mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2305494 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête n°2305494 et des mémoires, enregistrés les 5 octobre 2023, 16 février et 30 août 2024, Mme B A, représentée par Me Boyancé, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite qu'elle estime née le 1er mai 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde à titre principal de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de l'admettre provisoirement au séjour avec remise d'un récépissé l'autorisant à travailler et de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale prévu par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants tel que protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 12 septembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors que les conclusions de la requérante sont dirigées contre une décision inexistante.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2023.
II. Par une requête n°2404454, enregistrée le 16 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Boyancé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire de l'admettre provisoirement au séjour avec remise d'un récépissé l'autorisant à travailler et de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable, le délai de recours n'ayant pas couru faute de notification régulière ;
- la décision de refus de titre de séjour porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale prévu par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors que ses deux parents sont décédés ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 7 août 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mai 2024.
Par une ordonnance du 22 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 23 août 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,
- et les observations de Me Boyancé, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante nigériane née le 24 avril 1974, est entrée en France le 23 juillet 2021 selon ses déclarations, munie d'un visa C délivré par les autorités espagnoles valable jusqu'au 6 août 2021. Elle a formé une demande d'asile le 13 août 2021 qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 janvier 2022 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 29 juin 2022. Le 17 janvier 2022, Mme A a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 26 octobre 2022, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Les 28 novembre et 30 décembre 2022, Mme A a renvoyé au préfet de la Gironde le formulaire de demande de titre de séjour précédemment transmis, accompagné d'un courrier. Par sa requête n° 2305494, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet qu'elle estime née le 1er mai 2023 du silence gardé par le préfet de la Gironde sur sa demande de titre. Par sa requête n° 2404454, Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022.
2. Les requêtes n°2305494 et n°2404454 présentées pour Mme A présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense dans l'instance n° 2305494 :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé une demande de titre de séjour le 17 janvier 2022 en qualité de parent d'enfant français, puis un formulaire de demande de titre de séjour sur le même fondement le 26 septembre 2022. Par un courrier du 3 octobre 2022, Mme A a été informée du caractère incomplet de sa demande formée le 26 septembre 2022. Par un arrêté du 22 octobre 2022, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité de parent d'un enfant français. Si Mme A soutient qu'elle n'a pas eu connaissance de cet arrêté et qu'elle a formé une nouvelle demande de titre de séjour le 20 décembre 2022, sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du même code, réceptionnée par la préfecture de la Gironde le 30 décembre suivant, elle ne l'établit pas par la production d'un accusé de réception et d'un courrier intitulé " lettre expliquant la situation familiale avec le père des enfants " qui se borne à indiquer qu'elle est mariée avec un compatriote et qu'elle n'a plus de lien avec son précédent compagnon, ressortissant français. Dans ces conditions, cette lettre ne saurait être regardée comme une nouvelle demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'une décision implicite de rejet serait née du silence gardé par le préfet de la Gironde au terme d'un délai de quatre mois suivant sa réception. Par suite, sa requête, dirigée contre une décision inexistante, doit être rejetée comme irrecevable.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense dans l'instance n° 2404454 :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : ()3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".
6. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.
7. Compte tenu de ces modalités, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.
8. Il ressort des pièces versées au débat par le préfet de la Gironde que le pli recommandé contenant l'arrêté attaqué pris, notamment, au visa de l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été envoyé le 28 octobre 2022 et présenté le 31 octobre suivant à l'adresse indiquée par Mme A dans sa demande de titre de séjour, 16 rue Furtado à Bordeaux. Il résulte des mentions portées sur ce pli, que n'ayant pas été retiré à l'issue du délai de mise à disposition auprès des services postaux, il a été retourné en préfecture avec la mention " pli avisé non réclamé " le 21 novembre 2022. Si Mme A fait valoir qu'elle n'a jamais été destinataire du pli en cause, elle ne conteste pas qu'elle résidait à cette adresse au jour de la notification de la décision attaquée. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée portait mention des voies et délais de recours. Dans ces conditions, la notification de l'arrêté du 22 octobre 2022 doit être réputée avoir été régulièrement accomplie le 31 octobre 2022 et la requête enregistrée au greffe du tribunal le 16 juillet 2024 dirigée contre cet arrêté est tardive, et par suite irrecevable. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet de la Gironde doit être accueillie.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme A doivent être rejetées dans toutes leurs conclusions, y compris celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme Ballanger, première conseillère,
Mme Lorrain Mabillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
La rapporteure
M. BALLANGER La présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s 2305494, 2404454
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026