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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2305383

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2305383

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2305383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantATGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Atger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) d'enjoindre à cette autorité de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-il a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de cette convention.

En ce qui concerne le refus d'abroger les précédentes mesures d'éloignement :

- il est illégal dès lors que le préfet ne s'est jamais prononcé sur sa situation.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 14 novembre 2023.

Par une ordonnance 23 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 juin 2024.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde, qui n'a pas produit d'observation en défense en dépit d'une mise en demeure en ce sens dans un délai d'un mois qui lui a été notifiée le 11 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Josserand,

- et les observations de Me Jourdain de Muizon, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen, est entré sur le territoire français en janvier 2019 pour y demander l'asile. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision du 5 janvier 2021 de la Cour nationale du droit d'asile, et sa demande de réexamen a été elle-aussi rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 août 2021. Par un arrêté du 11 février 2021, devenu définitif, la préfète de la Gironde a refusé d'admettre l'intéressé au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 16 décembre 2021, ultérieurement annulé par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux n° 2200129 du 10 mars 2022, la préfète de la Gironde l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le 1er juillet 2022, il a sollicité auprès des services de la préfète de la Gironde la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 1er août 2023, dont, par la présente requête, M. A demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de faire droit à cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort de l'arrêté attaqué que, pour refuser le séjour à M. A, le préfet de la Gironde a estimé qu'il avait fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire, " la deuxième le 16/12/2021 assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, décisions confirmées par le tribunal administratif de Bordeaux le 10/03/2022 ". Il a également rappelé " le caractère exécutoire de [s]on IRTF ".

3. Il ressort toutefois des pièces du dossier, d'une part, que l'arrêté du 16 décembre 2021 faisait uniquement interdiction à l'intéressé de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans et ne comportait pas de décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, et d'autre part que, cet arrêté a été annulé par un jugement n° 2200129 du tribunal administratif de Bordeaux du 10 mars 2022, devenu définitif. L'arrêté attaqué ne faisant état d'aucune autre circonstance de fait précise, ces deux erreurs grossières sont révélatrices d'un défaut d'examen, par le préfet, de la situation personnelle et administrative de M. A.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 1er août 2023 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. En premier lieu, eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 613-7 de ce code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Aux termes de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " I. - Les données à caractère personnel et informations enregistrées dans le fichier sont conservées jusqu'à l'aboutissement de la recherche ou l'extinction du motif de l'inscription ".

7. Il appartenait au préfet de la Gironde d'effacer le signalement de M. A dans le système de non-admission de Schengen en exécution du jugement n° 2200129 du 10 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de l'intéressé. Dès lors, il n'y pas lieu de faire droit aux conclusions présentées aux mêmes fins par M. A dans la présente instance.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale en application des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État le versement à Me Atger d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 1er août 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A dans un délai de deux à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera à Me Atger, conseil de M. A, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation de sa part à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Atger, et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bourgeois, président,

- Mme Jaouën, première conseillère,

- M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

L. JOSSERANDLe président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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