lundi 11 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2304871 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2023, M. B, représenté par Me Astié, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, réceptionnée en préfecture le 23 décembre 2022, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et ce, sous astreinte de 80 euros par jour de retard et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, également sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
* la condition d'urgence est remplie dès lors que le refus d'octroi d'un titre de séjour préjudicie de manière grave, immédiate et sérieuse à sa situation ; il se trouve dans un état de santé psychologique qui impose de lui prodiguer un traitement adapté et continu qui ne pourrait être suivi en cas de renvoi dans son pays ;
* il existe un doute réel et sérieux sur la légalité de la décision :
* elle est insuffisamment motivée, d'autant qu'il a sollicité la communication de ces motifs par courrier du 5 mai 2023, resté sans réponse ;
* le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation ;
* la décision n'a pas été précédée du recueil de l'avis du collège médical de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) tel que prévu par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; si le collège médical a été saisi il n'est pas démontré qu'il l'a été régulièrement ;
* elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réunit les trois conditions prévues pour l'obtention d'une carte de séjour " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade ;
* elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où il réside en France depuis sept ans, s'y ait fait des amis et qu'il est dépourvu de liens dans son pays d'origine en dehors de ses parents ;
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et les administrations ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et qu'aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 " ;
2. Pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Pour établir la condition d'urgence, M. B fait valoir qu'il réside en France de façon continue depuis 2016 et qu'il souffre de syndrome post-traumatique nécessitant un suivi et un traitement psychiatriques dont il ne pourrait bénéficier en cas de renvoi dans son pays. Il ajoute que par conséquent le refus d'octroi d'un titre de séjour préjudicie de manière grave, immédiate et sérieuse à sa situation. Il résulte toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a déclaré être entré en France en 2012. S'il entend justifier de sa présence de manière continue sur le territoire national depuis 2016, il n'établit pas être présent en France de manière régulière sur l'ensemble de la période. Il apparaît d'ailleurs qu'il a sollicité l'asile en 2016 auprès de la préfecture du Rhône et qu'il était convoqué pour l'enregistrement de sa demande le 16 janvier 2017. Il ne ressort pourtant d'aucun des éléments de la requête qu'il se serait effectivement rendu à cet entretien, ni a fortiori qu'il bénéficierait du statut de réfugié. Il ne démontre pas davantage avoir sollicité un quelconque titre de séjour depuis son entrée en France en 2012. Il affirme sans éléments de preuve significatifs qu'il serait intégré en France, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et qu'il n'est pas dépourvu de liens familiaux au Nigeria où résident encore ses parents et où il a vécu jusque l'âge de 22 ans. En outre, s'il allègue souffrir d'un syndrome post-traumatique, il n'apparaît pas au vu des seuls certificats médicaux produits que ce motif suffirait à établir l'urgence qu'il soit statué sur sa requête sans délai. En toute hypothèse, la décision contestée ne porte que sur un refus de séjour qui n'est pas assorti d'une mesure d'éloignement. Pour ces différentes raisons, s'agissant d'une première demande de titre de séjour en France et compte tenu de sa présence irrégulière sur le territoire, M. B ne démontre pas que les effets de l'acte litigieux seraient de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Il y a lieu, dès lors, de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter, en tout état de cause, les conclusions formées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Enfin, une des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour faire droit à une demande présentée sur le fondement de ces dispositions n'étant manifestement pas remplie, il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 11 septembre 2023.
Le juge des référés,
M. Vaquero
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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