment précises et compatibles avec ces dispositions législatives qui précisent les conditions de l'extension de l'urbanisation dans l'espace proche du rivage dans lequel l'opération est envisagée, le caractère limité de l'urbanisation qui résulte de cette opération s'apprécie en tenant compte de ces dispositions du schéma concerné.
18. Il est constant que le terrain d'assiette du projet, distant de quelques centaines de mètres du rivage, en co-visibilité avec l'océan, est situé dans un espace urbanisé proche du rivage. Il est également identifié comme tel par le schéma de cohérence territoriale des lacs médocains. Selon ce document, " le critère retenu [pour une constructibilité limitée de l'espace proche du rivage] est l'importance de l'agglomération/village dans la mesure où il convient de respecter une certaine proportion entre l'urbanisation existante à ce jour et les futures opérations qui s'y grefferont ". Il rappelle que ne sont pas considérées comme une extension d'urbanisation les opérations de construction à l'intérieur d'un tissu urbain. Il " autorise ainsi la densification des secteurs urbanisés existants dans le respect des hauteurs et des caractéristiques des lieux ; à savoir, le rythme parcellaire, la volumétrie générale et la typologie des projets " et renvoie sur ce point à des coupes d'illustration. Il précise également que " peuvent être considéré comme un renforcement significatif de l'espace déjà urbanisé la modification de façon importante des caractéristiques d'un quartier existant en le densifiant fortement ou en augmentant sa hauteur de façon significative ". Ces orientations sont compatibles avec les dispositions législatives particulières au littoral.
19. Le projet consiste en l'édification de dix-neuf logements répartis en deux bâtiments en R+1 d'une hauteur de près de sept mètres et se trouve entre deux compartiments urbains. Si, à l'est du projet, le quartier est majoritairement composé de maisons individuelles, il côtoie à l'ouest ainsi qu'au sud des résidences en R+2 aux gabarits volumineux, et jouxte même un bâtiment de deux étages. Si l'emprise au sol de la construction est de 76,92 %, selon la notice architecturale, le terrain d'assiette comprenait initialement un restaurant et deux remises ainsi qu'un abri. Ainsi, bien qu'elle emporte une augmentation de la densité de construction dans le secteur, compte tenu de ces caractéristiques, l'extension de l'urbanisation qui résulte de l'opération projetée doit être regardée comme présentant un caractère limité, en tenant compte des dispositions du schéma de cohérence territoriale des lacs médocains. Par suite, le moyen tiré de ce que le projet contesté méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme doit être écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Lacanau a délivré un permis de construire à la SAS Altae, ensemble le rejet de son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
21. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
22. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lacanau, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
23. Si une personne publique qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat peut néanmoins demander au juge le bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais spécifiques exposés par elle à l'occasion de l'instance, elle ne saurait se borner à faire état d'un surcroît de travail de ses services et doit faire état précisément des frais qu'elle aurait exposés pour défendre à l'instance. En l'espèce, la commune de Lacanau, qui n'est pas représentée par un avocat, ne justifie pas de frais non compris dans les dépens qu'elle aurait engagés dans le cadre de la présente instance. Ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent par suite qu'être rejetées.
24. Il y a lieu, en revanche, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros à verser à la société Altae au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera à la SAS Altae une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Lacanau au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la commune de Lacanau et à la société par actions simplifiée Altae.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. B et Mme Fazi-Leblanc, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
La rapporteure,
S. FAZI-LEBLANC
La présidente,
C. CABANNELa greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026