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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306176

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306176

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. A, ressortissant sénégalais, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination pris par le préfet de la Gironde. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et d'insuffisance de motivation de la décision de refus de séjour. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée en droit et en fait, et que la délégation de signature était régulièrement publiée et applicable. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. A, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2023, M. J A, représenté par Me Diompy, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à cette mesure ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il n'est pas établi que la signataire de l'acte disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ; la délégation de signature, à supposer qu'elle existe, est incomplète ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a méconnu les dispositions du 6° de l'article L. 511-4 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu 5° de l'article L. 611-3 ;

- elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est illégale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 février 2024.

Par une ordonnance du 9 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jaouën a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. J A, ressortissant sénégalais né le 6 mai 1990, est entré régulièrement en France le 21 novembre 2010, muni d'un visa de type D valable jusqu'au 19 novembre 2011. Le 14 décembre 2022, il a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 octobre 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à cette mesure. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 février 2024. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-164 le même jour, donné délégation à Mme H G, adjointe à la cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B F et de Mme I E. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas allégué, que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne tant les motifs de droit que les éléments de fait caractérisant la situation du requérant et sur lesquels le préfet de la Gironde s'est fondé pour prendre la décision en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est le père d'un enfant mineur de nationalité française né le 19 avril 2012 de son union avec Mme C, une ressortissante française dont il est séparé. Par un jugement du 16 mai 2019, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance d'Evreux, devant lequel le requérant a déclaré ne pas avoir vu son fils depuis 2017, a relevé l'absence d'investissement de l'intéressé dans l'éducation de son fils, a attribué l'exercice exclusif de l'autorité parentale à la mère, a précisé que le droit d'accueil du père devait s'exercer pendant les vacances scolaires en Normandie et a mis à la charge de celui-ci une pension alimentaire d'un montant de 75 euros par mois. Pour établir qu'il exerce le droit de visite consenti par ce jugement, M. A se borne à produire deux attestations de la mère de l'enfant, datées du 20 avril 2019 et du 25 octobre 2023, qui indiquent, de manière très peu circonstanciée, qu'il rend visite à son fils pendant les vacances scolaires et ne conteste pas qu'il n'a produit à cet égard, devant le préfet, que des billets de transports entre Paris et Bordeaux, de sorte qu'il n'établit pas qu'il contribuerait à l'éducation de son enfant. En outre, M. A ne conteste pas les mentions de l'arrêté litigieux selon lesquelles il n'établit avoir versé une pension alimentaire de 75 euros par mois qu'entre octobre et décembre 2019 et entre mars et octobre 2020 et ne verse au dossier aucun élément de nature à établir qu'il s'acquitterait de la pension alimentaire mise à sa charge ou qu'il en serait empêché par son impécuniosité. Par suite, il n'établit pas davantage contribuer à l'entretien de son enfant. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. A, le préfet de la Gironde n'a pas, en édictant l'arrêté attaqué, méconnu les dispositions de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. M. A se prévaut de sa présence en France depuis 2011 et des liens personnels et familiaux dont il dispose sur le territoire national, en particulier de la présence en France de son enfant mineur ainsi que de trois des quatre membres de sa fratrie. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, M. A ne justifie pas de sa contribution à l'éducation et à l'entretien de son enfant, ni des liens qu'il entretiendrait avec lui. Par ailleurs, malgré la présence en France de trois de ses frères et sœurs, il n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans et où résident son père et une de ses sœurs. En outre, si le requérant produit une attestation de Mme D, qui affirme être sa compagne depuis juin 2021, il ne produit aucun élément démontrant l'intensité de leur relation et notamment pas l'existence d'une communauté de vie alors que Mme D a déclaré résider à Chartres, en Eure-et-Loir. Enfin, M. A n'établit pas être particulièrement intégré dans la société française alors que le préfet indique, sans être contesté, qu'il est, au contraire, défavorablement connu des services de police dès lors qu'il a été signalé pour des faits de port ou transport illégal d'arme de catégorie 6 et de vol avec violences avec ITT de moins de 8 jours le 24 juin 2012, de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, de violence par une personne en état d'ivresse manifeste sans incapacité le 16 octobre 2021 et d'usage illicite de stupéfiants le 8 décembre 2022. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences de la décision en litige sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision contestée : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 du présent jugement, M. A n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, le préfet de la Gironde n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il y a également lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet dans l'appréciation de sa situation.

13. En troisième lieu, aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. Ainsi qu'il a été dit au point 6, M. A n'établit pas contribuer effectivement à l'éducation et à l'entretien de son fils. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité, de sorte que le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

16. En second lieu, pour fixer le pays de destination, le préfet de la Gironde indique que M. A n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision attaquée, qui permet par ailleurs de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen approfondi de la situation du requérant, est suffisamment motivée.

17. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office à l'issue de ce délai. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. J A et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bourgeois, président,

Mme Jaouën, première conseillère,

M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

S. JAOUËN Le président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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