mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2305047 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Pardoe, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 12 septembre 2023 par lesquelles le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Il soutient que :
- la compétence de la signataire de l'arrêté litigieux, dont le nom est illisible, n'est pas établie ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à son insertion professionnelle ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, qui a été prise au visa de l'article L. 612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur de droit dès lors, d'une part, qu'aucune décision initiale accordant un délai de départ volontaire n'a été prise par l'administration et que, d'autre part, le préfet ne fait état d'aucun élément justifiant le retrait d'un délai de départ volontaire survenu postérieurement à la notification de la décision relative à ce délai ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français est insuffisamment motivée en droit dès lors qu'elle vise les articles L. 612-6 à L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans préciser sur laquelle des hypothèses énoncées par ces articles le préfet s'est fondé.
Par ordonnance du 21 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 octobre 2023.
Un mémoire présenté par le préfet de la Gironde a été enregistré le 24 septembre 2024.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent être substituées à celles de l'article L. 612-5 du même code, sur lesquelles est fondée la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. A.
Des observations en réponse à cette information, présentées pour M. A, ont été enregistrées et communiquées le 19 septembre 2024.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Jaouën a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 2 octobre 1991, de nationalité marocaine, est entré sur le territoire français le 27 mai 2021 en possession d'un visa de long séjour valant titre de séjour, valable du 1er avril 2021 au 1er avril 2022, en qualité de conjoint de français. Il a sollicité le 23 mars 2022 le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 12 septembre 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Dans le cadre de la présente instance, M. A demande au tribunal d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a pas lieu de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
4. En premier lieu, si le nom de la signataire de l'arrêté litigieux est partiellement masqué par sa signature, la mention de ce nom reste lisible et, en tout état de cause, la mention de sa qualité de cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux permet l'identification de cet agent. Mme C E, signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, par arrêté du préfet de la Gironde du 31 août 2023, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, " toutes décisions, documents et correspondances pris en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", au nombre desquelles figurent les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français le 27 mai 2021 en possession d'un visa de long séjour valant titre de séjour, valable du 1er avril 2021 au 1er avril 2022, en qualité de conjoint de français. Il ne conteste pas que la vie commune avec son épouse a pris fin en août 2022, qu'il est désormais célibataire et sans charge de famille et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident sa mère et ses sœurs. En outre, il ne justifie pas d'une particulière intégration dans la société française en se bornant à faire valoir qu'il est titulaire, depuis le 1er mars 2023, d'un contrat à durée indéterminée en qualité d'agent de propreté à temps plein alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une composition pénale pour des faits de violence conjugale. Dans ces conditions, il n'établit pas que la décision l'obligeant à quitter le territoire français aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts qu'elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ". Aux termes de l'article L. 612-5 du même code : " L'autorité administrative peut mettre fin au délai de départ volontaire accordé en application de l'article L. 612-1 si un motif de refus de ce délai apparaît postérieurement à la notification de la décision relative à ce délai ".
9. Il ressort des visas et des motifs de l'arrêté litigieux que le préfet s'est fondé, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, d'une part, sur la circonstance qu'il représentait une menace pour l'ordre public et, d'autre part sur les dispositions précitées de l'article L. 612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant fait valoir qu'aucun délai de départ volontaire ne lui ayant précédemment été accordé, le préfet ne pouvait se fonder sur ces dispositions.
10. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
11. En l'espèce, la décision attaquée, motivée par la menace pour l'ordre public que constitue le comportement du requérant, trouve son fondement légal dans les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 612-5 du même code, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur de droit qu'a commise le préfet en se fondant, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, sur les dispositions de l'article L. 612-5 du code précité, ne peut être accueilli.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".
13. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Dès lors, le requérant ne peut exciper de cette illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version applicable à la date de la décision attaquée : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Dès lors, le requérant ne peut exciper de cette illégalité à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.
16. En second lieu, il ressort des motifs de l'arrêté litigieux que le préfet s'est expressément fondé, pour prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, sur les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée en droit doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 12 septembre 2023 par lesquelles le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
D E C I D E:
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bourgeois, président,
Mme Jaouën, première conseillère,
M. Josserand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
S. JAOUËN
Le président,
M. BOURGEOIS La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026