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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306071

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306071

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. B A, ressortissant capverdien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Gironde du 11 septembre 2023 refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et lui interdisant le retour pour deux ans. Le tribunal a estimé que, malgré l'ancienneté de son mariage avec une ressortissante française et l'absence de nouveaux actes de violence, la menace grave pour l'ordre public constituée par sa condamnation pour violences conjugales justifiait le refus de séjour, en application de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des articles L. 423-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision a ainsi confirmé la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 28 novembre 2023 et régularisés le 14 septembre 2024, M. E B A doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office à l'issue de ce délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour.

Il soutient que :

- son comportement ne peut être regardé comme présentant une menace grave et actuelle pour l'ordre public dès lors qu'il a respecté les décisions du tribunal judiciaire quant à l'éloignement du domicile conjugal jusqu'au 23 août 2022 et au suivi probatoire mensuel, qu'il a effectué pendant un an avec assiduité et sérieux, que son sursis probatoire a pris fin, que l'emprise de l'alcool a été limitée et transitoire et qu'il n'a pas commis de nouvel acte de violence ;

- la vie conjugale, qui dure depuis 25 ans, avec 4 ans de mariage, a repris depuis le 23 août 2022 ;

- M. B A remplit les conditions posées par l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de Français, étant entré en France sous couvert d'un visa de long séjour obtenu en cette qualité et le mariage ayant été transcrit sur les registres de l'état civil français ;

- à la date de la deuxième demande de renouvellement du titre de séjour de M. B A, le 5 novembre 2021, aucune infraction ne pouvait être retenue à son encontre, le délai de réponse de la préfecture étant à l'origine de la perte de son emploi et de son autonomie financière, de l'impossibilité pour lui de se rendre au Cap Vert pour assister sa mère dans ses derniers jours, d'un état dépressif important, d'une alcoolisation massive passagère à l'origine de son passage à l'acte et d'une désinsertion sociale ;

- l'arrêté en litige porte atteinte à leur vie commune depuis 25 ans, leurs liens étant intenses et anciens et les faits ayant donné lieu à la condamnation de M. B A constituant un épisode malencontreux et isolé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaouën,

- et les observations de M. B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B A, ressortissant capverdien né le 24 novembre 1966, est entré en France le 25 novembre 2018 muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français. Il s'est ensuite vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 14 novembre 2021. M. B A a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour auprès de la préfète de la Gironde le 5 novembre 2021. Par un arrêté du 17 mai 2022, la préfète de la Gironde a toutefois refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné à défaut de se conformer à cette obligation et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. Les recours formés par l'intéressé contre cet arrêté ont été rejetés par un jugement de ce tribunal du 22 septembre 2022 et par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 29 mars 2023. M. B A a sollicité, le 7 août 2023, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 septembre 2023, le préfet de la Gironde a de nouveau refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office à l'issue de ce délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Dans le cadre de la présente instance, M. B A demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du 11 septembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B A a été condamné par le tribunal correctionnel de Bordeaux, le 23 août 2022, à une peine de deux mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant un an, avec obligation de soins, prononcée pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, en l'espèce 1 jour, par une personne étant ou ayant été conjoint survenus le 26 février 2022. Il ressort toutefois de ces mêmes pièces que le casier judiciaire de l'intéressé est par ailleurs vierge, qu'il ne s'est pas fait connaître défavorablement des services de police pour d'autres infractions et qu'il a suivi l'ensemble des obligations prescrites dans le cadre de son contrôle judiciaire et dans le cadre de son sursis probatoire, ainsi qu'il résulte d'une attestation du 9 juin 2023 établie par le service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) de la Gironde, qui indique que l'intéressé se présente à toutes les convocations du SPIP, se montre réceptif au suivi et ouvert aux échanges et respecte ses obligations générales et particulières, et de l'attestation de fin de suivi établie par ce service le 1er septembre. Ainsi, compte tenu de l'ensemble de ces éléments et des circonstances particulières de l'espèce, le comportement de M. B A ne peut être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la relation entre M. B A et Mme D a débuté en 1998 et que les intéressés se sont rendus visite régulièrement, soit en France, soit au Cap-Vert, jusqu'en 2018, année de leur mariage au Cap-Vert et de l'arrivée en France de M. B A sous couvert d'un visa de long séjour obtenu en qualité de conjoint de Français. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que la vie commune entre les époux n'a pas cessé jusqu'à l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bordeaux du 27 février 2022, qui a placé M. B A sous contrôle judiciaire avec interdiction d'entrer en relation avec son épouse et de paraître au domicile du couple dans l'attente de son procès, et qu'elle a repris immédiatement après la tenue de ce procès, le 23 août 2022. Eu égard à l'ancienneté de leur relation, à celle de leur mariage et de leur vie commune sur le territoire français et dès lors que la présence sur le territoire français de M. B A ne peut être regardée comme représentant une menace pour l'ordre public, le requérant est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Gironde a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par ces mesures.

5. Il en résulte, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prises le 11 septembre 2023 par le préfet de la Gironde à l'encontre de M. B A doivent être annulées ainsi que, par voie de conséquence, les décisions fixant le pays de destination et lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de délivrer à M. B A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 11 septembre 2023, par lequel le préfet de la Gironde a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office à l'issue de ce délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à M. B A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B A et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bourgeois, président,

Mme Jaouën, première conseillère,

M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

S. JAOUËN Le président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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