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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2305303

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2305303

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2305303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2023, les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France, représenté par Me Hamri, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la commune du Pian Médoc s'est opposée à la demande de raccordement électrique réceptionnée le 23 mai 2023 en vue de permettre l'installation d'équipements de radiotéléphonie mobile sur un terrain sis Chemin du Sable, 33290 Le Pian Médoc ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune du Pian Médoc de délivrer une autorisation de raccordement au réseau électrique sollicitée en vue de permettre l'installation d'équipements de radiotéléphonie mobile sur ce terrain dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Pian Médoc une somme de 5 000 euros à verser aux requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- par une ordonnance n° 2103052 du 10 février 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a suspendu l'exécution de l'arrêté du 19 avril 2021 par lequel le maire du Pian Médoc avait fait opposition à la déclaration préalable en vue de l'installation d'une antenne relais de téléphonie mobile, et enjoint à la commune de prendre une décision de non-opposition ; malgré l'édiction d'une telle décision de non-opposition, le maire a toutefois refusé la demande de raccordement de l'installation au réseau électrique ;

* la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision porte atteinte à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et à la continuité du service publics des télécommunications ; compte tenu également de l'entrave portée aux activités de la société Bouygues Telecom auxquelles elle préjudicie gravement ; la décision de refus de raccordement électrique fait ainsi directement obstacle à la mise en fonctionnement du service, et donc à l'apport de réseau sur la partie du territoire de la commune non couverte ;

* il existe un doute réel et sérieux sur la légalité de la décision :

* elle est dépourvue de base légale au regard de l'article L. 111-12 du code de l''urbanisme ; en l'espèce, le projet en cause a bien été autorisé par une décision de non-opposition ;

* elle est entachée de détournement de pouvoir ;

La requête a été communiquée à la commune du Pian Médoc qui n'a pas produit en défense.

Vu :

- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée le 17 juillet 2023 sous le n° 2303859 par laquelle les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex demandent l'annulation de la décision attaquée ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le mercredi 11 octobre 2023 à 10h00, en présence de Mme Gioffré, greffière :

- le rapport de M. Vaquero, juge des référés ;

- les observations de Me Anglard, substituant Me Hamri, pour les sociétés requérantes, qui conclue aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête ; il ajoute que la condition d'urgence est d'autant plus remplie que le projet est autorisé mais désormais bloqué ; l'absence de toute défense de la commune confirme bien son attitude d'opposition de principe à l'implantion de l'antenne relais ; l'obstruction de la commune manifestée une nouvelle fois à travers son refus du raccordement au réseau électrique atteste de son acharnement et donc du détournement de pouvoir ; il y a nécessité d'assortir la suspension d'une injonction pour y remédier efficacement ;

La commune du Pian Médoc n'étant ni présente ni représentée ;

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Par arrêté du 19 octobre 2021, le maire de la commune du Pian Médoc a fait opposition, pour la deuxième fois, au projet d'implantation d'une antenne relais de téléphonie mobile présentée par la société Cellnex France pour le compte de la société Bouygues Telecom. Par une ordonnance du 21 janvier 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint au maire du Pian Médoc de délivrer à la société pétitionnaire une décision de non-opposition. Par un arrêté du 25 février 2022 pris sur cette injonction, le maire a finalement délivré cette décision de non-opposition. Le 23 mai 2023, la demande d'autorisation de travaux formulée par la société Enedis en vue du raccordement du projet au réseau public d'électricité a suscité un refus de la commune du Pian Médoc. Les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France demandent la suspension de l'exécution de cette dernière décision.

Sur la condition d'urgence :

3. Pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi d'une demande de suspension d'une opposition à déclaration préalable de travaux, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'opposition litigieuse sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, en tenant compte, notamment, des conséquences qui seraient susceptibles de résulter, pour les divers intérêts en présence, de la délivrance d'une décision de non-opposition provisoire ordonnée par le juge des référés ou à l'issue d'un réexamen de la demande.

4. Eu égard, d'une part, à l'intérêt qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile de 4ème génération et aux intérêts propres de la société Bouygues Télécom, qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par son réseau, à la circonstance que le territoire de la commune du Pian-Médoc n'est que partiellement couvert par le réseau de la société requérante et, d'autre part à la double circonstance que l'exécution de la décision d'opposition à déclaration préalable du 19 octobre 2021 a été suspendue par le juge des référés et que sur injonction du juge le maire de la commune du Pian Médoc a délivré la décision de non-opposition pour la mise en œuvre de laquelle a été formée la demande de raccordement au réseau électrique litigieuse, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

Sur les moyens susceptibles de créer un doute sérieux sur la légalité de la décision refusant le raccordement électrique :

5. Aux termes de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme : " Les bâtiments, locaux ou installations soumis aux dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4 ou L. 510-1, ne peuvent, nonobstant toutes clauses contractuelles contraires, être raccordés définitivement aux réseaux d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone si leur construction ou leur transformation n'a pas été, selon le cas, autorisée ou agréée en vertu de ces dispositions. ".

6. Les sociétés requérantes soutiennent que la décision contestée est dépourvue de base légale au regard de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme et qu'elle est entachée de détournement de pouvoir.

7. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-2 du code de l'urbanisme apparait propre, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de raccordement au réseau électrique du projet de la société Bouygues Telecom.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision contestée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreintes :

10. La suspension de la décision contestée implique que le maire de la commune du Pian Médoc accorde l'autorisation demandée de raccordement du projet au réseau public d'électricité dans les termes du formulaire présenté par la société Enedis, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. La décision de l'administration prise en exécution de cette injonction ne revêt toutefois qu'un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé. Il n'y a pas lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune du Pian Médoc la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, somme qui sera versée solidairement aux sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle la commune du Pian Médoc a refusé l'autorisation de raccordement au réseau public d'électricité du projet de la société Bouygues Telecom est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint à la commune du Pian Médoc d'accorder, à titre provisoire, l'autorisation sollicitée dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune du Pian Médoc versera solidairement aux sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée aux sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France et à la commune du Pian Médoc.

Fait à Bordeaux, le 12 octobre 2023.

Le juge des référés,La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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