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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2305072

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2305072

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2305072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux annule la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète de la Gironde sur la demande de délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur présentée pour l'enfant D A. La requérante soutenait que cette décision était entachée d'un défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à sa demande de communication des motifs, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le tribunal fait droit à ce moyen, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête. Il enjoint au préfet de la Gironde de délivrer le document sollicité dans un délai d'un mois et met à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2023, Mme F, représentante légale de son frère mineur D A, représentée par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 14 avril 2022 du silence gardé par la préfète de la Gironde sur sa demande de délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de l'enfant D A déposée le 14 février 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal, de lui délivrer le document de circulation sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- les délais de recours ne lui sont pas opposables en application des dispositions de l'article L.112-6 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'aucun accusé de réception correspondant aux exigences des dispositions des articles L. 112-3 et R. 112-5 du même code ne lui a été transmis ;

- la décision implicite de rejet née, en application des articles L. 231-1 et L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 1er du décret n° 2014-1292 du 23 octobre 2014, du silence gardé pendant un délai de deux mois par le préfet sur sa demande est entachée d'un défaut de motivation, le préfet n'ayant pas répondu à sa demande de communication des motifs de cette décision comme l'exigent les dispositions de l'article L. 232-4 du même code ;

- la décision litigieuse a méconnu les dispositions de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de ces dispositions dès lors que l'enfant D remplit les conditions qu'il énonce.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, au nom de son frère mineur D, par une décision du 15 juillet 2023.

Par ordonnance du 7 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2014-1292 du 23 octobre 2014 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaouën,

- et les observations de Me Chevallier-Chiron, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu d'un acte du 2 novembre 2021, déposé au secrétariat-greffe du tribunal de première instance d'Agadir, M. C A et Mme B E, parents de l'enfant D A, ressortissant marocain né le 12 juin 2007, ont délégué leur autorité parentale à leur fille Mme G A, née le 28 mars 1994, et lui ont donné mandat pour agir en leurs noms et à leur place et les représenter concernant toutes les affaires du jeune D auprès de tous les services et administrations français. Mme G A a déposé le 14 février 2022 une demande de document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de son frère D. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la préfète de la Gironde sur cette demande pendant un délai de deux mois. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision implicite.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation ". Aux termes de l'article L. 231-5 du même code : " Eu égard à l'objet de certaines décisions ou pour des motifs de bonne administration, l'application de l'article L. 231-1 peut être écartée par décret en Conseil d'Etat et en conseil des ministres ". Aux termes de l'article 1er du décret du 23 octobre 2014 relatif aux exceptions à l'application du principe " silence vaut acceptation " ainsi qu'aux exceptions au délai de deux mois de naissance des décisions implicites sur le fondement du II de l'article 21 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations (ministère de l'intérieur) : " En application des articles L. 231-5 et L. 231-6 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé pendant deux mois par l'administration vaut décision de rejet pour les demandes dont la liste figure en annexe du présent décret ". Il résulte de cet annexe que les demandes de documents de circulation des mineurs étrangers figurent au nombre des demandes pour lesquelles le silence gardé pendant deux mois par l'administration vaut décision de rejet.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 112-11 du code des relations entre le public et l'administration : " Tout envoi à une administration par voie électronique ainsi que tout paiement opéré dans le cadre d'un téléservice au sens de l'article 1er de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives fait l'objet d'un accusé de réception électronique et, lorsque celui-ci n'est pas instantané, d'un accusé d'enregistrement électronique () ". Aux termes de l'article L. 112-12 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications prévues par le décret mentionné à l'article L. 112-11 () ". Aux termes de l'article R. 112-11-1 du même code : " L'accusé de réception électronique prévu à l'article L. 112-11 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de l'envoi électronique effectué par la personne ; / 2° La désignation du service chargé du dossier, ainsi que son adresse électronique ou postale et son numéro de téléphone. / S'il s'agit d'une demande, l'accusé de réception indique en outre si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite d'acceptation ou à une décision implicite de rejet ainsi que la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, et sous réserve que la demande soit complète, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé le 14 février 2022, par voie électronique, une demande de document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de son frère mineur D A. En application des dispositions citées au point 2, une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la préfète de la Gironde sur cette demande pendant un délai de deux mois. En l'absence de mention des voies et délais de recours sur l'accusé de réception de la demande formée par Mme A et de connaissance par cette dernière de la décision implicite de rejet, la demande de communication des motifs de cette dernière décision, adressée par courrier de son conseil du 26 avril 2023 reçu le 9 mai suivant en préfecture, a été formée avant l'expiration du délai de recours contentieux. Faute d'avoir répondu à cette demande dans le délai d'un mois prévu par les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, le préfet de la Gironde a méconnu l'obligation de motiver la décision en litige prévue par l'article L. 211-2 du même code. La décision implicite attaquée doit, dès lors, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de réexaminer la demande de document de circulation pour étranger mineur présentée par Mme G A au bénéfice de son frère mineur D A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lanne, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lanne de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E:

Article 1er : La décision implicite de rejet née le 14 avril 2022 du silence gardé par la préfète de la Gironde sur la demande présentée par Mme G A à fin de délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de l'enfant D A déposée le 14 février 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer la demande de document de circulation pour étranger mineur présentée par Mme G A au bénéfice de son frère mineur D A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Lanne, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Lanne une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G A, à Me Lanne et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bourgeois, président,

Mme Jaouën, première conseillère,

M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

S. JAOUËN Le président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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