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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2305525

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2305525

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2305525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a examiné les requêtes de la SCEA de la rivière contestant des amendes administratives pour manquements aux règles d'hygiène et de sécurité du travail, initialement fixées à 12 800 euros puis ramenées à 11 600 euros par une décision de retrait du 27 septembre 2023. Le tribunal a jugé que les conclusions dirigées contre la première décision du 5 avril 2023 étaient irrecevables, celle-ci ayant été retirée et remplacée. Sur le fond, il a rejeté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et d'erreur de fait, considérant que les manquements étaient établis pour plusieurs salariés. Il a toutefois estimé que le montant des amendes était disproportionné et l'a réduit à 6 000 euros, en application des articles L. 4741-1 et suivants du code du travail.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2023 sous le numéro 2305525, des pièces complémentaires et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 14 mars 2024 et le 22 mars 2024, la SCEA de la rivière, représentée par Me Laplace-Treyture demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 5 avril 2023 par laquelle le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Nouvelle-Aquitaine (DREETS) a mis à sa charge des amendes administratives pour un montant total de 12 800 euros ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet né du recours gracieux du 31 mai 2023 à l'encontre de la décision du 5 avril 2023 ;

3°) de prononcer la décharge de la somme de 12 800 euros correspondant aux amendes administratives mises à son encontre ;

4°) à titre subsidiaire, de ramener à de plus justes proportions les amendes administratives mises à sa charge et de prononcer la décharge des sommes correspondant aux diminutions accordées.

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- elle sont entachées d'un vice de forme dès lors qu'elles sont insuffisamment motivées ;

- elle sont entachées d'une erreur de fait dès lors que l'administration a multiplié les amendes par quatre alors même qu'il n'est pas établi que quatre salariés seraient concernés ;

- elle méconnait le principe d'individualisation prévu à l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- il n'y a pas lieu de prononcer une amende pour absence d'armoire individuelle, dès lors qu'il y a bien un seul salarié qui est concerné par ce manquement et que celui-ci a bien une armoire individuelle ;

- il n'y a pas lieu de prononcer l'amende pour absence de mobilier adapté à la prise de repas dès lors que le mobilier présent était bien adapté à la prise de repas ;

- il n'y a pas lieu de prononcer une amende pour absence de maintien en bon état des locaux dès lors que le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Nouvelle-Aquitaine n'a pas respecté les constatations de l'inspecteur du travail en considérant qu'il y a une absence de maintien en bon état des locaux ;

- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le montant retenu est disproportionné eu égard aux circonstances et à la gravité du manquement et également eu égard à ses ressources et à ses charges et à son comportement ;

La requête a été communiquée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Nouvelle-Aquitaine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par lettre du 29 novembre 2023, le tribunal a demandé à la SCEA de la rivière en application de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, de confirmer expressément le maintien des conclusions de sa requête dans un délai d'un mois.

Par un mémoire, enregistré le 22 décembre 2023, la SCEA de la rivière déclare maintenir ses conclusions, qu'elle estime recevables.

Par un courrier en date du 6 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 5 avril 2023 et la décision implicite de rejet intervenue après recours gracieux, dès lors que la décision expresse du 27 septembre 2023 a retiré la première décision du 5 avril 2023.

Par un mémoire enregistré le 12 novembre 2024, communiqué le même jour, la SCEA de la rivière a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public.

II - Par une requête enregistrée le 24 novembre 2023 sous le numéro 2306470 et un mémoire enregistré le 7 novembre 2024, la SCEA de la rivière, représentée par Me Laplace-Treyture, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 27 septembre 2023 par laquelle le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Nouvelle-Aquitaine a retiré la décision du 5 avril 2023 et a mis à sa charge des amendes administratives pour un montant total de 11 600 euros,

2°) de prononcer la décharge de la somme de 11 600 euros correspondant aux amendes administratives mises à son encontre ;

3°) à titre subsidiaire, de ramener à de plus justes proportions les amendes administratives mises à sa charge et de prononcer la décharge des sommes correspondant aux diminutions accordées.

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que l'administration a retiré la décision du 5 avril 2023 mais n'a pas retiré la décision implicite intervenue après recours gracieux ;

- l'administration a multiplié les amendes par quatre alors même qu'il n'est pas établi que quatre salariés seraient concernés ; un seul salarié doit être retenu ;

- elle méconnait le principe d'individualisation prévu à l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- il n'y a pas lieu de prononcer une amende pour absence d'armoire individuelle, dès lors qu'il y a bien un seul salarié qui est concerné par ce manquement et que celui-ci a bien une armoire individuelle ;

- il n'y a pas lieu de prononcer l'amende pour absence de mobilier adapté à la prise de repas dès lors que le mobilier présent était bien adapté à la prise de repas ;

- il n'y a pas lieu de prononcer une amende pour absence de maintien en bon état des locaux dès lors que le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la Nouvelle-Aquitaine n'a pas respecté les constatations de l'inspecteur du travail en considérant qu'il y a une absence de maintien en bon état des locaux ;

- la décision est entaché d'une erreur de droit, dès lors que le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Nouvelle-Aquitaine a fondé l'une de ses amendes sur la circonstance qu'il y ait une absence de mobilier adapté à la prise de repas, alors que cette condition n'est pas prévue à l'article 6 de l'arrêté du 1er juillet 1996 relatif à l'hébergement des travailleurs agricoles ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le montant retenu est disproportionné eu égard aux circonstances et à la gravité du manquement et également eu égard à ses ressources, à ses charges, à son comportement et à sa bonne foi.

Par un mémoire en défense, enregistrée le 6 février 2024, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

le code du travail ;

le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

' le rapport de M. Ferrari, président-rapporteur ;

' les conclusions de M. Willem, rapporteur public ;

- les observations de Me Laplace-Treyture, représentant la SCEA de la rivière.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile d'exploitation agricole de la rivière a fait l'objet d'un contrôle de ses installations par l'inspection du travail le 10 septembre 2021. A l'issue de ce contrôle et en raison de divers manquements qui lui ont été reprochés par l'inspection du travail au titre de la mise à disposition à ses salariés d'hébergements, soit l'absence d'armoire individuelle, l'absence de literies totalement équipées, l'absence de mobilier adapté à la prise de repas et l'absence de maintien des locaux en bon état, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Nouvelle-Aquitaine a mis à sa charge, sur le fondement de l'article L. 8115-1 du code du travail, des amendes pour non-respect des règles relatives à l'hébergement de ses salariés pour un montant total de 12 800 euros par une décision du 5 avril 2023. La SCEA de la rivière a formé un recours gracieux contre cette décision et en l'absence de réponse dans un délai de deux mois, elle demande l'annulation de la décision implicite née à la suite de ce recours ainsi que l'annulation de la décision du 5 avril 2023 (requête n°2305525). Puis, par une décision du 27 septembre 2023, dont la société requérante demande l'annulation (requête n°2306470), le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Nouvelle-Aquitaine a retiré la décision du 5 avril 2023 et a diminué le montant des amendes administratives en les ramenant à un total de 11 600 euros.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2305525 et 2306470 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 5 avril 2023 et la décision implicite intervenue après recours gracieux :

3. Aux termes de l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut retirer un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non créateur de droits que s'il est illégal et si le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant son édiction. ". Et aux termes de l'article L. 243-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 243-3, une mesure à caractère de sanction infligée par l'administration peut toujours être retirée. "

4. Il résulte de l'instruction que par une décision du 27 septembre 2023, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Nouvelle-Aquitaine a retiré la décision du 5 avril 2023. Si la société requérante soutient que le délai de 4 mois pour retirer cette décision était dépassé, une amende administrative constitue toutefois une mesure de sanction etpouvait donc être retirée à tout moment. En outre, la société requérante ne peut utilement soutenir que le fait de ne pas avoir retiré la décision implicite de rejet après recours gracieux implique que celle-ci existe toujours, dès lors que la décision expresse du 27 septembre 2023 a nécessairement eu également pour effet de remplacer cette décision implicite. Par ailleurs, la SCEA de la rivière ne saurait pas davantage utilement soutenir que ses conclusions présentées à l'encontre de la décision du 5 avril 2023 et de la décision implicite de rejet intervenue après recours gracieux demeurent recevables en arguant qu'une annulation potentielle de la décision du 27 septembre 2023 aurait pour effet de faire renaitre la décision du 5 avril 2023, dès lors que cette décision, ayant été retirée, n'existe plus. Enfin, ce retrait doit être considéré comme définitif dès lors que la décision du 27 septembre 2023 n'est attaquée qu'en tant qu'elle prononce des amendes administratives à l'encontre de la SCEA de la rivière et non en tant qu'elle retire la décision du 5 avril 2023. Par suite, les conclusions de la SCEA de la rivière dirigées contre la décision du 5 avril 2023 et la décision implicite de rejet intervenue après recours gracieux sont irrecevables et ne peuvent, pour ce motif, qu'être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 27 septembre 2023 :

5. En premier lieu, par une décision du 3 octobre 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Nouvelle-Aquitaine le 4 octobre 2022, le directeur régional de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Nouvelle-Aquitaine a donné délégation de signature à M. B A, directeur régional adjoint, chef du pôle du travail, notamment pour signer les courriers, décisions et actes relevant des pouvoirs propres du directeur. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision attaquée, mentionne les articles de droit dont il est fait application ainsi que les circonstances de fait qui ont été prises en compte pour déterminer le montant de l'amende. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, le requérant ne saurait utilement soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit au motif que la décision implicite de rejet née après recours gracieux contre la décision du 5 avril 2023 n'a pas été retirée, dès lors que comme il a été dit au point 4, la présente décision en litige remplace cette décision implicite.

8. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 719-10 du code rural et de la pêche maritime : " L'employeur encourt les amendes administratives prévues au premier alinéa de l'article L. 8115-1 et aux articles L. 8115-2 à L. 8115-7 du code du travail en cas de manquement : () 4° Aux dispositions de l'article L. 716-1 et aux mesures réglementaires prises pour son application relatives à l'hébergement. Les sanctions sont mises en œuvre dans les conditions définies à l'article L. 8113-7 du code du travail. " Selon l'article L. 716-1 du même code : " Lorsque les exploitations, entreprises, établissements ou employeurs définis à l'article L. 713-1 assurent l'hébergement des salariés et des membres de leur famille, cet hébergement doit satisfaire à des conditions, notamment d'hygiène et de confort, fixées par décret et tenant compte, le cas échéant, des conditions locales. () ". Aux termes de l'article L. 8115-1 du code du travail " L'autorité administrative compétente peut, sur rapport de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1, et sous réserve de l'absence de poursuites pénales, soit adresser à l'employeur un avertissement, soit prononcer à l'encontre de l'employeur une amende ". Aux termes de l'article L. 8115-3 du même code : " Le montant maximal de l'amende est de 4 000 euros et peut être appliqué autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement. ".

9. D'autre part, aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 1er juillet 1996 relatif à l'hébergement des travailleurs agricoles : b) Chaque travailleur doit avoir à sa disposition : () - une armoire individuelle fermant à clef () c) Les locaux où sont préparés et pris les repas sont équipés : () - de tables et de sièges. Cet équipement doit être suffisant pour que les travailleurs puissent, dans des conditions satisfaisantes, préparer leurs aliments et les consommer dans les délais dont ils disposent pour prendre le repas ". Et aux termes de l'article 6 du même arrêté : " 6. Le chef d'établissement assure : a) Le maintien en bon état des locaux, du matériel et du mobilier dont ils sont équipés ; ".

10. En l'espèce, d'une part, les amendes qui ont été infligées à la SCEA de la rivière ont été multipliées par quatre en raison de l'hébergement de quatre salariés dans le logement qui a fait l'objet du contrôle du 10 septembre 2021. La société requérante soutient qu'un seul salarié doit être pris en compte dès lors que si deux personnes étaient présentes lors du contrôle de l'inspecteur du travail, il est démontré que l'une d'entre elles travaille pour une autre société commerciale d'exploitation agricole. Il résulte toutefois de l'instruction et notamment des photographies des lieux prises par l'inspecteur du travail que le logement comporte 4 lits et qu'à proximité de chaque lit sont visibles les affaires personnelles de leurs occupants. Par ailleurs, il résulte des déclarations des personnes présentes sur les lieux, lors du contrôle de l'inspection du travail que le " le logement collectif est habituellement occupé par quatre personnes ". A cet égard, la circonstance que l'une des personnes présente le jour du contrôle travaille pour une autre société agricole, ne permet pas de remettre en cause la circonstance que le logement est habituellement occupé par quatre salariés.

11. D'autre part, comme il a été dit au point précédent, quatre salariés vivaient dans le logement au moment du contrôle de l'inspecteur du travail. En conséquence, il était nécessaire pour le chef d'établissement, au regard des dispositions citées au point 9, de leur fournir à chacun une armoire individuelle. Or, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté qu'il manquait deux armoires individuelles. Il résulte également de l'instruction et notamment des photographies des lieux prises par l'inspecteur du travail que les murs de l'une des chambres sont totalement décrépis et que les installations de la salle de bains apparaissent comme mal entretenues. Par ailleurs, l'inspecteur du travail a relevé dans ses observations du 21 octobre 2021 une " insuffisance de l'entretien de la salle d'eau avec une baignoire et un lavabo sales, d'un aspect jauni ; murs décrépis avec des morceaux de revêtements décollés dans l'une des deux chambres ". Enfin, il résulte de l'instruction et notamment des photographies prises sur les lieux par l'inspecteur du travail que le mobilier qui est utilisé pour la prise de repas est constitué d'une table basse, d'un canapé et deux chaises longues, et que l'inspecteur du travail a déclaré, dans les manquements qu'il a retenus dans ses observations du 10 octobre 2021 à la suite du contrôle " la présence d'un canapé et de deux chaises, de types chaises longues pliantes, ainsi qu'une table basse utilisés pour la configuration d'un espace de prise de repas dont le caractère approprié peut poser question ". Ainsi, au regard du mobilier précité et des constatations de l'inspecteur du travail, il y a lieu de considérer que ce mobilier n'est pas adapté à la prise de repas. Par suite, le moyen tiré de ce que la matérialité des manquements retenus par l'administration n'est pas établie doit être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 8115-4 du code du travail : " Pour déterminer si elle prononce un avertissement ou une amende et, le cas échéant, pour fixer le montant de cette dernière, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges. ".

13. Tout d'abord, il résulte de ce qui a été dit aux points 10 et 11 que la matérialité des manquements reprochés à la société sont établis. Ensuite, si la société requérante fait valoir que le montant de l'amende mis à sa charge est disproportionné eu égard aux circonstances et à la gravité du manquement, de ses ressources et de ses charges ainsi que de son comportement et de sa bonne foi, il résulte de l'instruction que pour fixer le montant des amendes, l'administration a bien appliqué la grille de lecture prévu à l'article L. 8115-4 du code du travail. En effet, alors que l'administration envisageait initialement une amende de 4 000 euros par salariés pour chaque manquement, elle a réduit cette sanction à 1 000 euros, voire à 600 euros en prenant en compte le comportement postérieur aux manquements de la SCEA de la rivière, qui a fait l'acquisition de plusieurs mobil-homes et a procédé à un meilleur aménagement de l'une des chambres. Enfin, si la société se prévaut de ce que la sanction représenterait une part importante de son résultat net comptable qui s'élève à 87 642, 72 euros pour la période allant du 1er novembre 2021 au 31 octobre 2022, le montant de l'amende, soit 11 600 euros, n'apparait pas comme étant disproportionné au regard du résultat net comptable ou du chiffre d'affaires de la société pour la même période qui s'élève à 951 591, 14 euros. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que les montants des amendes qui lui ont été infligées sont entachés d'erreurs manifestes d'appréciations et présentent un caractère disproportionnée ne peuvent qu'être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 27 septembre 2023 doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions de la requête :

15. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 27 septembre 2023, les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la SCEA de la rivière sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA de la rivière et au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la Nouvelle-Aquitaine.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024 où siégeaient :

- M. Dominique Ferrari, président,

- Mme Eve Wohlschlegel, première conseillère,

- Mme Khéra Benzaïd, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le président-rapporteur

D. Ferrari

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

E. Wohlschlegel

Le greffier,

Y. Jameau

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,, 2306470

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