vendredi 8 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2306564 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SP AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Pather, demande au juge des référés, sais sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde d'enregistrer sa demande et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est maintenue dans une situation de précarité extrême ; elle ne peut travailler et ne dispose d'aucune ressource ;
- la mesure sollicitée est utile car cela fait plus de cinq mois qu'elle attend une réponse à sa demande et n'a d'autre moyen pour obtenir l'enregistrement de celle-ci ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à aucune décision de l'administration en l'absence de réponse à sa demande ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête ; il fait valoir que le 2 août 2023, son dossier a été retourné à Mme B comme étant incomplet ; le dossier complet n'a été réceptionné en préfecture que le 1er septembre 2023 ; au jour de l'introduction de la requête, aucune décision implicite n'a pu intervenir et par conséquent n'est susceptible de faire l'objet d'une suspension ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme B.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Le juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative pour prendre en cas d'urgence toute mesure utile, peut se prononcer sans tenir d'audience publique.
3. Mme B, née le 7 juin 1986 et de nationalité nigériane, a sollicité le 26 juin 2023, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-3, L. 425-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par courrier du 2 août 2023, le préfet de la Gironde lui a retourné son dossier comme étant incomplet. Mme B a déposé les pièces manquantes le 1er septembre 2023. Elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de procéder à l'enregistrement de sa demande et de lui délivrer un récépissé de cette demande de titre de séjour.
4. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entre et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Il résulte de l'instruction, notamment des écritures en défense de la préfecture, que le dossier de demande de titre de séjour de Mme B a été complété le 1er septembre 2023. Le préfet reconnaît lui-même qu'il peut être considéré comme complet depuis cette date. Il résulte également de l'instruction que Mme B, qui est célibataire, se trouve maintenue en situation irrégulière en France malgré la transmission de sa demande de titre de séjour complète depuis plus de trois mois. Elle est hébergée avec ses deux enfants en bas âge de façon temporaire par le Conseil départemental de la Gironde et ne dispose d'aucune ressource propre. Ainsi, en ne lui délivrant pas un récépissé de demande de titre de séjour comme prévu par l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'administration préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que soit remplie la condition d'urgence.
5. Comme le fait observer le préfet dans son mémoire en défense, aucune décision implicite susceptible de faire obstacle à la mesure sollicitée n'est intervenue à la date de la présence ordonnance.
6. L'injonction sollicitée, tendant à ce que soit enregistrée la demande de la requérante et que lui soit délivré dans un délai de sept jour un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, laquelle délivrance découle des articles R. 431-12 et R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est utile et ne préjudicie à aucune décision administrative dès lors que la demande de titre de séjour est encore en instruction. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Pather, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de procéder à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de Mme B et de lui délivrer le récépissé correspondant l'autorisant à travailler, dans un délai de 7 jours suivant la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Pather, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Pather et au préfet de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 8 décembre 2023.
Le juge des référés,
M. Vaquero
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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