Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306435
lundi 18 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2306435 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Dufraisse, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour, a refusé d'abroger l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et lui a enjoint, une nouvelle fois, de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde d'abroger les décisions du 12 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour pour une durée de trois ans ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de fait en refusant de reconsidérer son droit au séjour dès lors qu'il présentait pour la première fois un dossier complet ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiqué au préfet de la Gironde, qui n'a pas produit d'observations en défense.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 août 2023.
Par une ordonnance du 28 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delvolvé, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Dufraisse, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant béninois né le 1er janvier 1996, déclare être entré sur le territoire français en décembre 2017. Le 27 mars 2023, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour pour une durée de trois ans à compter de l'exécution de cette décision et l'a inscrit au fichier système d'information Schengen (SIS) Par un courrier réceptionné le 30 mars 2023 par la préfecture de la Gironde, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par une décision du 12 juin 2023, le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour, a refusé d'abroger l'arrêté du 27 mars 2023 et lui a enjoint, une nouvelle fois, de quitter le territoire français. M. B sollicite l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Pour rejeter la demande de titre de séjour, le préfet de la Gironde a estimé, sans l'établir, que le requérant avait déjà fait l'objet d'une décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour en date du 17 décembre 2021. Cependant, il est constant que les décisions qui lui avaient été précédemment opposées avaient conclu à l'irrecevabilité des demandes de titre de séjour précédemment déposées par M. B. Dans ces conditions, la décision du 12 juin 2023 est entachée d'une erreur de fait qui, à elle seule, est de nature à entrainer son annulation dès lors qu'elle a été déterminante dans l'appréciation faite par le préfet de la Gironde qui s'est abstenu de vérifier que le requérant pouvait ou non bénéficier d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Ainsi, en s'abstenant de se prononcer au regard des différentes conditions posées par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Gironde a entaché sa décision d'illégalité.
3. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 12 juin 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
4. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que l'administration procède au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par M. B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 août 2023. Son conseil peut donc se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dufraisse, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dufraisse de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 12 juin 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Dufraisse en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Dufraisse et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président-rapporteur,
Mme Mounic, première conseillère,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2024.
La première assesseure,
S. MOUNIC Le président-rapporteur,
Ph. DELVOLVÉ
La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2306435