mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2305788 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrées les 20 octobre et 21 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Abadel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office à l'issue de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 5 jours à compter de la notification du jugement, puis un titre de séjour d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter de cette notification ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- cette décision est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation professionnelle, en particulier au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision a méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- cette décision a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- cette décision a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Jaouën a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 25 mai 1998, a déposé le 30 mars 2022 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 septembre 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office à l'issue de ce délai. Dans le cadre de la présente instance, M. C demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions précitées.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne tant les motifs de droit que les éléments de fait caractérisant la situation du requérant et sur lesquels le préfet de la Gironde s'est fondé pour prendre la décision en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait insuffisamment motivé doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté contesté que le préfet de la Gironde a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En vertu du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatives, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C, arrivé en France à l'âge de seize ans et pris en charge par l'aide sociale à l'enfance de 2015 à 2018, a résidé régulièrement en France, sous couvert de titres de séjour en qualité d'étudiant, jusqu'au 21 septembre 2021, date à laquelle la préfète de la Gironde a pris un arrêté refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort de ces mêmes pièces que M. C a accompli ses études secondaires en France et a obtenu en 2017 un certificat d'aptitude professionnelle " préparation et réalisation d'ouvrage électriques ". Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait obtenu son baccalauréat professionnel " maintenance des équipements industriels " initié en alternance en 2017. En outre, si le requérant a travaillé depuis 2019 d'abord à la SNCF dans le cadre d'un contrat d'alternance puis en tant qu'électricien intérimaire auprès de la société Adequat et que cette société a présenté, le 25 mars 2022, une demande d'autorisation de travail au bénéfice du requérant et établi, le 12 novembre 2022, une promesse d'embauche, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ait exercé une activité professionnelle postérieurement au mois de décembre 2021.
6. D'autre part, le requérant est père d'un enfant mineur, né en France le 15 avril 2019 et vivant en France avec sa mère de nationalité angolaise, dont il est séparé et dont il ne conteste pas qu'elle réside irrégulièrement en France. Toutefois, les éléments qu'il produit, à savoir une attestation d'assurance scolaire datée du 9 septembre 2021, deux mandats de virements bancaires du 21 novembre 2019 pour un montant de 120 euros et du 15 décembre 2021 pour un montant de 150 euros et trois billets de train non datés pour des trajets de Paris à Belfort, où vit l'enfant, sont anciens et ne suffisent pas à établir qu'il contribue régulièrement à son entretien et son éducation. En outre, s'il soutient que ses parents sont décédés, il ne produit aucun élément de nature à l'établir, alors qu'il a déclaré dans sa demande de titre de séjour qu'ils résidaient en République démocratique du Congo, de même que son frère ou sa sœur. Le requérant produit par ailleurs une déclaration de concubinage, datée du 12 décembre 2023, indiquant qu'il vit avec une compatriote en situation régulière depuis le 1er février 2022, un justificatif de domicile aux deux noms établi par leur fournisseur d'électricité daté du 29 novembre 2023 et des éléments indiquant que la compagne de M. C est enceinte depuis le 11 août 2023, soit depuis environ un mois à la date de la décision attaquée, d'un enfant qui n'avait pas encore été reconnu par le requérant à la date de cette décision. Toutefois, ces éléments, pour certains postérieurs à la décision litigieuse, ne permettent pas d'établir l'ancienneté de leur relation puis de leur vie commune. Enfin, il n'est pas établi que l'éloignement du requérant ferait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en République démocratique du Congo, dont sa concubine alléguée est ressortissante.
7. Dans ces circonstances, en refusant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Gironde n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par ces mesures et n'a pas davantage méconnu l'intérêt supérieur de son premier enfant ou de l'enfant à naître. Par suite, il n'a pas méconnu les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 6, le requérant n'établit pas que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie personnelle et ne justifie en particulier pas de l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels propres à justifier une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 septembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bourgeois, président,
Mme Jaouën, première conseillère,
M. Josserand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
S. JAOUËN
Le président,
M. BOURGEOIS La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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