mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2305117 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 et 29 septembre 2023 et le 8 mars 2024, M. A C, représenté par Me Perrin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder ou faire procéder à l'effacement de son identité du fichier des personnes recherchées et à la suppression de son inscription au système d'information Schengen, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- un titre de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " lui a été délivré en mars 2024, de sorte que les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour ont été implicitement mais nécessairement abrogées ;
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, le préfet n'ayant pas examiné les demandes formées sur le fondement des stipulations du 1) et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- cette décision a méconnu les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- la compétence du signataire de cette décision n'est pas établie ;
- cette décision a méconnu les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée de deux ans :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- cette décision est entachée d'erreur de fait, la mention selon laquelle il ne justifierait pas " de l'ancienneté de ses liens avec la France " étant erronée ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu :
- le jugement du tribunal administratif de Bordeaux n° 2201098 du 21 septembre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Jaouën a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 9 juin 1974, a obtenu un certificat de résidence algérien sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien valable à compter du 5 septembre 2014, renouvelé jusqu'au 17 janvier 2017. Il a déposé le 10 avril 2019 une demande de titre de séjour en invoquant son état de santé et son insertion professionnelle. Par un arrêté du 5 juillet 2021, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux n° 2201098 du 21 septembre 2022, qui a enjoint à la préfète de la Gironde de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé. Par un arrêté du 16 août 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Dans le cadre de la présente instance, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 août 2023.
Sur l'étendue du litige :
2. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est vu délivrer, en mars 2024, un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention vie privée et familiale. La délivrance de ce titre a implicitement mais nécessairement abrogé la décision du 16 août 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressé, ainsi que les décisions subséquentes l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de destination et lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans, à compter du 15 janvier 2024, date du début de la période de validité du titre de séjour qui lui a été délivré. Toutefois, l'arrêté litigieux a produit des effets antérieurement à cette date, de sorte que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C ne sont pas dépourvues d'objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant (). Le certificat de résidence délivré au titre du présent article donne droit à l'exercice d'une activité professionnelle ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier de son conseil daté du 20 juillet 2023 et reçu par les services de la préfecture le 24 juillet suivant, M. C a expressément sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations précitées du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé et a produit, au soutien de cette demande, de très nombreuses pièces justifiant de sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. Il ressort de l'ensemble de ces pièces, également produites à l'instance, et en particulier des relevés bancaires, quittances de loyer, factures, bulletins de salaire, ordonnances médicales et relevés de remboursements effectués par l'assurance maladie, que M. C réside effectivement en France de manière habituelle depuis son entrée sur le territoire le 20 juillet 2013, soit depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté en litige, ce que le préfet ne conteste au demeurant pas dans son mémoire en défense. En outre, si le préfet soutient, en revanche, dans ce mémoire, qu'il a refusé de délivrer à l'intéressé un certificat de résidence sur le fondement du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien au motif que celui-ci représenterait une menace pour l'ordre public, il ne l'établit pas en se bornant à faire état d'une unique condamnation de M. C, par une ordonnance pénale du tribunal judiciaire de Bordeaux du 20 août 2020, au paiement d'une amende d'un montant de 300 euros pour des faits d'usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, en l'espèce une carte nationale d'identité, commis du 1er mars 2018 au 19 septembre 2019 en vue d'occuper un emploi. Dans ces circonstances, M. C est fondé à soutenir que la décision du 16 août 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un certificat de résidence a méconnu les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé. Il en résulte, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que cette décision doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour par lesquelles le préfet de la Gironde a obligé M. C à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Dès lors que M. C s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien valable du 15 janvier 2024 au 14 janvier 2025, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande d'injonction de délivrance d'un titre de séjour. En revanche, compte tenu du motif d'annulation retenu dans le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de prendre toutes les mesures utiles pour faire procéder à la suppression, dans le système d'information Schengen, du signalement de M. C aux fins de non-admission résultant de l'interdiction de retour édictée à son encontre, dès la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : L'arrêté du 16 août 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de prendre toutes les mesures utiles pour faire procéder à la suppression, dans le système d'information Schengen, du signalement de M. C aux fins de non-admission résultant de l'interdiction de retour édictée à son encontre, dès la notification du présent jugement.
Article 3 ! : L'Etat versera à M. C une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bourgeois, président,
Mme Jaouën, première conseillère,
M. Josserand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
S. JAOUËN
Le président,
M. BOURGEOIS La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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