mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2306667 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Chamberland- Poulin, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle a déposé une demande de titre de séjour particulièrement complète, reçue le 2 novembre 2023 par les services de la préfecture de la Gironde et qu'elle est sans réponse ; elle est maintenue en situation irrégulière ; elle essaie tant bien que mal d'être indépendante financièrement de ses fils ; elle ne peut pas travailler et se trouve dans une extrême précarité administrative ;
- la mesure sollicitée est utile car elle doit lui permettre de se trouver en situation régulière pour pouvoir travailler ;
- la mesure, purement conservatoire, ne se heurte à aucune contestation sérieuse, en l'absence de décision expresse ou implicite sur sa demande de titre de séjour ;
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie
2. S'agissant de la condition d'urgence à laquelle est notamment subordonné le prononcé des mesures mentionnées à l'article L. 521-3, il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu des circonstances de chaque espèce.
3. Mme B, née le 9 décembre 1961, de nationalité brésilienne, déclare être entrée en France en 2007 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a formé par voie postale auprès de la préfecture de la Gironde une première demande de titre de séjour, réceptionnée le 2 novembre 2023, sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'absence de remise d'un récépissé de demande de titre, elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui remettre le récépissé sollicité.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis 2007, sans avoir jamais entrepris, en l'absence de toute indication en ce sens de sa part, une quelconque démarche de régularisation avant sa demande de titre du 2 novembre 2023. Si elle a occupé des emplois auprès d'une société d'hôtellerie immobilière jusqu'en 2014 et quelques périodes d'activité sous chèque emploi service universel (CESU) jusqu'en juillet 2023, elle ne peut justifier d'aucun emploi pérenne. Il ressort également des pièces du dossier, notamment des attestations produites, qu'elle n'est pas isolée en France où ses trois fils résident en situation régulière, contribuent à son entretien et participent à son soutien économique. Il apparait d'ailleurs que sa demande de titre de séjour a été présentée notamment en qualité d'" ascendant ou descendant à charge de français ". Il ressort encore des pièces du dossier qu'elle est locataire d'un logement sur Bordeaux et qu'elle assume sans difficulté et de façon régulière le paiement de ses loyers. Il apparaît enfin que sa demande de titre de séjour est encore relativement récente. Pour l'ensemble de ces raisons, Mme B ne justifie pas, en l'espèce, de la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du même code et de rejeter pour ce motif les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont Mme B demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Copie sera transmise au préfet de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 12 décembre 2023.
Le juge des référés,
M. Vaquero
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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