jeudi 18 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2305921 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 octobre 2023 et des pièces complémentaires enregistrées les 13 novembre 2023 et 5 décembre 2023, M. B D, représenté par Me Jouteau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 813 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- l'arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour ;
- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 7 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 décembre 2023.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Jouteau représentant M. D,
- le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant tunisien, né le 27 juillet 1989, déclare être entré irrégulièrement en France le 1er septembre 2016 et s'est marié le 22 mai 2021 avec une ressortissante de nationalité française. Il a fait une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 28 septembre 2022. Par un arrêté du 25 septembre 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. D et Mme A se sont rencontrés en mai 2020. De cette rencontre est née une relation qui s'est conclue par un mariage célébré le 22 mai 2021 à Bordeaux. Le préfet de la Gironde ne conteste pas la réalité de cette relation, toutefois, il ressort des éléments produits que cette relation est relativement récente. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. D est entré irrégulièrement en France le 1er septembre 2016. Il est présent depuis cette date sur le territoire, cependant, sa présence n'est due qu'à son maintien irrégulier. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé ne justifie pas être isolé dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à ses vingt-sept ans. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucune insertion particulière ou de liens sur le territoire, hormis la production d'attestions émanant des proches de son épouse. Enfin, si le requérant se prévaut d'une polyarthrite qui fait l'objet d'un suivi médical dont il affirme que l'accès au traitement serait rendu plus difficile en Tunisie, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il reconnait que le défaut de prise en charge de cette affection n'aurait pas de conséquence d'une exceptionnelle gravité sur sa santé. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ne méconnait pas les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français :/ a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé sa nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état-civil français ; ".
5. Contrairement à ce que soutient M. D, ces stipulations telles que modifiées par l'avenant du 8 septembre 2000, conditionne l'octroi d'un titre de séjour de plein droit au tunisien marié à un ressortissant français, à la régularité de son séjour sur le territoire français. Or, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté, que M. D est entré irrégulièrement sur le territoire. Par conséquent, il ne pouvait pas bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de ces stipulations.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; ".
7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 5 que M. D ne satisfaisait pas aux conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des articles précités et par voie de conséquence, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-13.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
8. La décision portant refus d'octroi d'un titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le refus de titre de séjour et par voie de conséquence, la mesure d'éloignement ne méconnaissent pas le droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale telle que garantie par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 25 septembre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 4 janvier 2024 où siégeaient :
- M. Dominique Ferrari, président,
- Mme Eve Wohlschlegel, première conseillère,
- Mme Stéphanie Fazi-Leblanc, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.
Le président-rapporteur
D. C
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
E. Wohlschlegel
La greffière,
E. Souris
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2305921
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026