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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2305226

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2305226

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2305226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement 72 heures

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2023, M. C B, représenté par Me Cuisinier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'incompétence du signataire de cette décision n'est pas établie ;

- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet motive le risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet selon des critères et arguments contestables et qu'il démontre avoir des liens avec la France ;

Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée de trois ans :

- cette décision est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public et ne s'est pas volontairement soustrait à une précédente mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le décret n° 2021-810 du 24 juin 2021 portant diverses dispositions en matière d'aide juridictionnelle et d'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Jaouën et les observations orales de Me Cuisinier, représentant M. B, assisté de M. A, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que la décision fixant le pays de destination est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a déposé une demande d'asile aux Pays-Bas, que cette demande est toujours en cours d'examen et qu'il souhaite retourner dans ce pays. Le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 septembre 2023, le préfet de la Gironde a obligé M. C B, né le 1er juillet 2002, de nationalité britannique, à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. B a ensuite été placé en rétention administrative. Dans le cadre de la présente instance, M. B demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté précité du 22 septembre 2023.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 19-1 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " La commission ou la désignation d'office ne préjuge pas de l'application des règles d'attribution de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution, y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : () 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté ; () ". L'article 39 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020, modifié par l'article 3 du décret n° 2021-810 du 24 juin 2021 dispose que : " Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat dans le cadre d'une procédure mentionnée à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d'aide. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la rétribution d'un avocat désigné d'office pour représenter devant le tribunal un étranger placé en rétention dans une instance relative à sa procédure d'éloignement n'est pas subordonnée au dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle. En l'espèce, Me Cuisinier a été désignée d'office pour représenter M. B. Par suite, les conclusions présentées par le requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; / 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une. ".

5. En premier lieu, par un arrêté du 31 août 2023, le préfet de la Gironde a consenti au bénéfice de M. F D, chef de la section éloignement au sein du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux de la préfecture de la Gironde, signataire de la décision en litige, une délégation à l'effet de signer toutes décisions, documents et correspondances pris en application du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles figurent les obligations de quitter le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E G, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux de la préfecture, dont il n'est pas établi qu'elle n'aurait pas été absente ou empêchée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet a visé les textes dont il a fait application, en particulier les articles L. 311-1 et L. 611-1 (1°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, le préfet a indiqué, dans cet arrêté, que M. B ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français en possession des documents, visas et justificatifs exigés à l'article L. 311-1 du code précité, qu'il ne remplissait aucune condition pour résider sur le territoire français, qu'il était célibataire et sans charge de famille en France, qu'il ne justifiait pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens en France et qu'il avait été écroué au centre pénitentiaire de Gradignan le 24 juin 2023 et condamné à une peine d'emprisonnement de 4 mois le 26 juin suivant par le tribunal correctionnel de Bordeaux pour refus de se soumettre au prélèvement biologique destiné à l'identification de son empreinte génétique par une personne soupçonnée d'infraction entraînant l'inscription au FNAEG, refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou de délit, détention de substance, plante, préparation ou médicament inscrit sur les listes I et II ou classée comme psychotrope et acquisition d'une telle substance. Ainsi, le préfet a énoncé de manière suffisamment précise les circonstances de fait sur lesquelles il s'est fondé pour obliger M. B à quitter le territoire français. Il ressort en outre de ces mentions qu'il a procédé à un examen suffisant de la situation personnelle du requérant. Les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation et de l'insuffisance de la motivation de la décision litigieuse doivent, en conséquence, être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si M. B soutient que la décision en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts qu'elle poursuit, il ne produit aucun élément de nature à établir qu'il disposerait d'attaches stables, intenses et durables sur le territoire français. En outre, il ressort du compte-rendu d'audition de l'intéressé par les services de police le 23 juin 2023 qu'il a déclaré être célibataire, sans charge de famille, sans domicile fixe et sans ressources et qu'il a refusé de répondre aux questions sur la date et les conditions de son entrée sur le territoire français, refus réitéré lors de l'audition du 19 septembre 2023 par les services de la police aux frontières. Dans ces circonstances, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". En vertu de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. M. B fait valoir que le préfet motive le risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet selon des critères et arguments contestables et qu'il démontre avoir des liens avec la France. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 8 et en tout état de cause, il ne démontre nullement avoir des liens avec la France. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment des compte-rendus des auditions de l'intéressé par les services de police les 23 juin et 19 septembre 2023 que le requérant, qui n'a pas présenté de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour et a déclaré être sans domicile fixe. Il s'ensuit qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, de sorte qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable depuis l'entrée en vigueur, le 1er mai 2021, de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". L'article L. 721-3 du même code dispose que : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". En vertu de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

12. M. B fait valoir qu'il a déposé, il y a quelques mois, une demande d'asile auprès des autorités néerlandaises et que cette demande d'asile est toujours en cours. Il produit les demandes qu'il a adressées aux autorités françaises postérieurement à son placement en rétention afin qu'il soit procédé à la vérification de sa situation dans le logiciel Eurodac. Toutefois, à supposer même qu'il soit établi que l'intéressé a déposé une demande d'asile aux Pays-Bas et que cette demande soit toujours pendante, la décision fixant le pays de destination, qui prévoit qu'il peut être renvoyé dans tout pays dont il a la nationalité ou dans tout pays dans lequel il est légalement admissible, ne fait pas obstacle à ce qu'il soit éloigné à destination des Pays-Bas s'il y est affectivement admissible. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 10 ci-dessus que l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire n'est pas établie. M. B n'est donc pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans serait illégale du fait de l'illégalité de ces décisions.

15. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet a visé les textes dont il a fait application, en particulier les articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, le préfet a indiqué qu'il était entré et s'était maintenu sur le territoire français depuis une date indéterminée et invérifiable, qu'il était célibataire, sans charge de famille, sans domicile fixe et sans ressources et ne justifiait pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens en France, qu'il n'avait jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il avait été écroué au centre pénitentiaire de Gradignan le 24 juin 2023 et condamné à une peine d'emprisonnement de 4 mois le 26 juin suivant par le tribunal correctionnel de Bordeaux pour refus de se soumettre au prélèvement biologique destiné à l'identification de son empreinte génétique par une personne soupçonnée d'infraction entraînant l'inscription au FNAEG, refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou de délit, détention de substance, plante, préparation ou médicament inscrit sur les listes I et II ou classée comme psychotrope et acquisition d'une telle substance. Ainsi, le préfet a énoncé de manière suffisamment précise les circonstances de fait sur lesquelles il s'est fondé pour obliger M. B à quitter le territoire français et a en outre examiné la situation personnelle du requérant au regard des quatre critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation et de l'insuffisance de la motivation de la décision litigieuses doivent, en conséquence, être écartés.

16. En troisième et dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 8, M. B ne justifie pas de liens anciens, intenses et stables avec la France. En outre, il a refusé de répondre aux questions des services de police sur sa situation administrative, de sorte que la durée de sa présence sur le territoire français est indéterminée. Par ailleurs, M. B a fait l'objet de la condamnation mentionnée au point précédent, outre une précédente condamnation qui l'avait conduit à être écroué pendant 9 mois à Lille, ainsi qu'il l'a déclaré aux services de police le 23 juin 2023, de sorte qu'il doit être regardé comme représentant une menace pour l'ordre public. Ainsi, et alors même qu'il n'aurait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Gironde a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 22 septembre 2023 par lesquelles le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

18. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ayant été rejetées, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.

La magistrate désignée,

S. JAOUËNLa greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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