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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2305636

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2305636

mercredi 19 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2305636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-1ère chambre
Avocat requérantSELARL FRANCK COHEN AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2023, M. A C, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul, ensemble les décisions de retrait de points suite aux infractions commises les 12 août 2017, 7 mars 2018 et 14 février 2018 et celle rejetant son recours gracieux formé le 31 juillet 2023 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire au capital reconstitué des points illégalement retirés ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- il n'a pas bénéficié de l'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion de la commission des infractions litigieuses ;

- les infractions en litige ne peuvent donner lieu à un retrait de point du permis de conduire, en application des dispositions de l'article L. 233-1 du code de la route dès lors qu'il n'a pas procédé au paiement des amendes afférentes et qu'il a contesté l'infraction du 12 août 2022.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 janvier 2025 le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été introduite après l'expiration des délais de recours contentieux ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cornevaux a été entendu en audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a commis diverses infractions au code de la route, notamment les 12 août 2017, 7 mars 2018, 14 février 2018 et le 12 août 2022, entraînant le retrait de l'ensemble des points afférents à son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI " du 13 mars 2023, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de l'intéressé pour solde de points nul. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de la décision " 48 SI ", ensemble les décisions de retrait de points qui y sont mentionnées ainsi que la décision rejetant son recours gracieux

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Lorsque l'administration oppose à un justiciable une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de l'action introduite devant un tribunal administratif à l'encontre d'une décision, il lui incombe d'établir que l'intéressé a reçu notification régulière de cette décision. En cas de retour à l'administration du pli contenant la décision, cette preuve peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

4. Il résulte de la réglementation postale, et notamment de l'instruction postale du 6 septembre 1990, qu'en cas d'absence du destinataire d'une lettre remise contre signature, le facteur doit, en premier lieu, porter la date de vaine présentation sur le volet " preuve de distribution " de la liasse postale, cette date se dupliquant sur les autres volets, en deuxième lieu, détacher de la liasse l'avis de passage et y mentionner le motif de non distribution, la date et l'heure à partir desquelles le pli peut être retiré au bureau d'instance et le nom et l'adresse de ce bureau, cette dernière indication pouvant résulter de l'apposition d'une étiquette adhésive, en troisième lieu, déposer l'avis ainsi complété dans la boîte aux lettres du destinataire et, enfin, reporter sur le pli le motif de non distribution et le nom du bureau d'instance. Compte tenu de ces modalités, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier et la date à laquelle la personne a été avisée.

5. Il résulte du relevé d'information intégral de M. C qu'à la suite d'une série d'infractions commises notamment les 12 août 2017, 7 mars 2018, 14 février 2018 et le 12 août 2022, des points ont été retirés de son permis de conduire et que ce dernier a par la suite été invalidé, le solde de points étant nul. Le ministre de l'intérieur produit l'accusé de réception d'une lettre, dont les références sont identiques à celles précisées sur le relevé d'information intégral du permis de conduire du requérant au paragraphe correspondant à la notification d'une lettre " 48SI " du 13 mars 2023 par laquelle a été constatée cette perte de validité fondée notamment sur les infractions les 12 août 2017, 7 mars 2018, 14 février 2018 et 12 août 2022. Cet accusé de réception indique que le pli a été envoyé le 13 mars 2023 au domicile du requérant à Artigues près Bordaux et est revenu revêtu de la mention " pli avisé et non réclamé ". Ces éléments sont suffisamment clairs, précis et concordants pour permettre de considérer que ce pli doit être, dès lors, regardé comme régulièrement notifié à la date de sa présentation, soit le 13 mars 2023, le requérant s'étant abstenu d'aller le retirer au bureau de poste sans que M. C n'allègue ni n'apporte d'élément de nature à démontrer que la décision critiquée n'aurait pas comporté la mention des voies et délais de recours. Ainsi, le délai de recours contentieux a commencé à courir 13 mars 2023 pour s'achever le 13 mai 2023. Dès lors, à la date d'enregistrement de la présente requête, le 12 octobre 2023, la décision 48 SI et les décisions de retraits de points qui y sont mentionnés dont M. C demande l'annulation étaient devenues définitives, nonobstant l'introduction d'un recours gracieux le 31 juillet 2023, au-delà de l'expiration du délai de recours contentieux.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C, enregistrée le 12 octobre 2023, est manifestement tardive et par suite, irrecevable. Elle doit donc être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de 1'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2025

Le président-rapporteur,

G. CORNEVAUX

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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