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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306705

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306705

lundi 11 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2023, M. C D, représenté par Me Duten, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence dans les limites de ce département pendant une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter tous les lundis entre 09h00 et 12h00 à la direction zonale de la police aux frontières ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Gironde d'effacer sa mention dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire n'est pas motivée ;

- elle s'appuie sur des considérations de fait qui ne sont pas établies ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans :

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'appréciation ;

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

- l'arrêté d'assignation à résidence est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est dépourvu de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il est entaché d'erreur de fait et d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente a désigné M. Pinturault, premier conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 décembre 2023 à 14h00 :

- le rapport de M. Pinturault,

- les observations de Me Duten, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans sa requête ;

- le préfet de la Gironde n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant algérien né le 17 mars 1991, déclare être entré sur le territoire national en 2009, s'y être maintenu jusqu'en 2019 puis y être revenu au cours de l'année 2020. Par un arrêté du 5 décembre 2023, le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, cette autorité l'a assigné à résidence dans les limites du département de la Gironde pendant une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter tous les lundis entre 09h00 et 12h00 à la direction zonale de la police aux frontières. Il demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les arrêtés considérés dans leur ensemble :

4. Les deux arrêtés contestés ont été signés par M. B A, chef de la section éloignement de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Gironde, à qui, par un arrêté du 31 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat, le préfet de ce département a donné délégation pour signer les décisions prises en matière d'éloignement en l'absence de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des actes attaqués doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision contestée a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1, 1°, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose que M. D, qui ne peut justifier être rentré régulièrement sur le territoire français, s'y maintient sans remplir aucune condition pour y résider, qu'il ne démontre pas la situation familiale qu'il allègue avoir en France et qui ne lui confère de toute façon pas de droit particulier au séjour. La décision comporte ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait négligé de se livrer à un examen de la situation personnelle de M. D, alors qu'il a, dans les motifs de sa décision, explicitement fait état des conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé sur le territoire français et des déclarations de celui-ci au sujet de son mariage récent.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, entré irrégulièrement sur le territoire national, selon lui en 2009, il en est reparti en 2019, après que, par un arrêté du 7 novembre 2019, le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français, puis qu'il y est revenu en 2020 de manière irrégulière et qu'il s'y est maintenu depuis lors en dépit de deux arrêtés du 2 février et du 5 décembre 2022, le second ayant été confirmé par un jugement tribunal administratif de Bordeaux du 12 décembre 2022, par lesquels le préfet de la Gironde lui a d'ores et déjà fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et lui a fait interdiction de retour sur ce territoire pendant une durée de trois ans. Il ne doit donc son maintien sur le territoire français qu'à la méconnaissance réitérée des mesures d'éloignement qui ont déjà été prises à son égard. S'il s'est marié le 25 novembre 2023 avec une ressortissante française mère de deux enfants et s'il soutient que la relation affective qu'il a avec son épouse est ancienne, d'une part, son mariage est récent et, d'autre part, il ne démontre pas que la communauté de vie entre eux aurait existé avant leur mariage, alors que, selon le témoignage de son épouse, ils ne pouvaient pas vivre ensemble tant qu'ils n'étaient pas mariés, en raison de leur confession religieuse. En outre, M. D n'exerce pas d'activité professionnelle régulière et il ne démontre pas avoir noué en France des liens particulièrement stables et anciens avec d'autres personnes que son épouse. Enfin, s'il prétend avoir vécu en France pendant dix ans entre 2009 et 2019, il ne le démontre pas et ne justifie en tout état de cause d'aucune présence régulière pendant cette période. Il ne démontre pas non plus, ni même n'allègue, être dépourvu de tout lien personnel ou familial dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à sa majorité. Dans ces conditions, en prenant la décision contestée, le préfet de la Gironde n'a pas porté au respect dû à la vie privée et familiale de M. D une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris cette décision.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

10. D'une part, la décision contestée a été prise aux visas de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 de ce code, dont l'énumération emporte, en elle-même, la désignation des raisons qui la fondent. Elle précise en outre de manière explicite que l'intéressé a déjà fait l'objet de mesures d'éloignement auxquelles il n'a pas déféré et qu'il est sans domicile fixe et sans ressources légales sur le territoire national, toutes circonstances qui constituent les hypothèses prévues par les 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée, doit être écarté.

11. D'autre part, dès lors que le préfet justifie de l'existence des mesures d'éloignement déjà prononcées à son encontre, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en fondant sa décision, notamment, sur la circonstance qu'il s'est soustrait à ces mesures, cette autorité aurait entaché cette décision d'une erreur de fait ou d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. Dès lors que les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été écartés, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision pour obtenir l'annulation de celle par laquelle le préfet de la Gironde a fixé le pays de destination.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

14. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire. Si l'autorité administrative doit prendre en compte l'ensemble de ces critères pour déterminer la durée de l'interdiction de retour, il ne résulte pas pour autant des dispositions précitées que ces quatre critères doivent être réunis de façon cumulative.

15. En premier lieu, la décision contestée a été prise aux visas, notamment, des articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et sur le fondement du premier de ces cinq articles. D'une part, elle expose qu'il n'est pas accordé de délai de départ volontaire à M. D. D'autre part, elle expose, conformément aux critères définis à l'article L. 612-10, que l'intéressé est présent en France depuis une date indéterminée, qu'il ne justifie pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens en France, qu'il a déjà fait l'objet de mesures d'éloignement auxquelles il s'est soustrait et qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits délictueux commis entre 2018 et 2023. La décision en litige comporte ainsi l'exposé des considérations de fait et de droit qui la fondent, à la fois dans son principe et dans sa durée, et ne révèle aucune négligence dans l'examen de la situation personnelle de M. D, dont l'arrêté contesté détaille au demeurant les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français.

16. En deuxième lieu, et d'une part, dès lors que le préfet de la Gironde a, pour des motifs qui étaient fondés, refusé d'accorder à M. D un délai de départ volontaire, et que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire national en dépit des mesures d'éloignement déjà prises à son égard, cette autorité était tenue de prononcer à son égard une interdiction de retour sur le territoire français, la circonstance que l'intéressé est marié avec une ressortissante française ne pouvant être regardée, en elle-même, comme une circonstance humanitaire de nature à y faire obstacle. D'autre part, même si le préfet ne pouvait légalement, pour fixer la durée de cette interdiction, se fonder sur des faits délictueux que l'intéressé dément, sur lesquels l'autorité administrative ne produit aucun élément et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils auraient fait l'objet d'une déclaration définitive de culpabilité prononcée par l'autorité judiciaire, il résulte cependant de l'instruction que l'autorité administrative aurait de toute façon pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur la méconnaissance réitérée par M. D des mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et de l'absence complète de justification de l'ancienneté de ses liens en France, circonstances que son mariage très récent ne suffit pas à éluder et au regard desquelles la durée de l'interdiction contestée n'apparaît pas disproportionnée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'erreur de fait ou d'appréciation.

Sur l'arrêté d'assignation à résidence :

17. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". L'article L.732-3 du même code précise : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable une fois dans la limite de la même durée. " Enfin, l'article L.733-1 dispose : " L'étranger assigné à résidence () se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Il résulte des dispositions précitées que le périmètre à l'intérieur duquel l'étranger assigné à résidence est autorisé à circuler, ainsi que la fréquence de sa présentation au service désigné par le préfet, sont indivisibles du principe même de l'assignation à résidence, compte tenu notamment de la finalité d'une telle mesure. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de vérifier que l'administration pouvait légalement, eu égard aux conditions prévues à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, prendre une mesure d'assignation à résidence à l'encontre d'un étranger et de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans le choix des modalités de cette mesure.

18. En premier lieu, l'arrêté contesté a été pris au visa de l'article L. 731-1 du code de justice administrative. Il expose que l'intéressé ne peut quitter immédiatement le territoire national en l'absence de document de voyage mais que l'exécution de la mesure d'éloignement demeure une perspective raisonnable. Il comporte ainsi l'exposé des considérations de fait de droit qui le fondent.

19. En deuxième lieu, dès lors que les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été écartés, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de l'arrêté d'assignation à résidence.

20. En dernier lieu, si M. D expose qu'il réside dans le département de la Loire avec son épouse, avec qui il est marié depuis le 25 novembre 2023, la production de seulement deux factures récentes à leurs deux noms ne démontre pas qu'il réside avec elle de manière stable et durable. Il ressort au contraire des propres déclarations de cette dernière qu'elle-même et M. D n'avaient pas de vie commune avant le mariage, et l'intéressé a lui-même déclaré, lors de son audition par les services de police dans le cadre de son placement en retenue administrative, qu'il loue un logement à Bordeaux pour y chercher du travail. Dans ces conditions, le préfet de la Gironde n'a pas, en décidant de l'assigner à résidence en Gironde et en fixant les modalités de cette assignation, qui ne sont au demeurant pas contestées, commis d'erreur de fait ou d'appréciation.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de la Gironde du 5 décembre 2023 ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

M. PINTURAULT

La greffière,

H. MALO La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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