mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2306174 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Trebesses, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Gironde a implicitement refusé de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a méconnu les stipulations des articles 3-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que postérieurement à la décision litigieuse, il a convoqué le requérant afin d'examiner son dossier, que celui-ci n'a remis ses justificatifs d'identité que le 16 avril 2024, lesquels ont par ailleurs été retenus pour vérification, et qu'en l'absence de ces pièces, son dossier était incomplet et doit être considéré comme irrecevable ; qu'en outre il bénéficie d'un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 17 juillet 2024.
Par une décision du 23 janvier 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a refusé de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Une note en délibéré a été enregistrée pour M. B le 3 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgeois, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Trebesses, représentant M B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 10 août 1997, ressortissant de la République démocratique du Congo, est entré en France en 2013 en qualité de mineur non accompagné et a été placé à ce titre à l'aide sociale à l'enfance. Une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " lui a été délivrée le 27 avril 2015 et a expiré le 26 avril 2016. Il s'est depuis lors vu délivrer des récépissés de demande de titre de séjour constamment renouvelés jusqu'au 14 juin 2023. Le 15 mai 2023, il a déposé une nouvelle demande de titre de séjour et s'est vu remettre à cette occasion un nouveau récépissé de demande valable jusqu'au 23 octobre 2023. M. B demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre intervenue le 16 septembre 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet au terme d'un délai de quatre mois.
3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la demande de titre de séjour présentée pour M. B le 15 mai 2023, l'administration ne lui a pas indiqué que cette demande était incomplète mais lui a, au contraire, délivré le 24 juillet 2023, après instruction de son dossier, un récépissé de demande de titre de séjour. Si le préfet de la Gironde soutient que cette demande était incomplète, il résulte de ses propres écritures qu'il a demandé à M. B de compléter cette demande en produisant une copie de son passeport, pour la première fois, le 17 novembre 2023, postérieurement à la naissance d'une décision implicite de rejet. Enfin, le préfet reconnaît, en défense, que dans l'attente de la production du passeport de l'intéressé, il n'a pas procédé à l'examen de cette demande de titre.
4. Par suite et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, il y a lieu d'annuler, pour défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé, la décision implicite du 16 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à la décision attaquée, le préfet de la Gironde a invité le requérant à déposer en préfecture des pièces complémentaires afin de pouvoir réexaminer sa demande, lui a délivré dans l'attente, le 17 novembre 2023, un nouveau récépissé de demande de titre et doit ainsi être regardé comme ayant repris l'instruction de sa demande. Dans les conditions particulières de l'espèce, il n'y a dès lors pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction de la requête.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
6. La demande d'aide juridictionnelle de M. B a été rejetée par une décision du 23 janvier 2024. Dans ces conditions, l'avocat de l'intéressé ne peut prétendre au versement, par l'Etat, de la somme sollicitée sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite du 16 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Trebesses et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bourgeois, président,
- Mme Jaouën, première conseillère,
- M. Josserand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 septembre 2024.
Le président-rapporteur
M. BOURGEOIS L'assesseure la plus ancienne
S. JAOUËN La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2306174
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