jeudi 14 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2304948 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 8 septembre 2023 et le 11 septembre 2023, M. C G, représenté par Me Jourdain de Muizon, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que son droit à être entendu a été méconnu et qu'il n'a pas été informé de la mesure d'éloignement qui allait être prise à son encontre ;
- elle est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne prend pas en considération sa date d'entrée en France, sa durée de présence et son intégration sociale et familiale ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'il réside en France depuis 2011, dispose d'un logement personnel dont il paye le loyer et justifie d'une bonne intégration socio-professionnelle.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- la motivation de cette décision n'est pas distincte de celle portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire devra être annulée par voie de conséquence ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de circonstances permettant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé devra être annulée par voie de conséquence ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, cette décision portant interdiction de retour sur le territoire français devra être annulée par voie de conséquence ;
- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa situation justifie qu'il ne soit pas prononcé une interdiction de retour à son encontre ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, cette décision portant assignation à résidence devra être annulée par voie de conséquence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme de Gélas, première conseillère, pour statuer sur les demandes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-6 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme de Gélas et les observations de Me Jourdain de Muizon, représentant M. G, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.
Le préfet de la Gironde n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C G, ressortissant marocain né le 6 mars 1976, qui déclare être entré irrégulièrement en France en 2011, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national malgré deux précédentes obligations de quitter le territoire français prises les 4 février 2015 et 25 juillet 2018 par le préfet de la Gironde. Par un arrêté en date du 7 septembre 2023, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur ce territoire pour une durée de trois ans et a fixé le pays de destination de sa reconduite. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de 45 jours. Par la présente requête, M. G demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, M. E B, chef de la section " éloignement " du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux à la préfecture de la Gironde, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait, par arrêté du préfet de la Gironde du 31 août 2023, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2023-164 de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer " toutes décisions pris[es] en application des livres II, IV, V, VI, VII et VII (partie législative et réglementaire) du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les décisions en litige, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A F, directeur des migrations et de l'intégration et de Mme H J, directrice adjointe de cette direction et de Mme D I, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte doit être écarté comme manquant en fait.
3. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.
4. Toutefois, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, sur les décisions pouvant assortir cette obligation ou sur la décision l'assignant à résidence dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
5. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soient prises les décisions en litige et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle au prononcé de la mesure d'éloignement contestée et des décisions subséquentes prises sur le fondement de cette mesure. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il a disposé de la possibilité de présenter ses observations lors de son audition du 7 septembre 2023 par les services de police, qui, l'ont interrogé non seulement sur l'infraction ayant justifié son interpellation mais aussi sur sa situation au regard de son droit au séjour, en particulier s'agissant des conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français, des documents dont il est en possession, de ses ressources, de son logement, de sa vie privée et familiale, d'éventuels éléments de vulnérabilité et de son intention de s'opposer à une éventuelle mesure d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et du principe du contradictoire doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
7. En premier lieu, il ressort des termes de la décision en litige que le préfet de la Gironde a visé les textes sur lesquels il s'est fondé pour prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. G, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8, et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 611-1 (3°). En outre, le préfet a indiqué que l'intéressé a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français le 25 juillet 2018 et s'y est maintenu irrégulièrement. Ainsi, le préfet de la Gironde a énoncé de manière suffisamment précise les considérations de fait qui constituent le fondement de sa décision et a examiné de manière suffisamment approfondie la situation du requérant, nonobstant la circonstance qu'il ne mentionne pas les éléments allégués par le requérant relatifs à sa situation professionnelle ou l'ancienneté de sa présence en France. Il s'ensuit que les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen sérieux de sa situation doivent être écartés.
8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales dispose que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Si M. G, qui est divorcé et a un enfant qui ne réside pas sur le territoire français, établit qu'il réside en France depuis 2011, et soutient justifier d'une insertion socio-professionnelle, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que l'ancienneté de son séjour n'a été rendu possible que par son maintien sur le territoire alors qu'il a fait l'objet, en 2015 et en 2018 de deux obligations de quitter le territoire français, et d'autre part, que l'activité professionnelle qu'il a exercé n'est justifiée que pour la période allant des mois de janvier 2012 à février 2015, les périodes postérieures n'étant pas étayées. Dans ces circonstances, la mesure d'éloignement prononcée à son encontre ne saurait être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts qu'elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
10. Il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation la décision contestée portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". En vertu de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () [ou] qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".
12. En premier lieu, il ressort des termes de la décision en litige que le préfet de la Gironde a visé les textes sur lesquels il s'est fondé pour assortir l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. G d'un refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, en particulier l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il a indiqué qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement. Ainsi, le préfet de la Gironde a énoncé de manière suffisamment précise, et distincte de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les considérations de fait qui constituent le fondement de sa décision. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
13. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 10, M. G n'établit pas que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle est fondée.
14. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée, non contestés par le requérant, qu'il s'est soustraie à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre, en 2015 et en 2018. Ainsi, et contrairement à ce qu'il soutient, il entre pleinement dans les cas, énumérés à l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant d'établir un risque de fuite au sens du 3° de l'article L. 612-2 du même code. M. G n'est donc pas fondé à soutenir que les conditions dans lesquelles le préfet peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire ne serait pas remplies et qu'il aurait dès lors méconnu ou fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. Ainsi qu'il a été dit au point 10, M. G n'établit pas que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle est fondée.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".
17. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
18. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet de la Gironde a fait interdiction à M. G de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans atteste de ce que l'ensemble des critères énoncés par l'article L. 612-10 précité a été pris en compte. Il mentionne notamment que l'intéressé s'est soustraie à deux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre les 4 février 2015 et 25 juillet 2018, ce qui implique que le préfet a nécessairement pris en considération la durée de présence en France de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.
19. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 10, M. G n'établit pas que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant un retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle est fondée.
20. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que M. G fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'est assortie d'aucun délai de départ volontaire. Le requérant ne faisant état d'aucune circonstance humanitaire, l'interdiction est fondée dans son principe. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 9, le requérant ne justifie pas d'une intégration particulière en France. Il ressort en outre des termes de l'arrêté en litige qu'il s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement prise à son encontre les 4 février 2015 et 25 juillet 2018. Par suite, quand bien même l'intéressé ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, la durée de trois ans de l'interdiction de retour sur le territoire français fixé par le préfet de la Gironde n'est pas disproportionnée.
21. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs qu'évoqués au point 9, le préfet n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée. M. G n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaitrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
22. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (). ". L'article L. 732-1 du même code dispose que : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées. ". En vertu de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage. ".
23. En premier lieu, l'arrêté contesté vise notamment les articles L. 731-1, L. 732-1 et L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il relève que M. G a déclaré résider à Bordeaux (33000) et qu'il ne peut justifier de la possession d'un document transfrontière en cours de validité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. G n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Gironde n'aurait pas procédé à l'examen particulier de sa situation.
24. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 10, M. G n'établit pas que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision l'assignant à résidence serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle est fondée
25. Il résulte de tout ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 7 septembre 2023 par lesquels le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour pendant une durée de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
26. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. G ayant été rejetées, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
27. Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. G sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C G et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.
La magistrate désignée,
C. DE GÉLASLa greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026