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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306640

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306640

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHASAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire respectivement enregistrés les 4 décembre 2023 et 28 février 2024, M. B A, représenté par Me Hasan, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2023 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne a fixé le pays de destination dans le cadre de l'exécution de la mesure d'interdiction définitive du territoire qui lui est opposée ;

3°) d'enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- au regard de la réponse lacunaire qu'il a formulée suite à l'invitation à présenter des observations, le préfet de Lot-et-Garonne aurait dû solliciter un interprète pour l'assister ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 12 janvier et 13 mars 2024, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le requérant n'a exposé aucun moyen dans sa requête introductive d'instance ;

- aucun des moyens soulevés à l'expiration du délai de recours contentieux n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delvolvé, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1992, s'est vu délivrer le 23 octobre 2019 une carte de séjour pluriannuelle en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire valable pour une durée de quatre ans. Cependant, par une décision du 28 novembre 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) lui a retiré le bénéfice de cette protection. Le 13 avril 2023, le tribunal judiciaire d'Agen l'a condamné à 24 mois d'emprisonnement pour des faits de trafic de drogue en récidive et a prononcé, à titre de peine complémentaire, une interdiction définitive du territoire français. Incarcéré à la maison d'arrêt d'Agen, l'intéressé a fait l'objet d'une première décision fixant le pays de destination le 8 juin 2023, annulée par le tribunal administratif de Bordeaux le 22 novembre 2023. Le 1er décembre 2023, le préfet de Lot-et-Garonne a pris à son égard une nouvelle décision portant fixation du pays de destination. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution, y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : / () 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté () ". Aux termes de son article 20 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 39 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " () l'avocat commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat dans le cadre d'une procédure mentionnée à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d'aide ".

3. Il résulte des dispositions précitées que la rétribution d'un avocat désigné d'office pour représenter devant le tribunal administratif un étranger faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté dans une instance concernant l'éloignement n'est pas subordonnée au dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle. M. A, actuellement incarcéré, est représenté à la présente instance, relative à la fixation du pays de renvoi, en exécution d'une mesure d'interdiction définitive du territoire par Me Hasan, avocat commis d'office. Par suite, les conclusions du requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné notamment à une peine d'interdiction définitive du territoire français par une décision du tribunal judiciaire d'Agen du 13 avril 2023. M. A soutient que le préfet de Lot-et-Garonne a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne fixant pas, avec précision, de pays de renvoi pour l'exécution de cette interdiction du territoire. Toutefois, la décision attaquée indique comme pays de destination " tout pays autre que l'Afghanistan dans lequel il serait légalement admissible ". Dès lors, et hormis l'Allemagne où il a fait l'objet d'un refus d'entrée en raison de violences et de dégradations commises, l'intéressé a la possibilité de solliciter tout autre pays où il souhaiterait être admis, et au sein duquel il ne serait pas exposé à un risque de traitements inhumains et dégradants. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

6. Si M. A soutient que le préfet de Lot-et-Garonne aurait dû recueillir, avant de prendre la décision attaquée, ses observations par l'intermédiaire d'un interprète pour l'assister, il ressort des pièces du dossier que le requérant a pu faire valoir, à l'occasion de la contestation d'une précédente décision fixant le pays de renvoi, qu'il encourrait des risques en cas de retour en Afghanistan. Dans ces conditions, et dès lors que la décision attaquée exclut ce pays de la liste des pays de renvoi, et en l'absence de toute nouvelle circonstance, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'autorité administrative aurait dû, une nouvelle fois, solliciter ses observations avant de prendre la décision attaquée. Par suite, ce moyen, ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 1er décembre 2023.

Sur les autres conclusions de la requête :

8. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Lot-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président-rapporteur,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mai 2024.

La première assesseure,

S. MOUNIC Le président-rapporteur,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2306640

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