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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2305248

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2305248

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2305248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantANGELUS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 octobre 2023 et le 15 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Maginot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de prendre les mesures qu'implique l'exécution du jugement n° 2102413 du 16 mai 2023, à savoir :

1°) enjoindre au maire de la commune de Castelnaud-la-Chapelle d'autoriser les travaux qu'il a sollicités pour raccorder son bien immobilier aux réseaux publics de distribution d'eau potable et d'électricité, y compris les travaux d'extension de ces réseaux, dans un délai de 8 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 500 euros par jour de retard ;

2°) mettre à la charge de la commune de Castelnaud-la-Chapelle une somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement n° 2102413 s'impose à la commune de Castelnaud-la-Chapelle d'autant qu'elle n'a pas fait appel et ne fait état d'aucune impossibilité d'exécution ou changement de circonstances de fait ou de droit ; dans ces conditions, il est fondé à solliciter le prononcé d'une astreinte ;

- les deux motifs de refus d'exécution avaient déjà été débattus dans l'instance n° 2102413 : le risque incendie et le mauvais état du chemin rural sont inopposables dès lors que le raccordement aux réseaux d'une construction déjà existante ne nécessite pas un permis de construire ; la maison est entourée de prairies ; l'extension du réseau d'eau jusqu'à la maison aura pour effet d'améliorer la défense incendie ;

- le coût des travaux étant à sa charge, il n'y aura pas d'incidence sur les finances communales ; les syndicats d'électricité et d'eau potable remettront le chemin en état une fois les travaux terminés ; la distinction entre branchement et extension est inopérante en l'espèce ; l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme ne s'applique pas aux constructions existantes ;

- la réalisation des travaux n'induira aucune servitude à son profit ;

- la commune ne sera pas contrainte de prendre en charge l'entretien du chemin rural sous lequel passera le réseau d'eau potable ; cette circonstance est avancée pour faire échec à l'exécution du jugement n° 2102413 ;

- l'astreinte doit être fixée à 1 500 euros par jour de retard compte tenu de la mauvaise foi déployée pour faire échec à l'exécution du jugement du 16 mai 2023.

Par une ordonnance en date du 3 octobre 2023, la présidente du tribunal administratif a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle.

Par deux mémoires enregistrés le 14 novembre 2023 et le 8 février 2024, la commune de Castelnaud-la-Chapelle, représentée par son maire en exercice, assistée de Me Zinamsgarov, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 13 février 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourdarie, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public ;

- les observations de Me Maginot, représentant M.A, et de Me Zinamsgarov, représentant la commune de Castelnaud-la-Chapelle.

Une note en délibéré présentée pour la commune de Castelnaud-la-Chapelle a été enregistrée le 15 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire d'un terrain construit situé au lieu-dit " Le Château Trompette " sur le territoire de la commune de Castelnaud-la-Chapelle, acquis en 2017. Le 29 octobre 2020, il a sollicité le raccordement de sa propriété aux réseaux public de distribution d'électricité et d'eau potable qui lui a été refusé par le maire de Castelnaud-la-Chapelle aux motifs d'une part que la construction présentait un caractère irrégulier et, d'autre part, que les travaux d'extension des réseaux grèveraient les finances communales.

2. Par un jugement n° 2102413 du 16 mai 2023 devenu définitif, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé les décisions de refus de raccordement aux réseaux et a enjoint au maire de la commune d'autoriser les travaux de raccordement sollicités par M. A dans le délai de deux mois à compter de sa notification, intervenue le 16 mai 2023. La présidente du tribunal a constaté l'échec de la procédure administrative d'exécution de ce jugement et a ouvert la phase juridictionnelle d'exécution par une ordonnance du 3 octobre 2023.

3. Il ressort des motifs du jugement n° 2102413 que les constructions situées sur le terrain de M. A, pour lesquelles le raccordement aux réseaux publics d'électricité et d'eau potable est demandé, ont été édifiées antérieurement à l'entrée en vigueur de la loi du 15 juin 1943 relative au permis de construire, de sorte qu'elles sont dispensées de cette autorisation et ne peuvent être regardées comme ayant été irrégulièrement édifiées.

Sur l'exécution du jugement n° 2102413 du 16 mai 2023 :

En ce qui concerne le raccordement au réseau public d'électricité :

4. La commune de Castelnaud-la-Chapelle ne fait valoir aucun changement dans les circonstances de fait ou de droit qui s'opposerait au raccordement des constructions appartenant à M. A au réseau public de distribution d'électricité. Par suite, la commune ne justifie pas avoir satisfait à l'injonction prononcée par le tribunal relative au raccordement à ce réseau.

En ce qui concerne le raccordement au réseau public d'eau potable :

5. La commune de Castelnaud-la-Chapelle fait valoir que le jugement n° 2102413 n'implique que le raccordement des constructions de M. A au réseau mais ne se prononce pas sur l'extension du réseau qui serait nécessaire pour amener les infrastructures au droit du terrain d'assiette et permettre ainsi le raccordement effectif. Il ajoute que la réalisation d'une telle extension du réseau impliquerait d'établir une servitude au profit de M. A sur le chemin communal, propriété privée de la commune et qu'enfin ces travaux induiraient une obligation d'entretien récurrente de ce chemin.

6. Il résulte des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-4 du code de justice administrative qu'en l'absence de définition, par le jugement ou l'arrêt dont l'exécution lui est demandée, des mesures qu'implique nécessairement cette décision, il appartient au juge saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative d'y procéder lui-même en tenant compte des situations de droit et de fait existantes à la date de sa décision. Si la décision faisant l'objet de la demande d'exécution prescrit déjà les mesures qu'elle implique nécessairement en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il appartient le cas échéant au tribunal administratif, saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du même code, d'en édicter de nouvelles en se plaçant à la date de sa décision, sans toutefois pouvoir remettre en cause celles qui ont précédemment été prescrites ni méconnaître l'autorité qui s'attache aux motifs qui sont le soutien nécessaire du dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution lui est demandée.

7. Il résulte du jugement n° 2102413 que l'injonction prononcée d'autoriser les travaux de raccordement sollicités par M. A implique nécessairement la délivrance de toute autorisation éventuellement nécessaire pour rendre effectifs ces raccordements. Ainsi, quand bien même la commune n'est pas contredite lorsqu'elle affirme que la réalisation du raccordement au réseau d'eau potable des constructions appartenant à M. A impliquerait une extension de ce réseau d'une longueur de 360 mètres afin de l'amener au droit de la parcelle d'assiette des constructions, qu'elle fait valoir que ces travaux seraient réalisés sous un chemin communal lui appartenant, qu'ils impliqueraient un entretien récurent de ce chemin ou que la sécurité incendie serait en cause, il lui appartient d'autoriser ces travaux et de prendre toute mesure nécessaire pour rendre le raccordement effectif, y compris en cas d'extension de réseau.

8. En faisant valoir de nouveaux motifs pour refuser l'autorisation de raccordement, la commune ne justifie pas de changement dans les circonstances de droit ou de fait qui rendraient impossible l'exécution du jugement n° 2102413. Elle ne soulève pas davantage pour les mêmes motifs l'existence de litiges distincts qui ne se rapportent pas à l'exécution de ce jugement.

9. Il résulte de ce qui précède qu'à la date du présent jugement, la commune de Castelnaud-la-Chapelle n'a pas pris les mesures propres à assurer l'exécution du jugement du 16 mai 2023.

Sur l'astreinte :

10. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. () Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ".

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la commune de Castelnaud-la-Chapelle, de prendre, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, les mesures qu'implique l'exécution du jugement n° 2102413. Il y a lieu d'assortir ces prescriptions d'une astreinte de 1 000 euros par jour de retard jusqu'à la date à laquelle le jugement précité aura reçu exécution.

Sur les frais d'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Castelnaud-la-Chapelle la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que la somme demandée par cette commune soit mise à la charge de M. A qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : Il est enjoint à la commune de Castelnaud-la-Chapelle d'autoriser les raccordements des constructions appartenant à M. A aux réseaux publics de distribution d'électricité et d'eau potable, et, le cas échéant, l'extension de ces derniers, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 2 : Une astreinte est prononcée à l'encontre de la commune de Castelnaud-la-Chapelle, si elle ne justifie pas avoir, dans les 15 jours suivant la notification de la présente décision, exécuté le jugement du tribunal du 16 mai 2023 et jusqu'à la date de cette exécution. Le taux de cette astreinte est fixé à 1 000 euros par jour, à compter de l'expiration du délai de 15 jours suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Castelnaud-la-Chapelle communiquera copie au tribunal des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le jugement n° 2102413.

Article 4 : La commune de Castelnaud-la-Chapelle versera à M. A une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Les conclusions de la commune de Castelnaud-la-Chapelle présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la commune de Castelnaud-la-Chapelle.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

M. Bilate, premier conseiller,

M. Bourdarie, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le rapporteur,

H. BOURDARIE

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈS

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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