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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306119

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306119

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantJOUTEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Jouteau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation personnelle et lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail, dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision portant refus de titre de séjour n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pinturault,

- et les observations de Me Jouteau, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 31 octobre 1990, est entré sur le territoire français le 16 octobre 2016, sous couvert d'un visa de long séjour valable jusqu'au 12 octobre 2017. Il a été titulaire, en dernier lieu, d'un titre de séjour en tant qu'étudiant, valable du 22 novembre 2019 au 21 novembre 2020. Par un arrêté du 18 décembre 2020, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 22 mars 2022, le préfet de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement prononcé le 13 avril 2023, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé la décision par laquelle le préfet de la Gironde a implicitement rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'il a déposée le 10 novembre 2021 et a enjoint à cette autorité de procéder à un nouvel examen de cette demande. Par un arrêté du 13 avril 2013, le préfet de la Gironde, après avoir procédé à cet examen, a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité, a fait à M. A obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que, dans la demande d'admission exceptionnelle au séjour que M. A a formée le 10 novembre 2021, l'intéressé a expressément fait état de son orientation sexuelle et des risques qui en découlent selon lui en cas de retour dans son pays d'origine, notamment en raison de la répression légale de l'homosexualité par le droit pénal tunisien. Dans les motifs de la décision contestée, le préfet de la Gironde s'est borné à affirmer que, d'une part, la situation personnelle et familiale de M. A ne répond pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels, au sens des dispositions légales précitées, et que, d'autre part, l'intéressé ne démontre pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Si cette autorité a pris en compte, pour faire cette appréciation, différents aspects de la situation personnelle du requérant, comme la durée de sa présence en France et la présence de membres de sa famille sur le territoire français, elle n'a en revanche pas examiné les risques qu'il soutient encourir en Tunisie à cause de son homosexualité déclarée, alors même que ce motif était la raison principale de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, au titre de considérations humanitaires, et qu'il avait joint à sa demande plusieurs pièces justificatives sur ce point. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen et à en solliciter, pour ce motif, l'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions subséquentes par lesquelles le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, dès lors que la mesure d'éloignement dont a été assortie la décision de refus de titre de séjour a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'elle trouve ainsi sa base légale dans cette même décision, entachée d'illégalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

3. Au regard des motifs qui fondent l'annulation de l'arrêté attaqué, et après examen des autres moyens, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Gironde de procéder à un nouvel examen de la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jouteau, avocate du requérant, d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Gironde du 1er juin 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de procéder à un nouvel examen de la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Jouteau une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Gironde et à Me Jouteau.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

Le rapporteur,

M. PINTURAULT

La présidente,

C. CABANNE La greffière,

M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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