mercredi 11 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2305394 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 octobre 2023 à 10 heures 04 et un mémoire enregistré le 5 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023 du préfet de la Gironde, notifié le 30 septembre 2023 à 10 heures 04, en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou pour lequel il établit être légalement admissible ;
3°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours en vue de son éloignement effectif du territoire français dans ce délai ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de prendre sans délai toute mesure de nature à mettre fin à son signalement au sein du système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement L. 761-1 et article 37 alinéa 2.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi :
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux car la demande de carte de séjour en cours n'est y pas mentionnée ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il n'a pas examiné au préalable sa demande de carte de séjour fondée sur l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; il conteste avoir commis les infractions reprochées ;
S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :
- il méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car le préfet ne justifie pas que son éloignement demeure une perspective raisonnable et qu'en particulier la situation aurait changé entre janvier et septembre 2023.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les recours présentés sur le fondement de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
M. A et le préfet de la Gironde n'étant ni présents, ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 1er février 1999 en Guinée, de nationalité guinéenne, déclare être entré France le 15 janvier 2015. A la fin de sa dernière période d'incarcération, le préfet de la Gironde lui a notifié le 30 septembre 2023 à 10 heures 04 un arrêté du 29 septembre 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays pour lequel il est légalement admissible, a abrogé l'autorisation provisoire de séjour délivrée à l'occasion de la demande de titre de séjour, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par un arrêté du 29 septembre 2023 le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours en vue de l'éloigner du territoire français. Par la présente requête, il sollicite l'annulation du premier arrêté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai et fixe le pays de renvoi et du second portant assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
3. L'arrêté en litige mentionne les conditions et la date d'entrée en France de M. A, son passé pénal, sa situation actuelle au regard de l'emploi et la dernière demande de titre de séjour, sur le fondement de son état de santé, qu'il a présentée le 19 juillet 2023. Eu égard à l'objet de cette demande, l'absence de mention de précédentes expériences professionnelles et de l'obtention d'un diplôme ne sont pas de nature à révéler que le préfet n'aurait pas examiné sérieusement sa situation. Le requérant soutient qu'il aurait déposé une demande de titre de séjour le 27 décembre 2022 que le préfet n'a pas mentionné dans l'arrêté querellé. Toutefois, outre que l'intéressé ne produit qu'un accusé de réception d'un courrier adressé à la préfecture, sans que l'objet n'en soit déterminé, le préfet qui a mentionné la dernière demande de titre dont il était saisi, n'a pas entaché son arrêté d'un défaut d'examen réel et sérieux.
Sur l'arrêté du 29 septembre 2023 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A a effectivement déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour fondée sur l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la fin de l'année 2022. En tout état de cause, l'arrêté du 29 septembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français lui refuse son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 de ce code, compte tenu de la demande déposée en ce sens par l'intéressé le 19 juillet 2023. La décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise au regard de l'avis rendu par le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a estimé que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il pourra y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. En outre, le préfet de la Gironde a estimé que l'intéressé ne pouvait prétendre à un quelconque titre de séjour compte tenu de sa situation personnelle et familiale et des deux condamnations pénales figurant au sein du bulletin n° 2 de son casier judiciaire. Il a en particulier relevé l'absence de liens privés et familiaux en France, des difficultés d'intégration durable révélées par deux condamnations pénales à des peines d'emprisonnement de quatre mois chacune pour des faits commis en janvier et en mars 2022. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché sa décision obligeant M. A à quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Pour les mêmes motifs, il n'a pas porté une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée et familiale de M. A tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans :
6. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
7. Pour prononcer la durée maximale de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet s'est fondé sur l'absence de liens durables de M. A en France, sur le fait qu'il n'est pas dépourvu de tels liens en Guinée, qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement qui n'ont pas été exécutées et qu'il représente une menace grave et actuelle pour l'ordre public. A ce sujet, il ressort du bulletin n° 2 du casier judiciaire du requérant que celui-ci a commis le 27 janvier 2022 un délit de dégradation ou détérioration du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes et, le 4 mars 2022, les délits de détention non autorisée de stupéfiants, recel de bien provenant d'un viol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et offre ou cession non autorisée de stupéfiants. Si M. A soutient qu'il n'a pas commis les infractions relevées par le préfet dans son arrêté, les délits qui viennent d'être décrits ont fait l'objet de jugements correctionnels devenus définitifs. La réalité de ces infractions est établie, de même que leur caractère récent et grave. Quant aux faits mentionnés au fichier du traitement des antécédents judiciaires qui n'ont pas donné lieu à condamnations pénales, à supposer que M. A n'en soit pas l'auteur, le préfet de la Gironde pouvait assortir sa décision d'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A dès lors que la présence de dernier constitue une menace pour l'ordre public du fait des deux condamnations pénales.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions en annulation de l'arrêté du 29 septembre 2023 du préfet de la Gironde et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
Sur l'arrêté du 29 septembre 2023 portant assignation à résidence :
9. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
10. Pour assigner M. A à résidence pour une durée de 45 jours, le préfet a relevé que celui-ci était dépourvu de tout document de voyage en cours de validité permettant d'exécuter son éloignement, mais qu'il engageait toutes démarches utiles en vue d'obtenir un laissez-passer consulaire et que, sous cette réserve, l'éloignement de l'intéressé demeurait une perspective raisonnable. La circonstance que M. A a fait l'objet de précédentes mesures restrictives de liberté en vue de l'exécution de précédentes décisions d'éloignement ne fait pas obstacle à ce que le préfet prenne une nouvelle décision d'assignation à résidence pour exécuter une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire de moins d'un an dès lors que l'éloignement de l'intéressé demeure une perspective raisonnable. En se bornant à faire état d'une absence d'évolutions dans ses perspectives d'éloignement entre janvier et septembre 2023, M. A n'établit pas que l'exécution de son éloignement serait dépourvue de perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a assigné M. A à résidence pour une durée de 45 jours ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
12. M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Cependant, l'Etat n'étant pas la partie perdante, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat le versement de la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2023.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
H. C
La greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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