jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2305721 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ULDRIF ASTIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 17 octobre 2023 et le 6 décembre 2023, M. C, représenté par Me Astié, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- elle a été signée par une autorité qui ne justifie pas qu'elle avait compétence pour le faire ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière dès lors, notamment que sa motivation est stéréotypée, qu'elle ne prend pas en compte sa situation particulière et notamment sa durée de présence sur le territoire ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'au regard des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la commission du titre de séjour n'a pas été saisie alors même qu'il est présent depuis plus de vingt ans sur le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est arrivé en France en 2000, qu'il est parfaitement intégré sur le territoire, qu'il a déjà travaillé en France de façon régulière et qu'il justifie d'une promesse d'embauche.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière dès lors, que sa motivation est stéréotypée, qu'elle ne prend pas en compte sa situation particulière et notamment sa durée de présence sur le territoire ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du préfet de la Gironde dès lors que de surcroît, toute sa famille se trouve sur le territoire français ;
- l'illégalité de la décision de refus de séjour entraine par voie de conséquence la privation de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français entraine par voie de conséquence la privation de base légale de la décision fixant le pays de destination ;
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière dès lors, que le préfet n'a pas motivé sa décision au regard des quatre critères prévus par l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est dépourvue de base légale dès lors que les décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire sont illégales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle dès lors notamment que sa vie privée est établie en France auprès de sa famille.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires enregistrés le 4 décembre 2023 et le 7 décembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridictionnelle,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 27 septembre 1971, ressortissant algérien, déclare être entré en France en 2000. Le 25 avril 2005, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pris à son encontre un arrêté de reconduite à la frontière, dont la légalité a été admise tant par un jugement du tribunal administratif de Pau n°0500945 du 4 mai 2005 que par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux n°05BX01092 du 28 juin 2005. Le 23 novembre 2020, il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 19 février 2021 et confirmée le 18 octobre 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 21 novembre 2021, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 21 novembre 2022, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour au titre de la reconnaissance du statut de réfugié, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination. Par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux n° 2206472 du 26 janvier 2023, la requête de M. C à l'encontre de l'arrêté du 21 novembre 2022 a été rejetée. Le 26 novembre 2021, M. C a déposé une demande de titre de séjour à la préfecture de la Gironde dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un jugement du 6 mars 2023, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé la décision implicite de la préfète de la Gironde du 29 mars 2022 de refus de lui délivrer un titre de séjour et l'a enjoint à réexaminer la demande de titre de séjour de M. C. A la suite de ce jugement, le préfet de la Gironde a procédé au réexamen de la demande et, par un arrêté du 2 juin 2023, il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une période de deux ans. M. C demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2023 et la délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions :
2. Il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que Mme B D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté attaqué, disposait par arrêté du 31 mars 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 33-2023-060 de la préfecture, d'une délégation de signature du préfet de la Gironde à l'effet de signer, en l'absence du directeur des migrations et de l'intégration, en matière d'éloignement " Toutes décisions, documents et correspondances () pris en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII (partie législative et réglementaire) du CESEDA " et en matière de droit au séjour " Toutes décisions, documents et correspondances () pris en application des livres II, IV et VIII (partie législative et réglementaire) du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les décisions attaquées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur des migrations et de l'intégration n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contenues dans l'arrêté attaqué portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour, doit être écarté.
En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :
3. En premier lieu, les décisions de refus de séjour, qui constituent des mesures de police, doivent être motivées en application du 1° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
4. L'arrêté en litige vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que pour prononcer un refus d'admission au séjour, le préfet de la Gironde a pris en considération les éléments relatifs à la situation personnelle de M. C, il précise notamment que " M. C est entré en France à une date indéterminée muni d'un visa C valable jusqu'au 9 octobre 2017 pour une durée de séjour autorisée en France de 90 jours ; () ". Il précise également que M. C se maintient en France en dépit d'une obligation de quitter le territoire prononcée le 21 novembre 2022 dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Bordeaux le 26 janvier 2023. Il indique qu'il a sollicité son admission au séjour le 21 novembre 2021 dans le cadre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. L'arrêté donne des précisions sur sa situation familiale en indiquant qu'il est démuni de toute attache privée ou familiale proche et stable en France, que ses parents et sa fratrie résident dans son pays d'origine et enfin qu'il ne produit aucun document établissant son insertion durable dans la société française. Si M. C allègue que l'arrêté ne prend pas en compte sa durée de séjour en France qu'il estime à " plus de vingt ans ", cette durée ne ressort pas des pièces du dossier et la préfète n'a pas commis d'erreur en indiquant que M. C était " entré en France à une date indéterminée muni d'un visa C valable jusqu'au 9 octobre 2017 pour une durée de séjour autorisée en France de 90 jours ", ainsi qu'il ressortait des éléments en sa possession à la date de l'arrêté. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisante motivation de la décision de refus de séjour attaquée doit être écarté comme manquant en fait. Il résulte de cette motivation que le préfet de la Gironde a procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. C.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du CESEDA : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Aux termes de l'article R. 432-7 du même code : " L'autorité administrative compétente pour saisir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 est le préfet ou, à Paris, le préfet de police./ La demande d'avis est accompagnée des documents nécessaires à l'examen de l'affaire, comportant notamment les motifs qui conduisent le préfet à envisager une décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour ou une décision de retrait d'un titre de séjour dans les conditions définies à l'article L. 432-13, ainsi que les pièces justifiant que l'étranger qui sollicite une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 réside habituellement en France depuis plus de dix ans. ".
6. M. C soutient que le préfet de la Gironde aurait dû saisir la commission du titre de séjour mentionnée à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il résiderait habituellement en France depuis " plus de vingt ans ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière le 25 avril 2005 assorti d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans, et le préfet fait valoir sans être contredit qu'à la suite de cette mesure d'éloignement, M. C est retourné dans son pays d'origine en 2005. Le préfet verse au dossier une copie du passeport de M. C qui atteste d'un retour en France le 18 septembre 2017, muni d'un visa C valable jusqu'au 9 octobre 2017 pour une durée de séjour autorisée en France de 90 jours et qu'il a quitté le territoire le 30 septembre 2019. Il ressort de la fiche de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides versée au dossier que sa demande d'asile a été enregistrée par l'Office le 3 décembre 2020 et qu'il avait déclaré être entré sur le territoire le 20 septembre 2020. Par ailleurs, s'il verse au dossier des justificatifs de présence en France pour les années 2003, 2004, 2005, 2014, 2019, 2020 et 2021, d'une part, la preuve de présence de 2014 qui indique une date de 2004 n'est pas probante, d'autre part, il n'apporte à tout le moins aucun élément de nature à établir le caractère habituel de son séjour sur le territoire au titre des années 2015, 2016, 2017 et 2018. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait eu sa résidence habituelle en France pendant plus de dix ans à la date de la décision litigieuse. Dès lors, le préfet de la Gironde n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour et il n'a pas entaché sa décision d'un vice de procédure en refusant de délivrer un titre de séjour à M. C.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a déjà été dit, que M. C doit être regardé comme étant entré en France pour la dernière fois en 2020. S'il verse au dossier deux promesses d'embauche et de contrat de travail datées du 8 décembre 2022 et du 16 octobre 2023 pour un poste de plombier-chauffagiste, en l'absence de justificatif de travail effectif et alors même qu'il ne possède pas d'autorisation de travail en France, ces seuls documents ne sauraient suffire à établir son insertion par le travail en France. En outre, il soutient que sa famille réside en France, mais il ressort de la fiche famille complétée le 26 novembre 2021 lors du dépôt de sa demande de titre de séjour que son père, sa mère et ses trois frères et sœurs vivent en Algérie. En outre, à l'exception des deux promesses d'embauche établies par le même employeur, il ne produit aucun élément susceptible d'établir son insertion sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision portant refus de séjour en litige n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. Dès lors, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du CESEDA : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ".
10. L'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour prononcer une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le préfet de la Gironde a spécifiquement pris en considération la circonstance que M. C ne se trouvait dans aucun des cas mentionnés à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans lesquels il ne pourrait faire l'objet d'une telle mesure. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté. Eu égard à cette motivation, le préfet de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant.
11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Le préfet n'a commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste d'appréciation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en obligeant M. C à quitter le territoire.
12. En troisième lieu, si M. C invoque une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen est inopérant à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire.
13. En quatrième lieu, aucun des moyens dirigés à l'encontre de la décision portant refus de séjour n'étant fondé, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. L'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, M. C n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, leur illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L.612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
16. La décision par laquelle le préfet de la Gironde a fait interdiction à M. C de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et elle mentionne les articles L. 612-8 et L. 612-10 de ce code. En outre, elle indique qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement Dans ces conditions, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement. Par suite, cette décision est suffisamment motivée et révèle que le préfet de la Gironde a procédé à un examen particulier de la situation de M. C.
17. En deuxième lieu, le préfet de la Gironde a fondé l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans faite à M. C sur les motifs qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Or, il ressort effectivement des pièces du dossier que M. C a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise par le préfet Pyrénées-Atlantiques qui a été exécutée le 17 mai 2005. En outre, il ressort également des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une seconde mesure d'éloignement le 21 novembre 2022. Enfin, ainsi qu'il a été dit, et contrairement à ce qu'il soutient, M. C ne peut se prévaloir d'une présence en France depuis 2003 alors qu'il a déclaré lors du dépôt de sa demande d'asile être entré en dernier lieu sur le territoire national le 20 septembre 2020 et que les pièces qu'il produit ne révèlent pas sa présence continue en France antérieurement à cette date. Par suite, et alors même qu'il ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur d'appréciation en édictant, à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 2 juin 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés à l'occasion du litige sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme E et Mme Fazi-Leblanc, premières conseillères,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
La rapporteure,
S. FAZI-LEBLANC
Le président,
D. FERRARILa greffière,
É. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026